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14 avril 2012 6 14 /04 /avril /2012 10:10

 La Calligraphie en Islam :

Calligraphie des sourates du Coran

et du nom d'Allah.



     "La calligraphie ajoute au simple dessin un message déchiffrable, lisible pour celui qui a appris à en pénétrer le mystère. Elle est cependant, comme tout art qui laisse une trace sur la blancheur immaculée de la feuille, maculation. « La surface blanche encore vierge, (est) elle-même (...) en tant que telle un être vivant (...) Pour un non-artiste, cette affirmation peut paraître surprenante. Mais il faut assurément admettre que tout artiste ressent la “respiration” de la surface encore vierge (...) et que - plus ou moins consciemment - il sent sa responsabilité vis-à-vis de cet être et se rend compte qu'en agissant avec légèreté à son égard, il commet quelque chose comme un meurtre. L'artiste “féconde” cet être et sait avec quelle docilité et quel “bonheur” la surface accueille les éléments justes à leur juste place. (8) »
     Roland Barthes, qui prenait beaucoup de plaisir dans l'acte même d'écrire, confesse : « dans l'écriture, mon corps jouit de tracer, d'inciser rythmiquement une surface vierge (le vierge étant l'infiniment possible (9)) » A l'image de la page blanche qui ne s’oppose en rien à l’artiste, l'être vierge est sans notion et laisse la vie se manifester dans sa justesse…

     L'origine de l'écriture est dans la pensée qui dirige la main, et le calame, la plume, laisse alors sa trace. Quelle parfaite symbiose, par exemple, entre les passages choisis du livre Le Langage des Oiseaux de Farid Al Din Attar et la calligraphie « des mots évocateurs d'images » qu'en donne Hassan Massoudy (10) ! « Le mot calligraphié reste dissimulé derrière le voile de nos ignorances (11) », indéchiffrable comme le Simorgh dont les Oiseaux sont en quête, et pourtant, il parle au cœur, enthousiasme l'âme et plonge celui qui contemple la calligraphie dans un abîme de beauté. Il y a là un processus qui illustre comment l'Idée divine, la création immaculée dans son Principe, se manifeste par maculation (12).
 
 

  EcitureSamarcande.jpg

Mausolée Goumbazi Seyidan - Samarcande (Ouzbékistan).
© Photo Régor

     « Entre la phrase sagement écrite et la phrase calligraphiée avec art, un voile se déploie qui brouille le contour des mots, qui associe les lettres selon une hiérarchie mystérieuse, qui élude ou magnifie tel élément du discours. Le prince commanditaire d'une inscription destinée à orner une mosquée ou un palais passait avec l'artiste un contrat tacite : le texte, devenu prétexte, devait tout ensemble être caché au profane et lui livrer assez d'indices pour lui permettre d'en deviner le sens. (13) » Ainsi la vérité n'est-elle pas cachée, mais cependant l'ignorant n'y a pas accès. Il en est ainsi de toute vérité dite « ésotérique ». C'est en ce sens qu' « on ne peut pas donner des perles aux pourceaux », selon le mot de l'Evangile ; cela est impossible, non du fait de celui qui pourrait donner, mais du fait du pourceau !
     La calligraphie crée à la fois le signe tracé, la forme extérieure et la forme intérieure, l'espace et le vide entre les traits. L'œil équilibre le blanc et le noir, le plein et le délié, le
yin et le yang et les conjugue pour manifester beauté et harmonie. C'est donc un art total, qui suspend le temps. L'œuvrier - l'ouvrier (14) -, l'homme de l'art, l'artisan, le maître d'œuvre manifeste selon les Lois de Ce qui le crée et expose ainsi les structures de la manifestation. Il est créature devenant créateur selon les lois qui font que « l'Esprit féconde Matière (15) ».
     Dans cette mise en œuvre, l'attitude du corps est primordiale. Le cœur guide la main et le juste se fait. L'Energie est libérée, les nœuds psychologiques se dénouent ; cela coule et l'apparence obtenue est révélatrice de l'état d'être. Cet état d'être se matérialise inévitablement, se dévoile, et en cela, il n'y a jamais échec mais constat de cet état d'harmonie ou de dysharmonie rendue ainsi visible.
     Chaque civilisation, chaque peuple, a traduit sa pensée dans un graphisme particulier. Des trois formes égyptiennes - hiéroglyphique, hiératique et démotique - jusqu'à l'écriture anglaise, en passant par les idéogrammes crétois encore indéchiffrables, les inscriptions cunéiformes, la cursive araméenne ou arabe, l'écriture cyrillique, les runes germaniques, les textes xylographiés chinois, l'onciale romaine, la gothique cursive etc., quel fabuleux déploiement de symboles s’est produit pour transcrire sur la tablette d'argile, sur le papyrus, sur l'écorce ou le papier, une pensée, une cosmogonie, une histoire, une légende, un mythe...! Que de labyrinthes élaborés ainsi par la pensée humaine ! 

