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30 décembre 2007 7 30 /12 /décembre /2007 09:36
Saint Romain
 
et la Gargouille de la forêt de Rouvray,
 
près de Rouen (VIIe siècle)
 
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Saint Romain terrassant la Gargouille.
Cabasson, 1885, Huile sur toile, Musée des Arts et des Traditions populaires.
 
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La légende
 
 
 
 
     « La Gargouille, est-il raconté, régnait dans la forêt de Rouvray, située non loin d’une boucle de la Seine, face à la ville de Rouen. Elle y faisait de grands ravages, renversant les bateaux, dévorant avec délectation bêtes et gens qui, imprudemment, s’aventuraient un peu trop dans son antre. Il devenait urgent d’intervenir.
 
     Saint Romain, évêque et patron de la ville, dans l’un des épisodes les plus célèbres de son existence, entreprit de l’éliminer. Déçu de ne trouver personne pour le seconder dans sa tâche, il désigna un prisonnier qui se vit promettre la liberté en échange de son assistance.
 
     Face au dragon, saint Romain éleva d’une main la sainte croix, puis il lui entoura le cou de son étole, le contraignant à rester au sol, toute fureur éteinte, enfin il demanda au prisonnier de le conduire en ville, où la foule le hissa sur le bûcher.
 
     Afin de conserver le souvenir de ce prodige, saint Ouen, héritier de l’évêque, obtint de Dagobert le privilège d’affranchir chaque année un condamné, droit qui fut appliqué jusqu’en 1790 par les chanoines de la cathédrale. La délivrance avait lieu le jour de l’Ascension, où, dans la procession, le prisonnier se purifiait de ses fautes au contact de la châsse de saint Romain, qu’il soutenait, appelée ici fierte. »
 
          Extrait de Cités en fête, brochure de l’exposition du Musée des Arts et des Traditions populaires, page 40, RMN, Paris, 1992.
 
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Comme l’exprime la Langue des Oiseaux, la sonorité GRG véhicule l’idée d’avaler, de dévorer. GaRGan, GaRGantua, GaRGamelle, GrandGousier, GaRGouille, Grand’Goule (Tarasque de Poitiers), GoRGone, GouRGandine, GaRGarisme, GaRGote, GaRGouillis, GaRGoulette, GaRGousse. La sonorité s’adoucit dans GaRGelle, dans GoRGe et encore plus dans GeoRGes.
 
(Voir Hiéroglyphes Français et Langue des Oiseaux de Emmanuel-Yves Monin et La Vouivre un symbole universel)
 
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Gargouilles de l'église Saint-Etienne, Beauvais.
 
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COMPLAINTE
Air de la complainte de Fualdès, et de celle du Droit d'aînesse.
 
 
I. Invocation.
O Jean de l'Apocalypse,
Toi qui as vu de tes yeux
Tant de bêtes dans les cieux,
La Gargouille les éclipse :
C'est un méchant animal
Qui a fait beaucoup de mal.
 
II. Narration.
Ce fut du temps de nos pères,
A qui long-temps il en cuit,
Que la GARGOUILLE sortit
Tout-à-coup de dessous terres,
Jetant l'effroi tous les jours
Dans Rouen et ses faubourgs.
 
III. Domicile de la Gargouille.
Joyeuse, elle eut pour tanière,
Non loin du mont des Sapins,
Un lieu qu'elle rendit malsain,
Dominant la ville entière ;
Et c'est là qu'elle attirait
Les gens qu'elle approfitait.
 
IV. Portrait de la Gargouille.
De cette bête horrifique
Un vieil auteur, trait pour trait,
Nous trace ainsi le portrait,
Tant au moral qu'au physique ;
Pour qu'on ne puisse douter,
Je vais le lui emprunter.
 
V. Portrait du monstre au physique.
«On voit mille et mille têtes»
Qui sortent de ce grand corps,»
Et qui par un seul ressort»
Ou bien s'agitent ou s'arrêtent :»
Si ça n'était effrayant,»
Ça serait divertissant».
 
VI. Suite du même portrait au physique.
Monstre horrible, immense, informe,
Il est tout parsemé d'yeux
Louches, tournés vers les cieux,
Et dans chaque gueule énorme
On voit triple rang de dents,
Avec du rose en dedans.
 
VII. Suite du même, toujours au physique.
Ses langues sont de vipère,
De crocodile ses pleurs,
De tigre sont ses fureurs,
Ses caresses de panthère ;
Pour griffes de léopards,
Il a de petits poignards.
 
VIII. Costume d'ordonnance de la bête.
Grand chapeau plat à trois cornes,
Rabat blanc et noir jupon :
On voit dans un médaillon,
Sur sa poitrine difforme,
Un grimoire en abrégé
Où l'on lit A. M. D. G.
 
