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11 janvier 2011 2 11 /01 /janvier /2011 17:36

Impressions sur le spectacle « Rondes »

 

produit par la Compagnie « Lle » d’Armelle Devigon

 

le samedi 6 novembre

 

devant le théâtre de Brétigny-sur-Orge (Essonne)

 

à 17 heures, sous une pluie battante !

 

"Installation-performance chorégraphique,

 

plastique et sonore en extérieur"

 

 - CREATION

 

« Sur l’esplanade blanche du théâtre, sous la pluie, un grand cercle de terre et trois tertres pointus, coniques. Trois silhouettes dressées, immobiles, à leurs sommets ; deux autres, debout, immobiles aussi, sous un ciel de plomb. Un silence lent s’étale et plane, percé par une fine stridence continue.

 

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Les spectateurs sortent du ventre chaud du théâtre, ils sont nombreux et serrés sous leurs parapluies et se mettent en cercle autour de cette île de boue ; certains portent une couverture rouge pour résister à l’humidité froide qui transperce alors que le jour pâlît.

        Le temps s’est arrêté : ces hommes et ces femmes debout sur cette terre vierge, sans végétation, sans animaux, sans  construction … Rien, … un désert de boue sous la pluie battante, la fine stridence aigre, et ces silhouettes vêtues de braies ternes, de vêtements de peau, déjà maculés, dressés vers ce ciel inclément. Hommes et Femmes Sauvages ! Ils sont impressionnants de calme sous ce déluge.

 

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        Une femme, puis une autre, se mettent à marcher à grands pas, tournant en rond.

        Un homme descend de son piédestal et va se mettre à creuser l’un des tertres, à mi-pente. Il creuse à mains nues ; un second le rejoint et lui prête assistance. Que cherchent-ils ? De la nourriture ? Le trésor de la Vouivre enfoui en ce lieu ? Ils creusent longuement, profondément, à grandes brassées, se maculant de boue.

        Une femme continue sa ronde, s’arrête à un endroit où se trouve du sable rouge qui contraste avec les couleurs ternes et brunes de la terre, en prend dans ses mains et le lance en marchant, comme pour ensemencer cette terre humide où nulle plante n’a jamais poussé. Une autre l’imite. Elles se couvrent aussi de cette terre rouge qui colle à leurs vêtements.

         Que fait le dernier personnage ? Pour suivre le spectacle, il faut tourner autour de cette île de boue qui macule les danseurs de la tête aux pieds, pour les suivre dans leurs mouvements, leurs danses. Comment ne pas penser à « Adam le Glébeux[1] », au jour de sa création par Elohîm ?

         Tel Sisyphe, un homme tente de remonter sur le plus haut sommet, il rampe, mais glisse, retombe et recommence nombre de fois cette tâche surhumaine. Il devient, comme les autres protagonistes, de la boue vivante, animée. Il arrive enfin au sommet. Surprise ! Ce sommet est creux ! Il pénètre dans son cratère, semble s’y lover en fœtus, puis soudain, se dresse, trépigne longuement et une boue rouge coule sur les pentes du volcan éteint. C’est le sang de la terre qui gicle et se répand. Le danseur tombe et glisse vers le bas. Il est Adama, en hébreu, c’est « le rouge[2] ». 

 

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          Durant ce temps, les autres n’ont pas cessé leurs rondes avec la terre collée à leurs chausses en semant le sable rouge, leur creusement quasi animal d’un terrier qui s’écroule, éventrant la Terre Mère.

 

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          La nuit tombe ; la pluie n’a de cesse et même s’intensifie. Le bourdonnement ténu de la sirène est devenu un vrombissement aux sonorités métalliques. En marchant à grands pas, les danseurs se défont de quelques-uns de leurs vêtements qu’ils traînent dans la boue ou jettent, comme pour s’alléger.

