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15 avril 2009 3 15 /04 /avril /2009 07:44

Le Signe de Jonas et la fin des temps


par Robert-Régor Mougeot 

(suite de "Le Livre de Jonas : Si Jonas m'était conté")

 

 

 

I - La Baleine, le “Grand Poisson”

 

 

 

              « Dans l’Hindouisme, l’univers existe depuis toujours ! Un jour et une nuit de Brahmâ, le Dieu créateur de la Trinité indienne, représentent une durée de 8 640 000 années, soit deux kalpas ! Et un siècle, (une ère de Brahmâ), 311 040 000 000 000 années (1) ! Les mondes se succèdent ainsi et les âmes humaines se réincarnent depuis des kalpas et des kalpas, pour certaines, avant d’atteindre la Libération ! Tout s’accomplit par le biais de prakti, la Nature matérielle (2). »

 

 

 

            Bénéfique, la baleine ne l’est pas toujours pour les marins islandais au Moyen Age ! Les baleines qui attaquent les bateaux, s’en approchent pour les détruire, sont appelées par eux « baleines du diable » ! Le mot « baleine » devient tabou et les pêcheurs les nomment « grands poissons ». Ils n’avaient pas lu Aristote qui les différenciait des poissons !

Ah ! La baleine ! Elle a toujours impressionné les humains sur tous les continents depuis l’aube des temps ! Les soubresauts de la baleine qui soutient le monde produiraient les tremblements de terre ! Ainsi les expliquait-on jadis dans la cosmogonie islamique, tout en considérant que la baleine est toujours bénéfique puisque les cataclysmes qu’elle produit procèdent à une juste destruction.

           Dans le Livre de Job (Bible) et dans l’Apocalypse de Jean, ce n’est pas la baleine, mais le Léviathan est un monstre aux dimensions colossales qui évoque et symbolise un cataclysme terrifiant. Irrationnel, privé de mesure, chaotique, ténébreux, abyssal, il vient bousculer l’ordre et la géographie du monde, sinon l’anéantir ou presque ! Mais, comme la baleine de Jonas, il avale pour transformer. Le Moyen Âge le représente sous la forme d’une gueule ouverte qui engloutit tout, ou bien encore sous la forme d’un serpent de mer gigantesque dont les ondulations provoquent les vagues et les tempêtes. Sa gueule ouverte avale les âmes qui restent magnétisées à la terre et ne peuvent faire le passage vers la résurrection ; elles font retour au chaos primitif qui précède la nouvelle création et s’incarneront alors dans un nouveau cycle cosmique appelé en Inde, kalpa (3).

 


Le Léviathan.

   

            Comme la gueule du Makara des Védas, la mâchoire du crocodile, chez les Mayas, est prête à dévorer, mais de sa tête, cette fois, «jaillissent des nénuphars et des pousses de maïs (4) ». Sobek, le crocodile des Egyptiens, est le “Dévorateur” qui avale les âmes des injustes tandis que le Nâga à sept têtes de l'Asie du Sud-Est avale ou recrache l'homme comme le fit la baleine de Jonas. Un autre dévoreur redoutable, à la gueule toujours ouverte, est le Glouton, le t’ao-t’ie, qui orne, en Chine, les bronzes de l’époque Chang ; mais c’est aussi un créateur, sauveur et généreux, produisant des guirlandes de fleurs.


Sobek sur les murs du temple de Kôm Ombo.

   

          Partout et toujours, « être dévoré » est un passage, terrifiant pour qui est prisonnier de son monde sentimental, mais porteur d’espoir pour qui est mené par une foi inébranlable et voit le Sauveur offrant la possibilité d’une métamorphose lorsqu’apparaît le monstre, l’ogre, la baleine,…

 

         Ah ! La baleine ? Dans son magnifique poème, Swift Deer, chaman Navajo, voit la création de l’homme comme le cinquième rêve, celui de la baleine :

          « Au début, le Grand Esprit dormait dans le rien. Son sommeil durait depuis l'Éternité. Et puis soudain, nul ne sait pourquoi, dans la nuit, il fit un rêve. En lui, gonfla un immense désir... Ce fut le tout premier rêve, la toute première route…. »

             La transparence régna ; elle rêva d'être lourde… Alors apparut le caillou…

             Le caillou chercha son extase ; il vit que c'était le cristal et celui-ci régna…

             Le cristal se mit à rêver ; alors apparut la fleur...

             La fleur chercha son accomplissement ; ce fut l'arbre…

             L'arbre, à son tour fit un rêve,… alors apparut le ver de terre…

             « Longtemps le ver de terre chercha son accomplissement, son extase (…). Longtemps, il tâtonna et puis un beau jour, dans une immense éclaboussure... au beau milieu de l'océan... un être très étrange surgit, en qui toutes les bêtes de la terre trouvèrent leur accomplissement, et ils virent que c'était la baleine ! 

            Longtemps cette montagne de musique régna sur le monde et tout aurait pu peut-être en rester là, car c'était très beau. Seulement voilà... Après avoir chanté pendant des lunes et des lunes, la baleine à son tour ne put s'empêcher de s'emplir d'un désir fou. Elle qui vivait fondue dans le monde, rêva de s'en détacher.

