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22 mars 2009 7 22 /03 /mars /2009 08:06



Méharée dans le désert mauritanien,

 

autour de Chinghetti

 

 

La caravane se forme devant le caravansérail où nous avons passé la nuit. Les chameliers attachent les sacs de voyage en serrant les cordes sur les animaux rétifs qui geignent et protestent avec des borborygmes agressifs. Dans cette anarchie bruyante, des femmes tentent de vendre un dernier chèche bleu, des enfants aux grands yeux avides se bousculent, des curieux de toutes sortes assiègent la ruelle étroite. Ce sont les derniers adieux, les dernières salutations. Les touristes semblent transplantés dans un lieu étranger...

 

 

 

Puis la longue caravane s'ébranle, laisse derrière elle les dernières maisons de banco pour traverser les premières dunes d'un sable aux couleurs chaudes que les ordures, amoncelées par les hommes et balayées par les vents, n'arrivent pas à défigurer totalement.

 

 

 

Marche lente sous un soleil déjà écrasant, au gré des dunes aux arêtes sculptées, aux courbes inouïes. Chaque pas compte. Les chameliers ont une façon autre de marcher, effleurant à peine le sable, posant le pied à plat en caressant la dune. Dans le sable, d'étranges traces indéchiffrables pour qui n'est pas né dans ce désert attirent le regard. Avec le temps, lentement, un rythme s'impose, un silence aussi, d'une qualité particulière.

 

 

 












        Il faudra huit jours de marches, de bivouacs, de haltes pour commencer à se sentir pénétré par lui jusqu'à la moelle des os, pour commencer à entrer, timidement encore, dans ce mystère minéral, dans le mystère que chacun est à soi-même...

La marche appelle le silence, mais quel silence ?

 

 

La caravane avance dans cet univers minéral, tantôt dans le sable pur, tantôt parmi des amas de roches érodées, calcinées. A l'horizon flou, après des jours de marche dans le sable, apparaissent des pics escarpés, des chaos angoissants de falaises. Parfois une langue sableuse, un épineux rabougri. Le désert imperturbable met le cœur à nu, opère sa magie, dépouille chacun de son vernis pour lui révéler l'authentique de son être.

Ce sont aussi les haltes, les bivouacs, le repos à l'ombre maigre de quelques épineux. Au campement du soir la tagella cuit sous la cendre brûlante. La théière chauffe sur quelques tisons ardents. Chacun se repose sur les nattes étalées. Le temps est suspendu ; les gestes immémoriaux se font. Un chamelier va servir les trois verres de thé rituels sans troubler le silence de paroles inutiles.

 

 

 

 

Les aubes comme les couchants déploient des embrasements extraordinaires dans un ciel pur : l'évidence est là, le soleil est autre chose que le soleil, la dune autre chose que la dune pour qui sait voir. La dune chante et laisse percevoir son aura...

Puis l'on repart ; ce sont des heures d'errance dans cet enfer minéral. Par endroits, les épineux sont plus verts, une vie est perceptible. Un ouli-ouli, petit passereau blanc et noir, se sauve apeuré…

Au fil des heures, un nouvel état d'être lentement submerge le corps, le cœur et l'esprit. La perception devient fluide ; elle élargit son champ. De la Source intime du Silence naissent les silences et les bruits. La qualité du silence varie avec les heures du jour. Dans la fraîcheur matinale, il est rempli par les lueurs de l'aube et par les mille bruits d'un campement qui s'éveille. Puis avec la marche, le silence devient écrasant comme le soleil, brûlant les bruits intérieurs qui tentent encore de s'élever à cause de mille sujets d'inquiétudes qui se révèlent imaginaires. Le repas silencieux est parfois lourd de paroles contenues. …

L'unité est manifeste lorsque le regard vide embrasse à la fois les chameliers et leurs bêtes, les cheminants qui progressent chacun à son rythme, le lièvre qui détale sous le pied d'un chameau, l'imperceptible papillon qui volette sur une touffe d'alpha, les amas rocheux ocres qui rendent encore plus acide le vert des végétaux aux larges feuilles piquetées de petites fleurs mauves, le vol lourd d'un couple de corneilles qui vont poser l'empreinte de leurs pattes sur le sommet d'une dune, les sortes de noirs scarabées qui arpentent les dunes à cette saison qui doit être pour eux celle des amours...

 

La vie ici côtoie la mort de manière naturelle, simple, belle. Au détour d'une dune, les os blanchis d'une chèvre ou d'une chamelle rappellent cette évidence que l'on refuse ailleurs. Les formes sans cesse naissent, déploient la beauté d'une existence minérale, végétale, animale ou humaine avant de se dissoudre simplement, de faire retour à la matière…

D'ailleurs les dunes changent leurs formes mouvantes au gré du vent qui les sculpte. Avec le temps, elles deviennent comme un livre où l'on déchiffre la reptation d'une vipère, la trace en chenille laissée par le lézard et celle laissée par le coléoptère noir arpenteur des dunes ; là, ce sont des corbeaux qui ont sautillé avant de reprendre leur envol ; plus loin la sandale de tel chamelier, ou la chaussure de tel cheminant, voire les pieds nus de celle qui a quitté ses sandales comme elle a quitté son ancien nom ; les traces circulaires des herbes que le vent fait tournoyer... ; les pas d'une autre méharée passée il y a peu de temps et qui déjà s'effacent ; la chèvre perdue qui a erré longtemps avant qu'un chamelier ne l'aperçoive...




      Et puis la palmeraie, l'oasis comme un havre de verdure,
de repos, de paix, de sécurité...






                                                                                                    

Voir l’article complet sur : http://regorm.free.fr/articles/meharee.html

 


 

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commentaires

Régor 26/03/2009 07:10

    Ce rêve permet de toucher le Réel en effet, la beauté, la paix et la joie intérieure dans l'harmonie avec la nature dépouillée et l'on devient en effet, pour quelques instant, le Petit Prince...    Lire http://regorm.free.fr/articles/petitprince.html   Merci à vous pour ce témoignage encourageant.

Merrie Robin Monroe 25/03/2009 21:55

Merci pour ce cadeau d'un moment du grand Silence du desert. Tres belle poesie et photos. Je reve....... je crois avoir vu le petit Prince assis sur une dune. Merci.

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