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3 mars 2010 3 03 /03 /mars /2010 21:28

 

De la Tour au Retour,

sainte Barbe

et

sainte Marie-Madeleine

 
Article d'Alexandrine Magdala Vayssac

Dante-Rossetti.JPG

Marie-Madeleine de Rossetti, représentée sortant d’une tour (1877).

 

Si l’on pense au symbolisme de la tour dans le christianisme, vient immédiatement à l’esprit la figure de sainte Barbe, dont elle est l’attribut de par sa légende : cette jeune fille de seize ans vivant au IVème siècle dans une province romaine située soit dans l’actuelle Turquie, soit en Egypte, était tellement belle que son père, l’influent Dioscore (« Fils de Zeus ») l’enferma dans une tour pour la soustraire au regard du commun des mortels, puis s’en alla vaquer à ses affaires. Un jour, parvint à la jeune fille une bible. A sa lecture, celle-ci n’eut dorénavant d’autre désir que de vouer sa vie au Seigneur des chrétiens. A son retour, le père, de confession polythéiste gréco-romaine, annonça à sa fille qu’il lui avait trouvé le meilleur parti en vue de son mariage. Barbe dut avouer qu’elle ne souhaitait pas cette union, ayant épousé la doctrine chrétienne et souhaitant consacrer sa vie au Christ. Dioscore entra dans une rage indescriptible, et Barbe dut s’enfuir après qu’il eut mis le feu à la tour. Elle trouva refuge dans une grotte, mais un jeune pâtre alla la dénoncer à son père qui la traîna devant le préfet romain pour la persuader de renoncer à sa nouvelle vocation. Devant l’inflexibilité de la jeune fille, le préfet lui fit subir le martyre, dont chaque épisode se solda par la victoire de la foi chrétienne de Barbe, portée tout au long de ces épreuves par la protection du Christ. Devant son échec, le préfet remit l’adolescente à son père, en l’enjoignant d’aller la décapiter lui-même. Ce dernier s’exécuta. Mais à peine avait-il commis cet infanticide qu’il fut frappé par la foudre et réduit à néant. Peu après, un jeune chrétien vint rechercher la dépouille de la jeune fille parmi celles d’autres martyrs (dont sainte Julienne), et une femme lui indiqua son cadavre par « c’est elle, l’étrangère, » en grec « barbarae ». C’est cette désignation qui lui donna son nom : Barbara, « l’étrangère, » devenue sainte Barbe en France, et qui fut une des saintes les plus populaires et les plus vénérées du Moyen Age à notre époque dans une grande partie de l’Europe puis d’Amérique. Protégeant de la foudre et des orages, elle est la sainte de la transmutation du feu dans l’athanor de sa tour, d’où son patronage ancien des alchimistes, puis de toutes les corporations en contact avec le feu et les explosifs, dont très récemment les mineurs et encore de nos jours les pompiers. Image édifiante du rappel que chacun est un athanor vivant qui doit condenser l’énergie de sa tour, et par l’énergie feu, marquer un jour la mise en relation fulgurante de sa Terre et de son Ciel. Le « coup de foudre » est bien cette connexion de l’être à une réalité d’un autre plan, ce court-circuitage du mental qui permet de voir enfin par le coeur.

 

Sarlat, Périgord
Sainte Barbe, vitrail de l’église de Sarlat, Périgord.


 

maison-dieu-001.JPG
La tour de sainte Barbe dans l’arcane XVI du Tarot, la Maison-Dieu.

Voir l'article de Kinthia Appavou en cliquant sur le lien :
 L'image de sainte Barbe en relation avec celle de "la Maison-Dieu" du tarot de Marseille

De nombreuses déités du polythéisme et de nombreux saints catholiques peuvent être mis en relation à sainte Barbe de par leur lien avec la foudre. On pense entre autres à Danaé, Zeus, ou saint Donat. Saint Vorles, quant à lui, partage avec sainte Barbe l’attribut de la tour. Il est également de nombreuses saintes qui, à l’instar de « l’Etrangère, » payèrent fort cher leur refus de prendre l’époux qui leur avait été choisi : sainte Reine ou Nolwenn, par exemple, mais également sainte Wilgeforte, qui échappa au mariage (mais pas à la crucifixion) grâce à l’apparition miraculeuse sur son visage… d’une barbe !

