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20 juillet 2009 1 20 /07 /juillet /2009 11:17

"Bénarès, cité millénaire et sacrée"…,

poème d’Olivier Walter

 

Lorsque le regard d’un poète tel qu’Olivier Walter se pose sur Bénarès, c’est tout un monde de sensations qui prend vie.

Son œil, son odorat, son goût, son oreille, son toucher ne cessent de capter l’étonnante magie qui se dégage de la ville sainte. Et lorsque la parole ne peut plus décrire l’étonnement qui saisit l’âme, sa sensibilité de poète s’épanche sous forme d’un haïku pour nous rendre perceptible la quintessence de toute chose.

On déambule aux abords du Gange dans un temps qui s’étire à l’infini… et brassé par un flot d’images, on se laisse volontiers dissoudre et absorber.

                                                  Kinthia

 

Bénarès…

 

Cité millénaire et sacrée s’il en est.

 

Dans un petit coin d’esprit de chaque Indien, cette ville sainte est le sanctuaire du mystère ; la patrie céleste de Shiva ; le croisement des chemins où alternent et flamboient naissance et mort.

 

Mourir à Bénarès est le vœu le plus cher au cœur de chaque Hindou.

 

L’aurore -

derrière les claires-voies

 chants sanskrits

 

J’ouvre les persiennes

mes yeux dans les yeux d’un moine :

puits de lumière

 

Le pas dégagé

du saddhu à demi-nu –

au ciel une étoile

 

Près d’un mur crevassé par la mousson qui laisse son empreinte séculaire sur la chaux, je sirote un thé à la cardamome entre un gecko (1) et un hibiscus rouge. Appelé par quelque inaudible voix, je quitte la terrasse de la maison patricienne aux dentelles de pierres et de bois, et me retrouve sur les ghats. (2)

 

 

Lever du soleil –

les prêtres lancent des fleurs

sur le Gange

 

La solitude du petit matin semble déjà parée de ses couleurs. Des étoffes chatoyantes à même le sol de granit appellent le soleil timide encore. L’astre se sait redoutable et artiste, fait son entrée sur la pointe des pieds. Çà et là montent des psalmodies, des chants murmurés, rauques et profonds.

 

Bougies sur le fleuve –

l’aube suspendue aux chants

gutturaux des hommes

 

Sur un ghat

des cotonnades diaprées –

l’ombre d’un vautour

 

Lumière naissante, prières et tissus ébauchent la première heure du jour dédiée au maître des lieux, le Gange.

 

Un buffle noir

rumine les ténèbres –

lueurs du matin

 

Il est 6 heures. La journée semble avoir commencé depuis longtemps déjà.

 

Une barque dépose une poignée de pèlerins. Au milieu de quelques chiens errants et craintifs, les saris rivalisent de soies aux broderies plus ouvragées les unes que les autres. Les visages sont amènes et souriants ou scrutent, recueillis, un monde dans un monde…

 

Les plus courageux ou superstitieux pénètrent dans l’eau sombre jusqu’au ventre. Les gestes sont lents mais non figés par la fraîcheur du fleuve. On parle bas, des rires sifflent, les pans de sari flottent comme des rubans de joie. Deux ou trois garçons se purifient sans préséance : d’un tertre, ils sautent dans l’eau sous l’œil bienveillant d’un yogi. Des arabesques aquatiques des enfants Nataraja (3) se détachent les postures de l’initié à barbe blanche : un corps de jeune homme tout dédié au soleil.

 

A contre-jour

le yogi sur une jambe

silhouette d’un dieu

 

Des rires d’enfants

se mêlent aux incantations –

fleurs fanées

 

Le courant du Gange

charrie un cadavre de chèvre –

voile blanche

 

Un reste d’offrande jonche les dalles : deux guirlandes de jasmin ; quelques pétales épars de roses ; un vase de terre cuite d’où se répand une poudre rouge ; une noix de coco coupée en deux plantée de bâtonnets d’encens.

 

Je tourne le dos au sud. D’un pas cadencé, le soleil sur la joue droite, j’avance immobile dans le mouvement. Une pensée me traverse le front : à quoi ressemble le silence de l’Âme ? Au bruissement de la soie qu’on déchire…

 

L’image du vieux yogi me poursuit ou plus précisément, l’essence de son être… l’effluve qui s’en dégage est légèreté, puissance et transparence. Il est des Hommes desquels un regard, un silence, un sourire valent infiniment plus que dix traités de philosophie.

