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30 juin 2010 3 30 /06 /juin /2010 11:17

LE CHEMINEMENT INITIATIQUE

 

DU LABYRINTHE DE CHARTRES

 

suite de Les origines du Labyrinthe

 

et de

Les origines du labyrinthe (suite)

 

 

 

La tradition orale rapporte que le chemin du labyrinthe des églises « était parcouru à genoux et qu’il exigeait environ une heure, comme une lieue sur la route. »[1]

 

Le parcours du labyrinthe de Chartres révélé par les initiés gitans nous inspire, mais bien sûr, chacun doit avoir son propre ressentir et faire son parcours. Mais comme pour les Hopis, le labyrinthe est pour les gitans le « ventre de la Mère ».[2]

 

On doit « enfiler » le labyrinthe comme le dit l’expression populaire.

 

Le labyrinthe image à lui seul la manifestation dans laquelle nous sommes projetés à notre naissance. Le labyrinthe, construit sur la structure dodécalogique (du 12 et du 24) nous le révèle : 12 cercles concentriques à tracer, 11 circonvolutions.

 

 

Chartres-015.JPG

Dessin de Kinthia Appavou

 

Le parcours du labyrinthe va imprimer son rythme binaire, son mouvement de balancier correspondant au mouvement même de la vie : l’inspir et l’expir en sont les manifestations premières.

 

A l’image des intestins ou à l’image du cerveau, le parcours du labyrinthe nous met en rapport direct avec nos forces vives, nous fait ressentir l’harmonie et l’équilibre du monde dans lequel on doit se fondre.

 

Pietro Hartiss, le maître de Pierre Derlon, lui rappelle toute la connaissance inscrite sur le dallage de Chartres :

« Celui de Chartres a une autre dimension, construit par des hommes qui avaient conscience de s’éloigner de l’instinct, il rappelle à ceux qui n’ont pas perdu le souffle des connaissances, les moyens de l’emprunter, de se baigner aux sources inscrites dans la marge des temps anciens où l’homme inscrivait le sens de sa marche (…) et ce fut lorsqu’il cessa d’être nomade qu’il devint meurtrier de lui-même. »[3]

 

Etape 1 :

labyrnithe-1.JPG

 

Illustration originale du labyrinthe de Chartres
provenant de Les labyrinthes d’églises par Edmond Soyez,

Philippe Schrauben Ed, Le Casteillas – Rennes-le-Château

   

On entre dans le labyrinthe du côté du soleil couchant, parce que ce chemin nous conduit vers l’Orient, là où le soleil se lève, et on monte en se dirigeant vers le Nord, vers le froid et l’ombre puis vers la fleur centrale : voilà notre première illusion déjà, on est si près de la fleur, et pourtant on en est le plus éloigné, on ne fait que la contourner ! Combien de fois pensons-nous toucher au but alors qu'on s'en éloigne. La fleur nous semble inaccessible.

 

 

Etape 2 :                                              

labyrnithe-2.JPG

   

C’est pendant l’enfance qu’on est le plus en contact avec nos intuitions, le plus en contact avec les énergies telluriques que l’enfant peut percevoir sans notion encore. Et cette enfance est à vivre pleinement, et bien des enfants actuellement sont complètement « déboussolés » parce qu’on leur demande d’être adultes avant l’âge.

Il y a un temps à respecter pour chaque étape de la vie, et c’est dans ce respect du rythme qu’impose la vie qu’on peut bien grandir. Combien de traumatismes sont dus à une enfance mal vécue ! Alors le chemin du labyrinthe doit intégrer cette part d’initiation intérieure qui forme l’être dès son plus jeune âge, et qui va permettre à l’enfant de « quitter la chaleur du verdon pour aller au souffle de la nature ».[4]

 

 

Etape 3 :                                             

labyrnithe-3.JPG

 

Alors, en passant de l’autre côté du labyrinthe, du côté droit, le parcours va s’effectuer en « miroir » : est-ce que l’enfant va réussir à trouver son équilibre au sortir de l’adolescence ? C'est l’âge où on se cherche, et c’est un équilibre très fragile que l’on atteint, car les circonvolutions du labyrinthe peuvent devenir des méandres inextricables dans lesquelles on peut se piéger soi-même, et ne plus retrouver son chemin.

L’adolescence, c’est l’âge de toutes les illusions : on a la vie devant soi, on se sent fort parce qu’on va être libre, on va bientôt pouvoir quitter le cocon familial, mais est-on vraiment prêt à prendre sa vie en mains et assumer ses responsabilités ? C’est l’âge où la sexualité veut s’affirmer : être homme, être femme, on va s’apercevoir que ce n’est pas si facile que ça. Il faut s’accepter, accepter son corps. Quelle image a-t-on de soi-même ? Et pourtant, la vie continue, et le parcours doit se poursuivre.