IX. Portrait de la bête au moral.
Son caractère est perfide,
A la fois lâche et cruel,
On ne voit rien sous le ciel
Qui se montre aussi avide,
Mangeant hors de ses repas,
Prenant et ne rendant pas.
 
X. Toujours sur sa moralité.
De chair fraîche elle est friande,
Et surtout de sang royal,
C'est pour elle un vrai régal,
Tant sa barbarie est grande ;
Dans le crime elle jouit,
Et lorsqu'elle tue en rit.
 
XI. Comme quoi le monstre, par l'inspiration du démon,
son père, composait de mauvais livres.
Même, disent les chroniques,
Ce monstre, enfant du malin,
Griffonnait sur du vélin,
En caractères gothiques,
Des livres dignes du feu,
Pour attraper le bon Dieu.
 
XII. Comme quoi ces livres étaient mauvais,
et comme quoi ils avaient une TENDANCE
à attraper le bon Dieu.
On y voyait comment faire
Pour pouvoir, en tout honneur,
Être menteur et voleur,
Parricide et adultère,
Sod... débauché,
Et qui plus est sans péché.
 
XIII. Exposition des fureurs de la bête.
Dans sa fureur inhumaine,
Pour recréer ses regards,
Partout de membres épars
Couvrant la ville et la plaine,
Homme, femme, enfant, barbon,
Pour elle tout semblait bon.
 
XIV. Comme quoi elle faisait le diable pour avoir de l'or.
On voyait croître sa rage
A l'aspect brillant de l'or ;
Il semblait que d'un trésor
Elle convoitât l'usage,
Pour, au gré de ses désirs,
Payer ses menus plaisirs.
 
XV. Réflexions sur la galanterie
qui semblait régner dans les démarches de la bête.
On eût dit qu'à la tendresse
Le monstre avait du penchant,
Parfois d'un geste touchant
Leur prodiguant la caresse,
Il promettait des bonbons
Aux jolis petits garçons.
 
XVI. La bête prend des libertés.
Croirait-on qu'un coeur farouche
Pour le sexe eût de l'amour ?
Faisant patte de velours
Et même petite bouche,
Le monstre avec la beauté
Lâchait l'impudicité.

XVII. Réflexions morales
sur les susdites galanteries du monstre.
Ainsi cumulant les vices,
Les honneurs et les forfaits,
A tous trouvant des attraits
Et même des bénéfices ;
Traître, galant, tour à tour,
Il semblait fait pour la cour.
 
XVIII. Description des chasses où on l'a manqué.
Que de chasseurs intrépides
S'écriaient dans leur courroux :
«Sous mes redoutables coups
»Tombera ce monstre avide !»
Tous à l'envi l'ont chassé,
Pas un ne l'a terrassé.
 
XIX. Comme quoi la bête se moquait des chiens,
une seule espèce exceptée, qui lui donnait du tintouin.
En défaut mettant sans cesse
Des limiers jusqu'aux bassets,
Des briquets aux chiens barbets,
A force de tours d'adresse ;
Elle n'avait, il paraît,
De peur que des chiens d'arrêt.
 
XX. Comme quoi elle a été poursuivie inutilement
par des gens de tous les pays.
Un chasseur de l'Angleterre,
Un Portugais, un Français,
Un Bohême, un Hollandais,
Un Russe qu'on nommait Pierre,
Un Vénitien, un Romain,
La chassèrent tous en vain.
 
XXI. Artifices du monstre.
De tant de coups redoutables
Il a su tromper l'effort :
Quelquefois faisant le mort,
Par une ruse coupable,
Et quelquefois d'un agneau
Prenant au besoin la peau.
 
XXII. De plus fort en plus fort.
Même on vit ce monstre infâme
Sur la terre au long couché,
En mille morceaux haché,
Comme s'il eût rendu l'âme :
On n'eut pas le dos tourné
Qu'il était raccommodé.
 
XXIII. Comment la ville de Rouen
fut délivrée de la Gargouille par un miracle.
Enfin, ô bonheur extrême !
Par la céleste vertu
Le monstre fut abattu ;
Il fit son paquet quand même,
Et périt pour ses méfaits
Dans la grand'cour du Palais.
 
XXIV. Comme quoi aucuns racontent
que le monstre est ressuscité.
Or un bruit s'est fait entendre,
C'est qu'on l'a cru mort : mais nix !
Ni plus ni moins qu'un phénix,
On dit qu'il sort de sa cendre,
Ou, de même qu'un bouchon,
Qu'il n'a fait que le plongeon.
 
XXV. Son prétendu changement de moralité.
Mais on veut nous faire accroire
Que le monstre est bon enfant
Un vrai mouton maintenant,
Et de petit avaloire :
On nous trompe assurément,
Je vous le dis franchement.
 
 

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