 

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          Ils sont tous redescendus et entreprennent l’ascension périlleuse des pitons. Ils rampent, glissent, s’accrochent, se hissent péniblement ; la pluie redouble, drue. La musique stridente redouble aussi d’intensité. Il y a des bruits d’orage. Enfin, ils arrivent aux sommets, se redressent, et glissent brusquement dans le creux de la vallée. Deux danseurs sont comme morts, enlacés. Les autres aussi sont comme des cadavres. Une fin d’un monde…

 

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          Après un long temps, couverts de boue rouge, ils se confondent avec la terre et se mettent à bouger péniblement, à ramper. Ils se rejoignent, s’enlacent, et c’est le début d’une reptation dansée aux avancées lentes, implacables, timides signes d’une vie qui ébauche sa renaissance. Tel un nœud de vipères, les danseurs ne font plus qu’un seul corps, deviennent matière animée d’un mouvement lent, incertain, progressant vers on ne sait quel but, par instinct quasi animal. Et voilà que, presque incidemment, ils se redressent sur leurs quatre membres et avancent dans des directions différentes.

 

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          Les spectateurs, malgré la pluie battante, restent, fascinés par cette obstination à conjurer la mort. Certains tournent autour de cette plaque de boue pour suivre au mieux cette danse étrange de vers de terre qui se muent en quadrupèdes pour se redresser enfin dans une verticalité oubliée. Les sonorités assourdissantes éclatent en orage, en grondements sourds, en bruits de tonnerre alors que la pluie redouble. La nuit intense, sous la pâle lumière des projecteurs, laisse deviner la venue d’une aube nouvelle. L’orage perd de son intensité ; les danseurs, devenus des géants, escaladent tant bien que mal les pentes des tertres pour se redresser fièrement aux sommets, immobiles comme au début du spectacle.

          Ils vont ensuite creuser les flancs du piton et, un à un, déterrent les morceaux d’un trésor qu’ils se passent de mains en mains. Lentement, avec maintes précautions, ils couronnent le sommet du piton de ce qui semble des racines d’arbres pétrifiées depuis longtemps.

 

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         Une fumée légère commence à monter dans le ciel détrempé ; une lueur timide apparaît, vacillante, et le feu se propage aux racines. La musique éclate, tonitruante ; la pluie cesse progressivement. Des flammes éclatent, espérance de chaleur et de vie…

 

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          Quatre danseurs descendent, se regroupent, se lovent en fœtus dans le creux de la montagne. Le cinquième les rejoint lentement, se couche avec eux.

 

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          Lorsqu’ils se relèvent, un silence brutal tombe sur le lieu. La renaissance s’accomplit. »

 

 

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[1] - Bible, Genèse, I - 36, traduction André Chouraki.

[2] - Carlo Suarès, La Kabale des Kabales.

 

 

 

 Merci à Serge Richard à qui nous devons les excellentes photos

qui traduisent bien l'ambiance de cette représentation

jouée dans des conditions bien particulières.

 

&&&

 

 

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« Avec Rondes, la compagnie LLE s’intéresse désormais au passage du jour à la nuit, en créant une installation fixe où le spectateur est invité à traverser par tous les sens ces passages symboliques : de la naissance à la mort, de la lumière à l’ombre, du son au silence.

Rondes a lieu au passage du jour à la nuit.

Elle traverse ce temps particulier, en écho avec les cycles de naissance, de transformation et de mort dans la nature et en chacun de nous.
Cette composition chorégraphique et élémentaire (eau, terre, feu) est pétrie de nos expérimentations sensibles dans des sites naturels. »

http://www.theatre-bretigny.fr/spip.php?article391

 

C’est en effet Élément-Terre ! L’Eau fut au rendez-vous ! Le Feu en apothéose, sans oublier l’Air, toujours invisible et présent.

« Rondes », des danseurs tournant autour des tertres de terre et de boue, « Rondes » des saisons, « Rondes » des morts et des renaissances. La Nature essentielle, là où évolue toujours la Compagnie d’Armelle, aux levers et couchers du soleil, dans les forêts et même dans les arbres. La Danse… qui traverse la Vie, Trans-en-dance.

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