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13 décembre 2008 6 13 /12 /décembre /2008 18:22
 
La forêt tropicale de Karukera, Guadeloupe,
un réservoir de vie !
 
 
 
 
La deuxième chute du Carbet. Basse-Terre.


  
                   Le Gardien de la chute.
 
 
              Ah ! Que la Vie est extraordinaire en la forêt tropicale de Karukera, l’Ile aux Belles Eaux ! Plus que partout ailleurs, les arbres gigantesques tentent de joindre la Terre au Ciel.
 Par quel miracle la Guadeloupe doit-elle son nom à l’arabe oued el oube, « rivière de l’amour », je ne sais ! Christophe Colomb laissa-t-il là quelques marins recrutés en Andalousie ? Lui pensait à Santa-Maria-de-Guadalupe-de-Extremadura ! Cette Vierge Noire s’appellerait-elle en réalité « Sainte-Marie-de-la-rivière-d’amour-d’Estrémadure » !
 
Je vais vous conter ce que les Arawaks, les premiers occupants amérindiens depuis les premiers siècles de notre ère, savaient, et leurs ancêtres avant eux ! La matière est vivante et l’Esprit l’habite depuis toujours ! Quel grouillement de vie minérale, végétale et aussi, bien que souvent invisible, d’animalcules de toutes sortes ! Le minéral, ici comme ailleurs sous les tropiques, tout autant que le végétal, parle au cœur. Vous ne me croyez pas ? Allez par-là, suivez les traces de la rivière David et écoutez longuement ce que les arbres confient au vent : « Nous avons été pendant des milliards d’années un bouillonnement en fusion avant de nous solidifier en minéraux ; devenus pierre, sable, gravier, craie, boue, nous avons tant désiré monter vers le ciel que nous sommes devenus végétaux. Et nous savons que, tôt ou tard, un nouveau passage se fera, car nous désirons pouvoir nous déplacer, ne plus être rivés au sol de notre naissance… » Ils chantent ce que le poète afro-antillais Guy Tirolien, né à Marie-Galante, a entendu :
« Pourquoi m’enfermerais-je
dans cette image de moi qu’ils voudraient pétrifier ? »
 
 


Le galbe féminin d’un gommier rouge.
 
 
Dans la « forêt de la pluie », poussent les gommiers longiformes qui pointent vers le ciel, les arbres à côte et les châtaigniers géants aux feuilles surprenantes ; ils se ruent vers une lumière imperceptible dans ce fouillis végétal. Les géants de cette forêt s’engouffrent dans les trouées de lumière ; il leur faut des siècles, voire un millénaire et plus, pour atteindre quarante, cinquante, soixante mètres de hauteur, et plus encore parfois, pour atteindre… la lumière ! Les lauriers des montagnes rivalisent avec les plus grands dans cette course effrénée vers le ciel ; d’autres encore, mahoganys ronces à grandes feuilles ou carapates à l’écorce rouge… Ah ! Accéder à la lumière, au soleil !
Les orchidées tout comme les lichens, les mousses, les fougères, les ananas sauvages et maintes autres plantes épiphytes, escaladent les troncs énormes des acajous au bois poreux, des acomats, des côtes de mouton à l’écorce blanche. Les philodendrons ancrés dans le sol grimpent le long des arbres-hôtes qu’ils enserrent dans le treillis de leurs tentacules. 
Les lianes énormes qui descendent vers le sol depuis les hautes branches des acomats boucans rêvent de ramper, de devenir enfin mobiles comme les lianes qui jadis surent devenir boas dans les forêts de la Basse-Terre, et couleuvres aux Saintes. Elles tissent un réseau de fils entrelacés, un lacis étonnant ; comme des haubans, enracinées dans le sol boueux, elles sous-tendent des fûts énormes et amarrent ces géants fragiles dans la terre spongieuse, renforçant ainsi les contreforts et les arcs-boutants qui les étayent et forment de leurs racines des accotements aériens. Les feuilles, qui se renouvellent toute l’année, jonchent le sol.
 
 


Les contreforts et les racines d’un acomat boucan
qui doit son nom aux chasseurs qui venaient à leurs pieds boucaner la viande.
 