 

 Musée du Moyen Age, Paris

ste barbe musée du moyen âge

Sainte Marie-Madeleine et sainte Barbe au musée national du Moyen Age, Paris.

 

Sainte Madeleine, elle, n’a pas de rapport évident à sainte Barbe. Pourtant, Marie de Magdala, Marie la Magdaléenne, porte un nom éloquent : la ville de Magdala, d’où elle était originaire, vient de l’hébreu Migdal, c’est-à-dire « tour ». De nombreux spécialistes de cette figure centrale du christianisme, dont la dévotion connaît un regain de vigueur incroyable depuis quelques années, se sont penchés sur la localisation exacte de Magdala, certains la situant en Galilée, à l’emplacement même du petit village de pêcheurs de Migdal qui existe toujours, d’autres avançant qu’elle proviendrait de Magdala en Ethiopie, et serait passée par Alexandrie (pour rappel, sainte Marie l’Egyptienne, célébrée le 2 avril avec sainte Alexandrine et sainte Sandrine, est elle-même une des facettes de Marie-Madeleine) avant d’atteindre Jérusalem où elle aurait rencontré Jésus. Au vrai, la localisation géographique importe-t-elle tant que ça ? Il est tout aussi intéressant de prendre son origine de Magdala, ou Migdal, simplement pour ce qu’elle veut dire, i.e. « la tour ». Elle serait alors « Marie qui provient de la tour ». Pourtant, il n’est aucune allusion à la tour dans les récits la concernant dans le Nouveau Testament, ni d’ailleurs dans les représentations de Marie-Madeleine. Et pourtant, le symbolisme de la tour fait tout de même sens en ce qui la concerne : avant de rencontrer Yeshua (Jésus) et de le suivre, Marie semble avoir mené une vie typiquement citadine. Elle est un personnage issu de la cité, une femme lettrée de la ville et ayant l’expérience de la vie ordinaire et de ses excès, non pas une paysanne, une femme de la nature ou une mystique recluse. Yeshua est dit avoir chassé sept démons de Marie-Madeleine ; loin de l’image arrangeante de femme de mauvaise vie, montée de toutes pièces par le clergé au VIème siècle servant une vision culpabilisatrice de la femme, les sept démons sont évidemment à rapprocher des sept péchés capitaux. Femme citadine ayant déjà un certain vécu avant de rencontrer le Christ, Marie de Magdala est une pécheresse dans le sens où elle a sans doute connu tous les travers de la vie « ordinaire » d’un être humain après la « Chute » : quelle personne lambda de nos sociétés actuelles n’a-t-elle pas connu la gourmandise, l’envie, la colère, l’avarice, l’orgueil, n’a-t-elle pas expérimenté le sexe sous ses aspects les moins tendres, et ne s’est-elle pas détournée de la prière, de la pénitence, et des lectures sacrées (l’acédie) ? En bref, Marie-Madeleine était une femme ordinaire ayant vécu les aspects de la vie de la ville (la vie « vile ») tels que tout un chacun la vit en étant loin d’une conscience ou d’une pratique spirituelle véritable. Lors de la scène chez le pharisien, elle est décrite comme « une femme de la ville. » Son origine symbolique de la tour s’entend bien dans son appartenance à la cité, au monde du commun des mortels tout occupés à bâtir ce quotidien industrieux dans lequel ils s’enferment avec l’illusion d’être plus solides. On retrouve ici l’image de la tour-prison à tous les plans, autant que le symbole de la cité des hommes s’opposant à la nature créée par Dieu. De Magdala, Marie suivra Jésus sur les chemins, recevant ses enseignements et partageant vraisemblablement aussi son intimité. Son choix de suivre Jésus marque donc sa sortie de la tour. Contrairement à sainte Barbe qui doit en être chassée, Marie-Madeleine s’extrait d’elle-même de sa tour en choisissant « la meilleure part. » En compagnie du Christ, elle va quitter la fixité pour l’errance, le confort pour la simplicité, et connaître l’Amour en vérité, et ce jusqu’au bout. Première étape sur les chemins en compagnie de Yeshoua et des apôtres, où Marie de Magdala reçoit les enseignements du Christ. « ‘Pierre dit à Marie : Soeur, nous savons que l’Enseigneur t’a aimée différemment des autres femmes. Dis-nous les paroles qu’il t’a dites, dont tu te souviens et dont nous n’avons pas connaissance.’ (Marie 10, 1-6) S’ensuit un long enseignement de Marie rapportant les paroles du Christ, à coloration gnostique, enseignement dont il manque quatre pages. La plupart des apôtres n’étaient en rien au courant des enseignements que Iéshoua‘ prodiguait à Miriâm dans le secret. »1 On connaît l’épisode de la crucifixion et le rôle de Marie-Madeleine à la sortie du tombeau, première disciple à avoir vu le Christ ressuscité ; puis celui du fameux « Noli me tangere » et la mission attribuée par le Christ à Marie-Madeleine d’annoncer sa résurrection aux apôtres, lui conférant ainsi le statut d’apôtre des apôtres, donc son héritière légitime après son « retour au Père. » On sait comment les propos de Marie de Magdala furent mis en doute par certains apôtres, et comment sa légitimité même fut balayée d’un revers de la main de Pierre, incapable de dépasser ses préjugés misogynes, reflets du contexte sociétal dans lequel ces faits se sont déroulés, et que pourtant Christ ne cessa de détruire par son exemple : son traitement parfaitement égalitaire des femmes, qu’elles soient disciples ou non, son enseignement à leur endroit, et son « choix » de Marie-Madeleine, rompaient en tout avec la culture et les pratiques de son temps. Il reconnut Marie de Magdala autant qu’elle reconnut le « Christ, » c’est-à-dire « Celui qui est oint, » car c’est elle qui lui oint les pieds et le visage (« sur la terre comme au ciel… ») et lui conféra par ce geste même sa qualité de « Messie, » mot signifiant encore une fois « celui qui est oint. » Quelle image de complémentarité que celle de ce couple originel du christianisme ! Pourtant, le passé et le présent nous renseignent sur ce que les hommes firent du modèle donné par le Christ. L’Eglise romaine se bâtit bien vite sur un clergé totalement masculin, les femmes furent exclues de toute fonction sacerdotale, et Marie-Madeleine fut « putanisée. » 2 Les femmes continuent de vivre sous le joug de l’image duelle de la vierge-mère pure en opposition à la trainée sexuée et impure, une dichotomie psycho-culturelle tellement dangereuse qu’elle est à rapprocher de la violence généralisée faite aux femmes depuis des siècles. L’histoire de sainte Barbe en est d’ailleurs une illustration, elle qui fut déféminisée (ses seins furent coupés lors de son martyr), et trainée par les cheveux jusqu’à l’endroit où son père la décapita pour refus d’obéissance. Mais le parcours de Marie de Magdala, « Marie de la Tour, » va plus loin : après sa sortie de la tour et son cheminement avec le Christ, et après la Résurrection, Marie va devoir poursuivre sa vie terrestre. Il y a autant de versions que d’historiens et de traditions. Chez les orthodoxes, elle finit sa vie à Ephèse avec Marie, la mère de Jésus, et l’apôtre Jean ; ou bien en Inde avec l’apôtre Thomas ; ou bien à la grotte de la Sainte-Beaume, en Provence ; ou encore à Magdala, son village d’origine. Peu importe, en vérité. L’iconographie nous fournit encore ici de précieuses clés, car les représentations de Marie-Madeleine peuvent être rassemblées en trois groupes : d’abord, celui d’une Madeleine « civilisée, » en costume souvent de type médiéval, portant le pot à onguent, son attribut principal.