             Alors brusquement, nous sommes apparus, nous les hommes! Car nous sommes le cinquième rêve, la cinquième route, en marche vers le cinquième accomplissement, la cinquième extase.

            Dans la moindre couleur, toute la lumière est enfouie. Dans tout caillou du bord du chemin, il y a un cristal qui dort. Dans le plus petit brin d’herbe, sommeille un baobab. Et dans tout ver de terre, se cache une baleine. Quant à nous, nous ne sommes pas “le plus bel animal”, nous sommes le rêve de l’animal ! Et ce rêve est encore inaccompli. (5) »

            Inaccomplie aussi, la création selon la Genèse pour qui sait lire ! Le Septième jour est encore à venir, celui du retour de l’Iman occulté chez les Shî’ites (6), du retour du Paraclet, du Saint Esprit, du Christ, de l’Eglise de Jean, selon les diverses traditions… C’est le septième jour de sa méditation que le Bouddha atteignit l’éveil. L’aube commence à poindre en ce temps de destruction… Qu’en est-il de cette fin du Kali Yuga, cette fin de l’Âge de Fer que l’humanité traverse une nouvelle fois ? C’est l’ensemencement d’un nouveau cycle qui se produit au cœur même de cette apparente destruction, aussi terrible qu’elle paraisse au monde sentimental humain, l’Avènement du Septième Jour de cette Création, l’Avènement du nouvel Eden, du Nouvel Âge d’Or… Un nouveau rêve encore !

              Maintes fois déjà la boucle de la destruction s’est refermée pour que tout se renouvelle. Cet avènement peut ou a pu avoir lieu collectivement pour l’humanité entière, ou bien pour l’un ou l’autre de ses continents d’avant la “mondialisation”, ou bien encore individuellement pour chacun, comme il est rapporté ici pour Jonas, Seyidnâ Yûnus, le prophète Jonas appelé encore Dhûn-Nûn.

            Faute de connaissances anatomiques précises, d’ailleurs bien secondaires ici, les Anciens nommèrent le “grand poisson” du Livre de Jonas, une baleine. Chacun sait actuellement que la baleine est un mammifère ! Mais qu’importe au Conteur ce que disent les savants de l’Occident de la Vie… Il est juste d’appeler ainsi ce grand poisson qui avala Jonas.

La gueule de la baleine, c’est la “Bouche d’Ombre”, la porte d’une caverne où l’initiable, qui hésite entre « deux états ou deux modalités d’existence (7) », va passer par la mort initiatique pour connaître une résurrection. La vie sur terre est l’initiation par excellence, pour tous les humains, mais avec des périodes fortes qui sont de véritables passages d’un état dans un autre, au gré des épreuves qu’il faut bien traverser, occasions de faire la preuve de nos qualités supposées, de la validité de nos croyances, de la constance de notre foi.

              Symboliquement dévoreuse, cette “Bouche d’Ombre” est semblable à la gueule du Makara de l’iconographie hindoue qui servit de monture à Varuna, l’« océan soleil », le « roi de l’univers, des dieux et des hommes (8) ». Ce monstre marin jette des éclairs, des flammes et des fumées dans un bruit de tonnerre, mais crache aussi des émanations lumineuses de gloire. Sa gueule est « la porte de la délivrance » ou « les mâchoires de la mort » (9), selon l’état d’être de l’initiable.

 


Le Makara crachant des nâgas,
Wat Suthat, Bangkok, Thaïlande.

   

             Lorsque Jonas se croit perdu, le “poisson sauveur” surgit alors des fonds marins, image vivante de l’arche cosmique où l’essence de la vie est préservée pour son essentiel lors des destructions terribles qui s’abattent sur l’humanité à la fin de chaque cycle.

             Les cycles font leurs oeuvres. Vishnu, le dieu solaire du Rig Veda, “l’Agissant”, le “Sauveur”, ne s’est-il pas manifesté sous la forme de Matsya, le poisson, lors de “la grande marée”, le déluge ? Il ordonna alors à Satyavrata (10), le Noé indien, le Manu (11) de ce cycle, « de construire l’arche dans laquelle devront être enfermés les germes du monde futur (12) », la doctrine de l’âme et de Brahman, l’Absolu éternel, immuable, la Réalité suprême Une, ainsi que la législation qui fixe le déroulement des rituels et des cérémonies religieuses, base du comportement social de la majorité des hindous encore actuellement.

           L’Arche, avec à son bord les prophètes, les Rishis, les visionnaires qui reçoivent la révélation des hymnes des Védas, est tirée par le “grand poisson”. Celui-ci guide l’Arche accrochée à son énorme corne sur les eaux, pendant le cataclysme. Les Védas sont la “Science par excellence”, la Science Révélée qui n’a rien à voir avec la science profane et profanatrice, c’est “la Connaissance sacrée dans son intégralité”, la Révélation primordiale d’origine non humaine, comme tout ce qui est créé d’ailleurs. Cette Science est occultée durant les cataclysmes cosmiques qui terminent un cycle pour en commencer un autre. Il s’agit de toute façon de périodes “d’obscuration” entre deux modalités d’existence, deux âges différents d’un cycle, deux états d’être pour un individu. A la fin de ce cycle, « les astres se lèveront à l’Occident et se coucheront à l’Orient » affirme la tradition hindoue (13), ce qui prédit le renversement des pôles.