 
Les plantes sciaphyles végètent dans la pénombre humide en pointant l’apex de leurs feuilles lourdes vers la terre, que ce soient les larges limbes des « feuilles de chou » ou bien les fines ciselures dentelées des fougères. Et encore les cécropia d’une dizaine de mètres, à grandes feuilles peltées, dont les tiges creuses lui valent les noms de bois-canon, ou bois-trompette.
Des bosquets impénétrables de bambous géants succèdent aux grandes fougères arborescentes dont les feuilles dentelées filtrent encore la lumière du ciel qui, à d’autres endroits, est totalement obscurcie.
Allez dans la Basse-Terre à la cascade aux écrevisses ! Là-bas, la pierre a tant désiré courir avec l’eau vive du torrent que certaines sont devenues des ouassous, de gros crabes qualifiés à tort d’écrevisses, minérales encore par leur carapace, mais habiles à se déplacer dans les bassins calmes, sans oser encore s’aventurer dans les rivières torrentueuses. Les gribiches, leurs larves, subissent douze mues successives dans l’eau des embouchures. Ils rêvent maintenant, ces ouassous, de laisser leurs carapaces pour devenir poissons…
La roche battue par le torrent a tant désiré aussi voguer au fil de l’eau qu’un jour, le miracle s’est produit… Elle est devenue molokoïe, tortue. Après des millénaires, le minéral meurt pour renaître en végétal et celui-ci ne cesse de rêver à un devenir animal ! Par endroits, la roche est devenue jasmin-bois. On dit que celui-ci parasite les rochers, mais non ! Il était rocher… Tenez ! Les criquets, appelés là-bas cabrit-bois ou gratte-couis, imitent le frottement des demi-calebasses qui servaient jadis de vaisselle. Ils ont la couleur des brindilles d’arbre qu’ils furent jadis alors qu’ils rêvaient de sauter de branche en branche ! Car, le savez-vous, ce n’est pas par mimétisme, pour se rendre invisible aux yeux des prédateurs, que le criquet ressemble à la brindille sèche ! Non ! Il a été brindille… et un jour, il a fait un saut incommensurable.
Ah ! Le bruit du torrent qui sans cesse use le rocher ! Et les cascades bouillonnantes ? Une énergie extraordinaire se déverse partout pour alimenter la vie. Au bord de l’eau, le résolu jaune orangé, très dur, dont l’écorce se desquame en fines feuilles dont les lambeaux déchirés rêvent de devenir papillons. Tout comme les polypores qui poussent leurs ailes ténues sur les troncs abattus pourrissant dans l’eau glauque qui imbibe tout, rongés par les larves des insectes xylophages. Le chouval bwa, nom fort imagé du phasme, vert sur le vert et brun sur le brun, est invisible ; il se confond avec ses ancêtres végétaux. Ainsi apparaissent de nouveaux insectes, de nouveaux crustacés, de nouveaux oiseaux quand le végétal se meurt pour devenir animal ! Au rythme d’une nature qui mature des millions d’années…
L’iguane vert se confond avec les feuilles dont il a gardé la teinte lorsqu’il put enfin se déplacer sur elles. Le toto bois, encore appelé tapé, c’est le pic noir d’ici dont les coups résonnent au loin. Est-ce les larves du scieur de long, ce dynaste, le plus gros insecte du monde, qu’il essaye ainsi de débusquer ? La vie se nourrit de la vie dans un miracle permanent.
Dans les mangroves, les palétuviers jaunes, imputrescibles, qui poussent les pieds dans l’eau au gré du balancement des marées, soutiennent leurs troncs par des racines fibreuses, aériennes ; elles font penser inévitablement aux pattes des crabes. A moins que l’on ne les voie comme des échasses qui les apparentent aux hérons. Sûr qu’ils rêvent tous de se déplacer comme eux pour explorer les environs et se rouler dans la boue ! Dans ce bouillon de culture plus encore que partout ailleurs pullulent insectes, mollusques, oiseaux se nourrissant dans le milieu qui les a vus naître.
 


         Dans la mangrove…
 
Dans toutes les îles, à la tombée du jour, grillons, cigales et criquets mêlent leurs sonorités à celles des batraciens. Tous ont fait le passage et se souviennent d’avoir été pendant des milliards d’années minéraux et végétaux…
Si vous allez aux Saintes, montez jusqu’à la Bosse du Chameau, le point culminant de l’île. Ensuite escaladez l’échelle verticale qui se trouve dans la forteresse ; elle donne sur la plate-forme qui découvre un paysage d’îles d’une beauté calme et fascinante. Mais, si vous n’avez pas le vertige, redescendez par l’étroit chemin qui plonge au plus court à travers la forêt pentue. Vous verrez quantité de bernard-l’hermite ; ils habitent encore les carapaces minérales qu’ils furent jadis. Dérangés, ils se laissent rouler sur la pente, rentrent dans leurs habitacles qu’ils ferment d’une unique pince bleue défensive. Ils grimpent dans les cocotiers ; mais c’est qu’ils remontent à leur source ! Ainsi les petites noix de coco sont-elles leurs ancêtres qu’ils vont ainsi visiter. Et les ancêtres aussi des grenouilles qui montent aux arbres !
 


La baie des Saintes, vue de la « Bosse du Chameau »,
point culminant de l’île.
 
 
Chacun sait à Karukera que les cocotiers se déplacent. Eh oui ! Lorsque le sol est épuisé, trop pauvre, les racines s’aventurent un peu plus loin et, si la nourriture leur est meilleure, ils tirent tant que le tronc se déplace quelque peu ! Incroyable non !
Les petits geckos qui hantent les maisons des hommes et que l’on appelle ici mabouyas, « mauvais esprit », désirent fortement devenir des humains … est-ce parce qu’ils ont été jadis mabouyas que tant d’êtres humains ont mauvais esprit ?
La fleur blanche du gombo grand-bois, un hibiscus, a tant rêvé de voler dans le vent qu’elle a réussi à devenir l’oiseau-mouche qui revient butiner ses ancêtres ! Comme tant d’autres fleurs sont devenues madères, colibris folles ou fous-fous, cet oiseau minuscule, le plus petit des colibris… Les fleurs jaunes, rouges ou orange de « l’oiseau du paradis » justifient bien le nom donné à ce cousin du balisier. L’héliconia mutiplie ses ailes jaunes emboîtées sans pouvoir s’envoler !
 
 


Fleurs.
 
 
Des milliards d’années se sont écoulées pour que se vive cet instant magique où la vie révèle son mystère, sa beauté grandiose. Vie et mort se nourrissent mutuellement dans le cycle de cette symphonie fantastique et impénétrable… Mourir en minéral pour renaître en végétal, mourir en végétal pour renaître en animal, mourir en animal pour renaître en homme[1] !

[1]
Voir : Karuna, L’Instruction du Verseur d’Eau.


Arbre du voyageur.


 

 
Iguane.
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