 

EcritureKufi.jpg

Calligramme labyrinthique kûfi.
L'énoncé en bas à gauche commence par le nom d'Allah.

     Les calligraphies labyrinthiques, tout comme les labyrinthes musulmans qui énoncent en kûfi carré le nom d'Allah dans un espace octogonal ou carré, ressemblent aux entrelacs de la Renaissance mais y ajoutent un enseignement que peut décrypter celui qui connaît la langue utilisée. On peut voir, dans l'exemple reproduit, que « la parole sacrée est si parfaitement transcrite qu'elle ne peut pas ne pas être un mystère dont il faut avoir la clef. (16) »
     Aux formes volontairement géométriques de l'écriture
kûfi s'oppose l'écriture cursive arabe, le naskhi, correspondant au geste naturel de la main créant le monde des courbes, des boucles, des volutes et des spirales. Les deux se complètent souvent dans une harmonie qui réjouit l'œil. Que dire du naskhi ? « Ses caractères plastiques propres, les hampes verticales qui s'opposent à la direction horizontale en une sorte de contrepoint et ponctuent les boucles, les possibilités de varier le rapport entre la hauteur des hampes et celle des boucles, de jouer aussi sur la largeur de celles-ci et la longueur des lignes horizontales, fournissent des variables dans le rapport des formes riches en potentialités plastiques et donnant la faculté d'instaurer des rythmes par la répétition des hampes. (17) » Le jeu des couleurs vient parachever l'harmonie.

EcritureAllah.jpg
 


Le nom d'Allah et des Compagnons du Prophète calligraphiés en kûfi carré.

     La calligraphie des sourates du Coran rejoint les arabesques et les entrelacs sur les façades des mosquées de Samarkand, de Boukhara, d'Ispahan, du Caire, et jusqu'à l'Alhambra de Grenade en passant par Bagdad, Jérusalem et maints autres lieux. Dans ces mosquées, les mihrab, les minbar (18), les chapiteaux, les coupoles et les minarets montrent combien les bâtisseurs étaient calligraphes et géomètres.

  Ecriture8.jpg


Médersa d'Oulough Beg - Samarcande (Ouzbékistan).
 © Photo Régor

     Les hommes pieux de l'Islam voulurent très tôt calligraphier le Coran comme les moines chrétiens avaient, eux, calligraphié la Bible et les Evangiles. Moins connues sont les signatures officielles d'apparat des sultans, les thoughra, comme celle de Soleiman le Magnifique. Ce sont des chefs-d'œuvre dans lesquels les lignes aux formes pures, droites et courbes ovoïdes, les entrelacs des lettres « sentant la nostalgie de l'éternité nécessaire, veulent fuir leur existence arbitraire et temporelle instaurée par le signe pour rejoindre enfin l'autonomie des formes pures ! (19) » La calligraphie ottomane en expose de très belles (20). "
 


EcritureOttomane.jpg

  Calligraphie ottomane.
Musée Sakip Sabanci, Istanbul (Turquie).
 


(8) KANDINSKY, W. - Point, ligne, plan - Gonthier.
(9) DRUET, Roger et HERMAN, Grégoire - La civilisation de l'écriture - Fayard et Dessain et Tolra, 1976, préface de Roland Barthes, p. 5.
(10) ATTAR, MASSOUDY, Hassan - Le Voyage des Oiseaux - Ed. Alternatives, 1999.
(11) BUKIET, Suzanne - Introduction - Le Voyage des Oiseaux - Op. cit.
(12) Voir Le Miroir, Symbole des Symboles - Chap. La Conception Immaculée - Op. cit.
(13) MASSOUDY, Hassan - Le chemin d'un calligraphe - Op. cit., p. 12.
(14) Ouvrier : celui qui ouvre I pour manifester les trois plans de l'être humain - E - Pour le symbolisme de O et E lié, Œ, voir Le Miroir Symbole des Symboles - Op. cit.
(15) MONIN, Emmanuel-Yves - Le Manuscrit des Paroles du Druide sans nom et sans visage - Le Point d'Eau, 1990, p. 212.
(16) PEIGNOT, Jérôme - Du Calligramme - Ed. Chêne.
(17) PAPADOPOULO, A. - L'Islam et l'art musulman - Ed. d'Art Lucien Mazenod, 1976, p. 175.
(18) Chaires.
(19) Ibidem, p. 179.
(20) Musée Sakip Sabanci. Istanbul (Turquie).


                                                 Extraits de : R. R. Mougeot,
                            "Du tissage des formes aux entrelacs de la vie",
                                     chap. "Les entrelacs de l'écriture",
                                  sur
http://sens-des-entrelacs.wifeo.com/
 

                                                              

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