 

Corps de vibration

le yogi sourit au monde

dans la solitude

 

Je retire mes sandales. La plante des pieds sur le rugueux des roches taillées est un bonheur. Dans peu de temps, seuls les fourmis, les singes et les vaches sacrées se déplaceront sans encombre : les 37° sous abri affleureront à ciel ouvert les 50°.

 

Deux fillettes comme sorties d’une scène du Mahâbhârâta m’abordent. De la tête aux pieds, la ligne de leur démarche respire grâce et dignité. La beauté innocente est une princesse qui s’ignore…

Une rivière de dents blanches me demande : - « would you like some candle, sir ? »

 

Du bout des doigts

je pose une flamme dansante

sur la déesse fleuve

 

C’est une coupelle de feuille de pipal qui sert de flottille aux bougies qui dérivent au gré des humeurs du Gange.

 

Ganga  prend sa source dans les Himalaya, traverse les plaines sur près de 3000 kilomètres et vient mourir dans la baie du Bengale. Mère de toutes les rivières, c’est à Bénarès que la déesse fleuve forme une boucle majestueuse de 7 kilomètres de long. S’y croisent et se mêlent sur ses ghats des pèlerins de toutes confessions : hindouistes, bouddhistes, jaïns, sikhs, chrétiens, musulmans, agnostiques…

 

La rive ouest est une succession de ghats surplombés de temples et d’anciens palais décrépits. Celle à l’est est déserte.

 

Ganga, épiphanie des Eaux du ciel, donne la vie, la sustente et l’étoffe, la dissout et l’absorbe. Déesse d’Inconnaissance, elle est ce flux éternel qui féconde, nourrit, soutient, réduit et détruit.

 

Soudain saisi !

d’un essor de tourterelles

une aile d’ange

 

En suivant la courbe des oiseaux gris-blancs bientôt dissimulée par les toits, le visage d’une des parèdres de Shiva m’apparaît :

 

Fesses à demi-nues

un pauvre hère fume un bidi –

fresque de Kalî

 

Oui, Kalî la Terrible peinte dans des tons brun-rouge sur un mur. Cette déesse incarne la destruction de la destruction. Elle a pour libation le sang de ses victimes. Elle anéantit dans un feu de joie les concrétions humaines et ses vanités…

 

L’homme hagard à ses pieds lui tourne résolument le dos, les yeux absorbés par les tourbillons de plus en plus sombres de Ganga.

 

En Inde, le mythe n’est pas lettre morte. Sa quintessence instille faits et gestes dans la vie quotidienne. Le sacré se dévoile au cœur même du profane.

 

 

Près d’une bouse sèche

un brahmane peint le ciel,

son dhoti (4) bien blanc

 

Cerfs-volants

au-dessus des fumées âcres

en vastes spirales…

 

Je longe deux ou trois échoppes. Un tailleur herculéen repasse avec un fer à charbon. Un cuisinier prépare des chapatis (5) et du tchaï. Un barbier aiguise ses lames sous l’œil perçant de la rouge Kalî. Son œil goguenard et sa fine moustache trahissent une bonhomie.

 

Une odeur peu commune se répand dans l’air. Je pénètre dans la zone des crémations funéraires.

 

Depuis cinq mille ans

les feux de mort de Bénarès

lèchent le ciel

 

Un mélange savant de parfums de fleurs, de fruits, d’encens, de bois et de corps humains brûle.

 

A quelques mètres devant moi sont étendus dans leurs linceuls des cadavres. De l’un, il ne reste que  fémurs, tibias et bribes de boîte crânienne. D’un autre, dansent dans des éclats d’os les rouges, les bleus, les jaunes des hautes flammes. Un troisième attend l’épreuve salvatrice dans un suaire blanc et or.

 

 

 

Autour d’un fémur

vigies à la verticale…

langues bleues du feu

 

Des badauds à la peau blanche et des Asiatiques observent perplexes, fascinés, faussement dégagés ou d’un air entendu.

 

Tels Européens nostalgiques de leurs origines penchent la tête vers la Grèce antique ; tels Japonais cherchent une nouvelle assise en tournant le buste du côté de l’Inde. J’apprends en effet que des milliers de jeunes gens du Soleil Levant viennent étudier à Bénarès le yoga, les Upanishads, le sanskrit, les  danses de bharatanatyam et de kathak ou l’art martial du sud, le kalavipayat. Se nouent ainsi des couples indo-nippons…

 

La Japonaise agite

un éventail mouchoir au nez

yeux écarquillés

 

On dit que Bénarès est un grand corps couché le long du fleuve. Ce corps est divisé en cinq parties : du nord au sud, la tête, le buste, le nombril, les cuisses et les pieds figurent autant de stations pour pèlerins et visiteurs ; autant de ghats funéraires pour le dernier rendez-vous des morts avec eux-mêmes.