 

1 Régor MOUGEOT – Propos sur la résurrection de Jésus qui fut appelé Christ – A paraître.

2 C’est l’historienne américaine Jane Schaberg qui a inventé le terme de « putanisation » pour définir le processus de dévalorisation de Marie-Madeleine soigneusement orchestré par les pères de l’Eglise du VIème siècle sous l’égide du pape Grégoire le Grand. Ce n’est qu’en 1969 que le Vatican a officiellement reconnu que Marie-Madeleine n’avait rien à voir avec un personnage de prostituée. Malheureusement, cette association perdure dans bon nombre d’esprits malgré cette réhabilitation.



Master of the Magdalen Legend 1475-1525
Master of the Magdalen Legend 1475-1525


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 Piero Di Cosimo, 1490.

 

On y reconnaît l’aspect « sophistiqué » de la sainte, son origine noble de femme lettrée de la ville dans tous ses atours. Cette représentation de Marie-Madeleine est tellement proche de celle de sainte Barbe qu’on peut les confondre très facilement. Les deux saintes étant alors d’apparence très semblable, le pot à onguent et la tour sont eux aussi parfois difficiles à différencier. Certains peintres de la Renaissance ont d’ailleurs accentué cette ressemblance : au XVIème siècle, le Flamand Rogier Van Der Weyden a peint les deux saintes d’une façon presque gémellaire.

 

Roger van der Weyden2
Roger van der Weyden
Rogier Van Der Weyden

 
Le deuxième type de représentation de Marie-Madeleine est dit en « repentante, » souvent nue ou couverte d’un simple tissu, dans des postures oscillant entre la mortification et une troublante sensualité accentuée par sa longue chevelure à présent éparse.

 

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Francesco Hayez
Deux Marie-Madeleine
de Francesco Hayez

 

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Lefebvre, Jules-Joseph.

 

Cette fois-ci, la sainte est dans un cadre naturel. Marie-Madeleine a quitté la ville et a été rendue à la nature. Plus d’oripeaux, le corps totalement libre, elle apparaît comme un esprit féminin pur rendu à sa véritable nature. Dans les églises, ces représentations l’affublent néanmoins d’un long tissu ou d’une espèce de pagne tressé en fibres végétales.



mmad coruna

Le troisième type de représentation concerne son assomption,
où la sainte monte au ciel, parfois entourée d’anges,
 la chevelure maintenant suffisamment longue pour lui couvrir tout le corps,
et qui parfois se confond avec une sorte de pelage
caractéristique des images d’hommes sauvages, comme vues souvent pour saint Jean-Baptiste.

Voir l'article en cliquant sur le lien :
Saint Jean-Baptiste, l'Homme Sauvage au tempérament de Feu !

La légende de Marie-Madeleine à la Sainte-Beaume, en Provence,
 fait référence aux ascensions de la sainte vers les cieux,
élevée parmi les anges.
De Magdala, Marie est parvenue au bout du cheminement de son âme humaine,
et fait à son tour le « Retour au Père. »
 



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Chapelle du Centre dominicain,
Sainte-Beaume, Provence

 

                                                  Torun SS Johns Mary Magdalene                                       
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Alexandrine Magdala Vayssac


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L'image de sainte Barbe en relation avec celle de "La Maison-Dieu" du tarot de Marseille

MARIE DE MADELEINE, MARIE DE MAGDALA, MARIE L'EGYPTIENNE, UNE MEME PERSONNE, DISCIPLE ET COMPAGNE DE JESUS ?



glycon.jpg



1876

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