            Le Noé de la Bible, Seyidnâ Nûh, a construit l’Arche qui contient semblablement tous les éléments qui permettront la restauration d’un monde, après un déluge de moindre ampleur que “la grande marée” indienne. Les destructions alors concernaient des régions géographiques différentes qui n’étaient pas sans liens entre elles, mais des liens sans commune mesure avec ce qu’est la mondialisation actuelle.

 


Tableau de Edward Hicks.


 
La Licorne dans l'Arche,

avec les autres animaux : L'ARCHE ET LA LICORNE
Vitrail de l'église saint-Etienne-du-Mont, Paris.
 

             Dans le mythe polynésien de Rata, c'est du ventre d'une autre baleine
que sortent les parents de Nganaoa, “le tueur de dragons”,
lorsque celui-ci, brisant en deux son épieu,
en place les morceaux dans la gueule du monstre pour qu'elle ne se referme pas (14)
.
Il se retrouve aussi bien aux îles Marquises qu’en Nouvelle-Zélande.

            Que nous révèlent en réalité toutes ces légendes ? Qu'être dévoré est un “passage”. La gueule d'un monstre figure très souvent la porte, l'entrée de la Caverne où l'initié est dévoré pour ressortir transformé, renouvelé. D'ailleurs, les images peuvent être interprétées de deux façons qui, loin d'être opposées, sont en réalité complémentaires. Un vitrail de la basilique de Cléry-Saint-André, sur les bords de la Loire, montre un blason représentant un serpent qui avale ou vomit un homme. Il est semblable en cela au blason des ducs de Milan portant « un serpent couronné qui engloutit un enfant (15) ».

 

Armoirie représentant un serpent qui vomit un homme.
Vitrail de la basilique Notre-Dame de Cléry (XVe s.), Cléry-Saint-André, Orléanais

 

              « La mythologie comparée, cependant, tendrait à prouver que le serpent couronné, emblème de l'intelligence royale, ne dévore pas l'enfant mais le met au monde par la bouche. Nous serions alors en présence d'une scène qui traduit symboliquement la naissance d'un nouvel initié, doté de la sagesse du serpent primordial et de l'esprit de royauté manifesté par la couronne de l'univers (16) » Après l’avoir avalé, la baleine ne met-elle pas Jonas au monde en le vomissant ?



 

            La Baleine recrachant Jonas ; dessin (détail)
D'après une mosaïque de la basilique Théodore à Aquileia, Italie, IVe s.


      
A suivre...



1 D’après Alice Bailey, Traité du feu cosmique, Editions LUCIS, p. 35.

2  Notre livre La Vie Re-suscitée, à paraître.

Bhagavad Gîtâ, III 27 : « Alors que les actions sont entièrement faites par les gunas [ou modes] de la Nature, l’homme dont le moi est abusé par le sens de l’ego pense : “C’est moi qui agis.” »

3 Chaque Kalpa se compose de 20 petits kalpa, se décomposant eux-mêmes en ères d’or, d’argent, de bronze et de fer.

4 Dictionnaire des Symboles, op. cit., p. 316.

5 « Le cinquième rêve » de Swift Deer d’après http://culte-de-la-nature. Cité d’après Patrice van Eersel “Le cinquième rêve”.

6 Les six premiers jours correspondent aux règnes des six Imans des Shî’ites, avons-nous dit précédemment.

7 René Guénon, Symboles de la Science sacrée, Gallimard, 1962, Le Mystère de la lettre Nûn.

8 Dictionnaire de la Sagesse orientale, Robert Laffont, 1989.

9 Symboles de la Science sacrée, op. cit., p. 340.

10  Nom signifiant : « voué à la vérité ». Ce nom est rapproché par René Guénon de Saturne, le dieu grec de l’Âge d’Or. En sanscrit, Satya-Loka désigne la sphère de Saturne.

11 L’être pensant, L’Homme parfait, intermédiaire entre l’homme actuel, perfectible, et Dieu.

12 Symboles de la Science sacrée, op.cit., p. 155.

13 Symboles de la Science sacrée, op. cit., p. 157.

14  Frobenius, Daz Zeitalter des Sonnengottes, 1904.

15 Marc Vulson de la Coulombière, La Science héroïque, Editions Arma Artis,

p. 296-299.

16 Christian Jacq et P. Delapierre, De Sable et d’Or, Editions des Trois Mondes,

p. 190-191.

 


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commentaires

Régor 24/04/2009 15:58

Reçu de Michaël :"Bonjour Robert,Je vous lis déjà depuis un certain temps maintenant.Je souhaitais simplement vous dire " MERCI ".C'est un bonheur que de vous lire...Amicalement.Michaël"

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