 

Bordés d’œillets

avant l’ultime embrasement,

les morts immergés

 

Ganga est la déesse des noces alchimiques et préside aux épousailles de l’Eau et du Feu.

 

Manikarnika ghat, le nombril, est l’espace où se consument nuit et jour les Hindous. C’est le sanctuaire de la caste des Dom, les Intouchables. Ils y règnent en maître, régentent le négoce du bois et imposent le prix fort au santal pour les riches. Ils règlent la circulation des piétons, portent les brancards de bambou, allument et alimentent le brasier funéraire.

 

Rituels sur le Gange –

deux fillettes babillent

en robe à fleurs

 

L’atmosphère surréaliste est empreinte d’une grave noblesse.

 

Au milieu de ce tragique son et lumière où des Occidentaux verraient les scènes infernales de Bosch ou de Bruegel le Jeune, des visages de défunts indiens restent impassibles, un sourire planant sur les lèvres. Une jolie quinquagénaire au front limpide, à la peau lisse et le dos parfaitement droit, laisse perler sur sa joue une larme. Sa lumière intérieure est plus intense que les braises dévorantes…

Me frayant un chemin parmi les chiens, les chèvres et les vaches, je poursuis l’éphémère de ma route… La chaleur est devenue torride. Il est temps de rejoindre les ruelles de la ville en laissant quelques heures les ghats derrière soi.

 

Or tel est rattrapé celui qui voulait fuir ! Après quelques minutes de marche à la lisière des bûchers, un Indien prend ma main et en trois mouvements me montre sans mot dire la maîtrise de son art : à son invite j’obtempère non par faiblesse mais par jeu, et me retrouve allongé sur un matelas pour un massage. Tout habillé et le corps offert au ciel et à deux mains expertes qui deviendront bientôt quatre, je m’abandonne à l’émissaire de Shiva qui ressusciterait un mort…

 

Ma tête, mon cou, mes épaules, mes bras, mon buste, mon bassin, mes cuisses, mes jambes, mes pieds sont malaxés, traversés, triturés, retournés, au point où je ne sais plus où est le haut du bas, le derrière du devant… Une demi-heure plus tard et les tissus régénérés pour dix ans, le masseur me dit : « you are strong ! you are strong ! » en reconnaissant de son œil avisé le corps d’un yogi

 

Shiva aux quatre bras

émulsionne mon corps –

vagues voix humaines

 

Bénarès est un grand corps couché le long du fleuve…

 

Mes yeux croisent les yeux pleins de vie d’une jeune femme qui, comme moi, vient d’être barattée. Echange d’un sourire issu des contrées profondes de la paix…

 

Je donne soixante-dix roupies à mon chaman. Un Indien me dit : « it’s too much ! » J’ajoute alors trente roupies pour exprimer ma désapprobation. Ces masseurs sont à l’évidence des professionnels formés aux techniques de massages ayur-védiques. Outre leur compétence, la plupart respirent santé et simplicité.

 

Le soleil, Surya, est haut dans le ciel. Ses rayons ont cette blancheur diaphane et diffuse qui confère aux formes ici-bas une irréalité.

 

Je suis happé par les premières ruelles ombragées. Les trottoirs sont peuplés d’échoppes d’offrandes et de petits artisans : rémouleurs, quincailliers, ferrailleurs, maçons, terrassiers, ébénistes, teinturiers, tailleurs, potiers, fleuristes…

 

Odeurs fortes et subtiles, éthérées et entêtantes, vagues ou identifiables flottent, montent ou tournoient. Les couleurs se cherchent, se répondent, se heurtent, s’harmonisent comme si un maître d’œuvre ivre et sobre à la fois, fou et génial, s’était ingénié à peindre, à sculpter, selon une ordonnance orgiaque…

Rues encombrées…

sur son tricycle un ferrailleur

porte le monde

 

 

Tour de potier

le vase et les mains de l’homme

un seul mouvement

 

Avant de me rendre dans une maison de maître repérée la veille, je fais un petit détour au marché aux fleurs. Il se situe dans une grande cour carrée à deux doigts des ateliers de draperie pour soie.

 

Stupéfaction ! A l’abri des rues bruyantes, c’est un havre de beauté que je découvre.

 

Marché aux fleurs –

leurs noms je ne saurais dire

mais quel parfum !

 

Je reconnais roses, pensées, lotus, azalées, tubéreuses, jasmin, hibiscus, frangipaniers… Or il en est des dizaines d’autres.