 

 

Etape 4 :

  

labyrnithe-4.JPG

A l’âge adulte, on est propulsé au cœur de l’existence, avec nos forces et nos faiblesses. Malgré tout, si l’on s’accroche, et quels que soient les obstacles que nous rencontrons, quelles que soient les difficultés auxquelles nous devons faire face, c’est là où nous sommes testés au niveau de notre Foi.

On perd déjà toutes nos illusions, on est confronté aux réalités matérielles : parce qu’on doit acquérir son autonomie. C’est la condition pour aller plus loin dans le parcours du labyrinthe.

A cette étape du parcours, les gitans disent qu’on peut quitter le labyrinthe et retourner dans le monde simplement en mettant le pied au dehors : « il te suffit comme à la marelle de poser le pied sur les pierres bleues (…) pour te retrouver hors la « lieue », c’est-à-dire hors l’endroit, redevenant ainsi homme parmi les hommes, car il est différents chemins pour sortir du labyrinthe, en aucune façon il faut faire marche arrière, seuls les prêtres catholiques ignorants des routes instinctives, obligeaient le pèlerin à faire marche arrière. »

[5]

 

 

Etape 5 :                                              

labyrnithe-5.JPG

 

Avec le Juste Vouloir, on accomplit la suite du parcours. Car c’est maintenant le Chemin de la Sagesse qui s’ouvre. Et ce chemin, selon les gitans, demande la Force intérieure, car on doit se confronter au « mal » et à ce qui l’engendre. Toutes les constructions mentales nous ont éloigné de la Vérité, de la Voie, de la Vie, et on réalise alors que seul compte le « Cœur ».

Le centre de la fleur est également appelé « Ciel ». Alors je chemine de la Terre au Ciel.

« Celui-ci, de Chartres, s’appelle la « lieue » ; ce mot n’est pas lié à une mensuration sur le sol, mais à une situation réalisée dans une certaine dimension. Cette situation c’est le cœur, le centre qui concrétise l’effort où l’homme qui se dépouille de sa structure charnelle s’en va voyager au seuil des connaissances naturelles. »[6]

 

Il nous reste ce dernier méandre, celui qui borde la demi-circonférence, et à ce moment-là, on est le plus éloigné du centre. Encore une illusion, car il va nous mener au « chemin de la Rose ».

Ce méandre « symbolise la tige épineuse de la “rosa-simplex” »[7]. Cette rose, c’est l’églantine. On est prêt à monter vers l’ouverture de la fleur centrale, c’est la rosée du matin, une nouvelle aube se lève, mais celle-ci est différente des autres, car c’est pour recevoir la « rosée céleste ».

On est, à ce stade, bien dépouillé de tous nos oripeaux, on a laissé derrière tout ce qui est factice, on sait où est l’essentiel, on sait aussi pourquoi on chemine sur cette terre. Et on a décidé d’aller jusqu’au bout, comme un amant va vers sa bien-aimée.  

 

Etape 6 :                                              

labyrnithe-6.JPG

Au pied de la rose, on doit faire l’ascension, on s’élève. On se retrouve au point de départ mais du côté droit, à l’exact opposé du chemin d’entrée du labyrinthe. On est passé de l’autre côté du miroir : la fleur se présente avec sa tige, sa feuille, son cœur et ses pétales. Elle s’offre à nous,  elle nous accueille, elle dit « viens, je t’attendais depuis longtemps ».  Alors, avec confiance on monte, attiré inexorablement par la fleur qui éclaire désormais le chemin.

 

 

Etape 7 :                                              

labyrnithe-7.JPG

Nous voici devant le cœur de la fleur : elle est là, au cœur de nos ténèbres, cette lumière que nous avons toujours cherchée.

 


Etape 8 :                                            
 

labyrnithe-8.JPG

On pénètre dans le point central, au coeur de la Rose.

Pour les gitans, ce centre « c’est le plexus solaire, le maître de tous les plexus, celui qui régit l’instinct à travers les sept plexus de l’homme et ces six petits cercles qui gravitent autour de ce centre parcouru, ce sont les intelligences nuisibles, qui petit à petit, en s’affrontant, vont détruire ce tout qui est l’homme tel qu’il était avant de parcourir le labyrinthe ».[8]

Nous avons failli oublier la légende de Thésée et son combat avec le Minotaure. Maintenant nous y sommes, et c’est notre dernier combat : l’animal humain doit devenir Homme, et pour cela, on doit sacrifier son « animalité » : alors c’est une mort, parce que l’Homme ne peut prendre son vrai visage que lorsqu’il s’est reconnu « âme » participant à la vie universelle, à l’harmonie du monde.

