La Vierge Noire perd ses pouvoirs
lorsqu’elle est sortie de la caverne,
de la grotte, de la crypte.
Les cryptes des églises prirent jadis la place des anciennes grottes initiatiques païennes. Même si, par la suite, elles furent importées d’Orient à l’époque des croisades. (Voir Pierre Gordon, Les Vierges Noires, Editions Signatura, 2003)
Elles furent en but au clergé catholique dès les VIIIème et IXème siècle, tout comme les Arbres des Fées près des fontaines miraculeuses.
« Un aspect curieux de cette lutte ecclésiastique contre les Vierges Noires est que souvent le clergé les arracha aux vénérables foyers initiatiques où elles siégeaient depuis des millénaires. Invinciblement, elles y revenaient. Ce qui veut dire que le peuple substituait des effigies nouvelles à celles qui avaient été enlevées. » (idem. p. 23) Et Pierre Gordon de citer Josselin, Valleury, Avioth, Quézac, Thuir… répertoriés par E. Saillens (Nos Vierges Noires, Paris, 1945)
« Quand, au surplus, la Madone noire acceptait de séjourner à la paroisse, il advenait qu’elle perdait ses pouvoirs merveilleux. » (idem.pp. 23-24) Le Folklore de Francede J.-M. Rougé, donne l’exemple de la Vierge de Ville-aux-Dames.
Un correspondant donne l’exemple de Sara-la-Noire des Gitans, aux Saintes-Maries-de
la-Mer : "Il est d’ailleurs intéressant de constater que, lorsqu’elle sort de la Caverne ou de la Grotte pour être mise dans la paroisse, dans l’église, la Vierge noire perd ses
pouvoirs merveilleux, ses pouvoirs de guérison... Pierre Derlon écrivait :
"En 1935, quand le clergé sortit la statue de Sara de sa crypte et l'emmena en procession, certains maitres du feu ( kakous ) se firent l'épreuve dite du "feu
au poignard" en signe de deuil. "Le soleil a brûlé les yeux de Sara", dirent-ils, "et il est des forces qui meurent si de l'ombre on les sort à la lumière..."
[Pierre Derlon, Secretsoubliés des derniers initiés gitans, 1977, Robert laffont]
Quels réels pouvoirs avaient-elles jadis, ces Mères Noires initiatrices, guérisseuses en vérité ? Elles concentraient en elles les énergies de la Terre-Mère, celles de la Vouivre, de la Vuipre, de l’Antre-de-Sous-Terre (Voir Le Manuscrit des Paroles du Druide…de E.-Y. Monin) et permettait de faire le Passage qu’illustre sainte Marguerite « issourt » du Dragon, sainte Ursule « issourt » également de l’Ours, …
Un cas célèbre de résistance païenne est celui de la « Vénus » de Quinipily, dans la forêt de Baud, en Bretagne. La statue de cette ancienne déesse fut « deux fois jetée dans le Blavet sur l’ordre de l’autorité religieuse ; puis par le Comte de Lannion en 1696. Au XVIIIème siècle, elle fut retaillée. » (Guide Vert de Bretagne) Elle est toujours en place, et… reçoit des visiteurs !
La « Vénus » de Quinipily.
Elle n’a rien d’une Vénus !
Cette Mère Universelle païenne a traversé des siècles de
répressions.
Vierge noire de Nogent-le-Rotrou ( Eure-et-Loir)
avec l’inscription « Virginie Pariturae », la Vierge qui doit enfanter.
La Vierge noire qui doit enfanter représente
la Mère Universelle concevant la Manifestation.
La Conception immaculée précède la Création qui est maculation.
Voir Le Miroir symbole des symboles, Ed. Dervy, 1995, chap. « La lumière d’avant la séparation de la lumière et des ténèbres ».
Vierge noire de Bonneval (Eure)
avec également l’inscription « Virginie Pariturae »,
inscription que l’on retrouve dans la légende
de la Verge noire de Longpont-sur-orge (Essonne).
L’enfant tenant dans sa main gauche le globe terrestre
indique que la statue est tardive.
Pourquoi est-elle noire, cette Vierge ? « Le noir est la fin ; le terme comme la préexistence de toutes choses. » (Lethierry-Barrois, Hébreu primitif, Ed. A. Franck, 1867, p ; 17)
Les Vierges Noires sont à l’image de Kali la noire en Inde : « Kali est noire parce qu’elle est l’énergie ultime dans laquelle toutes les distinctions disparaissent » (A . Daniélou, Le polythéisme hindou, Ed. Buchet-Chastel, Paris, 1975, p. 417)
Que représente collier de têtes coupées que Kali porte au cou ? Elle tient dans sa main la dernière tête tranchée d’un homme et celles de son collier sont les têtes du même homme, celles de ses précédentes incarnations. Toutes les incarnations d’une même unité de vie aboutie à son terme sont là rassemblées !
Huile sur toile.
Dans cette scène sont concentrées la Chevauchée du Tigre,
la tête tranchée de son Cavalier, l’Homme dont Kali a tranché la dernière tête
et qui le conduit le Tigre avec de simples rameaux d’olivier.
En place de sa tête, le Soleil noir rayonnant.
La scène baigne dans le Feu de l’Amour ;
L’Homme y est passif et la Femme active
pour illustrer l’Androgynie retrouvée.
Le héros Arjuna guidé par Krishna chante, dans le Mahabarata, cet hymne à Kali :
« Je te salue, guide des Réalisés,
Noble Déesse qui réside dans le ciel,
Fille ténébreuse au collier de tête de mort,
de couleur fauve,
couleur de bronze.
Je te salue, bienfaisante,
puissance du temps,
puissance de l’éternité transcendante. »