 

Mandalas (6) de fleurs –

en colliers et gerbes tissé

l’éphémère

 

Les femmes sont prêtresses en cet asile de couleurs et de formes géométriques. Assises au sol en tailleur et drapées de saris nés des fleurs…, elles taillent, arrangent, humectent, confectionnent les architectures florales avec grâce.

 

 

 

 

Fleurs parmi les fleurs

douceur des femmes du peuple

sur les dalles noires

aux fragrances du marché

se mêle un vieil air princier

 

Je me dirige les yeux et le nez pleins de couleurs odorantes vers la demeure seigneuriale. C’est un patio en bois de palissandre qui accueille l’hôte. La première pièce, très vaste, pourrait recevoir un troupeau d’éléphants du Bengale. Elle est parsemée de colonnes de marbre, flanquée d’une galerie aérienne suspendue à sept ou huit mètres du sol, et agrémentée de tables de bois de rose et de santal. Sur les murs sont accrochés des batiks et des miniatures du Rajasthan. Une fontaine d’intérieur roucoule en mêlant ses accents langoureux aux cris joyeux des canaris.

 

On me sert un tchaï brûlant à la cannelle, à la cardamome et au poivre. Je déguste de petits gâteaux à la pistache, au caroube et aux pois chiches.

 

Aux gorgées de thé

s’ajoute l’absence des heures –

mille et une nuits

 

Je quitte la féerie le pas léger et avant de retrouver les ghats du soir, fais une virée en rickshaw. Quelques kilomètres à peine en amont de la ville, on est plongé dans la campagne. Les rives non aménagées de Ganga sont plus larges. La vie rurale, agricole et pastorale se déploie.

Au milieu des vaches

un port de tête de prince

le berger indien

 

 

Sur le limon

un buffle gris efflanqué –

flottilles sur le fleuve

 

Avec des yeux qui lui mangent le visage, un adolescent joue d’une flûte de bambou au pied d’un banian.

 

Je traverse un village. Près d’un puits, un âne étique tire une noria qui alimente en eau une partie des villageois. A deux ou trois kilomètres d’ici, un hôtel quatre étoiles…

 

Les enfants sont plus nombreux que les vieillards. On court, on chante, on rit beaucoup.

 

Retour de l’école –

c’est une horde de joie pure

qui descend du bus

 

L’énergie d’enthousiasme qui émane de ce peuple est stupéfiante ! Qu’on soit en ville ou dans les villages ; dans un musée, un jardin, un restaurant, un marché ou un train, c’est toujours ce mélange de retenue et de spontanéité, de gravité et de légèreté, de sourire et de vivacité qu’on retrouve…

 

 

Pays bigarré –

à la terre couleur sienne

se mêle le ciel

 

Peu à peu, de petits nuages pommelés s’embrasent. Dans les ficus les oiseaux font la sarabande. Le chant vivace des perroquets l’emporte sur les autres. C’est au crépuscule qu’ils entonnent leur hymne à la vie.

 

Près d’un arbre rouge

ombres chinoises des pêcheurs

sur le Gange

 

Je reviendrai sûrement demain dans ces villages aux couleurs ocre.

 

Pour l’heure, les ghats semblent m’attendre. La Bénarès de la nuit recèle plus de secrets encore que le jour. Des visages familiers croisés tard dans la nuit sont animés et frais à 6 h du matin. Les Indiens dorment-ils ?

 

Dans la patrie céleste de Shiva, rêve et réalité se confondent. Celui qui sait démêler l’écheveau de l’un et l’autre se réveille dans son rêve. Et la conscience qui est consciente de rêver pendant qu’elle rêve connaît l’espace silencieux qui sépare deux atomes… ou deux rives.

 

Au-dessus des cornes

de trois vaches sacrées

vol d’oies sauvages

 

Ganga roule dans ses eaux noires de lumière la cendre des jours et des nuits.

 

*

                                                                                                               Olivier Walter



1 Petit lézard translucide dont les doigts sont munis de ventouses et qui vit souvent dans les maisons. Commun en Asie et sous les Tropiques.

2  Vaste escalier en étagement qui facilite l’accès à un fleuve ou à un bassin.
3 L’une des manifestations de Shiva sous la Forme d’un danseur aux multiples membres qui symbolise la Danse cosmique.

4 Tissu que les hommes passent autour de leurs hanches et de leurs jambes.

5 Variété de pain à la farine de blé ou de millet cuit au feu de bois.

6 Formes géométriques utilisées comme support de méditation et qui traduit la dialectique de l’Un et du multiple.

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