« (…) si ta marche efface les plexus de guerre, celui du soleil brillera au centre de la roue, et tu deviendras homme authentique, et seule comptera pour toi la loi naturelle (…). »[9]

 

 

Etape 9 :                                             

labyrnithe-9.JPG

 

L’âme rayonne du Point Central de l’homme régénéré : il a su concilier tous les opposés, réunifier sa nature duelle, et dans ce point unitaire, il agit.

 

On pourrait s’arrêter là dans le symbolisme : il y a tout, c’est le symbole du Soleil, le point central est lumineux, il brille, mais… il y a encore un au-delà de ce point, car c’est à ce moment-là que l’on peut passer de l’autre côté du labyrinthe (et non plus de l’autre côté du miroir).

On est encore attaché à soi, l’âme individuelle rayonne, elle fait ce qu’elle a à faire, mais ce n’est pas suffisant. Il faut sauter dans le trou, et se laisser « absorber » par le labyrinthe tout entier.  

 

 Etape 10 :                                          

labyrnithe-10.JPG

     

Le véritable Soleil se découvre enfin, l’Ame Universelle de qui nous possédons le souffle de Vie qui nous anime.

On doit tout lâcher, accepter de ne plus « exister », c’est-à-dire être au dehors de cette ultime réalité, parce que cette fois c’est la Conscience Universelle qui agit à travers nous. On est totalement pris en relais, et la matière toute entière révèle sa lumière, parce que l’Esprit et la Matière ne sont qu’une seule et même chose.

Notre propre lumière est « anéantie » par une lumière plus grande qui nous submerge totalement, et ce que nous avions pris déjà pour une « illumination », « notre illumination » était également une autre illusion pour voir qu’il y a quelque chose de plus grand que nous.

C’est l’Intemporel, c’est l’au-delà du temps, la Libération.

 

On cesse d’exister, parce que la Vie EST. La présence est éternité.

 

L’étape suivante ne saurait  être décrite parce que la TRANSCENDANCE ne peut être mise en image ni formulée.

 

 

 

Kinthia APPAVOU

 

[1] Revue Notre-Dame de Chartres n° 58, L’énigme du labyrinthe, p. 9.

[2] DERLON, Pierre, Secrets oubliés des derniers initiés gitans, Robert Laffont, coll. Les énigmes de l’Univers, 1977,  p. 119.

[3] Ibidem, p. 111.

[4] Ibidem, p. 120. Pour la signification du mot verdon, peut-être est-ce dérivé de verdine qui est la « roulotte traditionnelle des Tsiganes » selon le dictionnaire Le Robert (encyclopédie, vol. 9) d’où l’interprétation possible de « nid douillet ».

[5] Ibidem,  p. 122.

[6] Ibidem,  p. 114.

[7] Ibidem,  p. 124.

[8] Ibidem, p. 127.

[9] Idem, p. 128.

 

 

Kinthia Appavou et Régor R. Mougeot, La Vouivre, un symbole universel, 3e édition EDIRU, 2006 (1ère et 2e éditions , La Table d’Emeraude, 1993, 1995)

 

CLIPS SUR LA VOUIVRE

 

"LA VOUIVRE, UN SYMBOLE UNIVERSEL" de K. APPAVOU ET R. R. MOUGEOT

 

http://sens-des-entrelacs.wifeo.com/

 

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Kinthia Appavou - dans Paganisme
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commentaires

luc chanteau 12/04/2016 23:09

Seul les "gitans" le comprenne et seul les grand initiés gitans comprenne la "sagesse"....Qu'avait aussi apparemment les templiers.

Muriel 02/12/2014 18:11

Magnifique !
Ainsi décrit, ce parcours me donne, à la lecture une paix intérieure et un calme, ce calme que j'aime
à ressentir quand on est dans une forêt, on est là et pas là en même temps. Tout d'un coup, on se sent se fondre dans le tout, on est l'arbre, la chataigne, le soleil, la feuille morte, tout est en pause, on est là, pas soi, IL:ELLE est, cette immense présence qui s'accorde, ce lien entre l'intérieur et l'extérieur, qui dépasse le simple "je".
J'avais découvert celà enfant, cet état où tout est suspendu, le temps n'existe plus, où l'on se sent en harmonie, en paix avec cette immensité.

Il a fallu (hélas) vivre ici, quelle profonde déchirure que de ne pouvoir jamais avoir le temps de se retrouver se recentrer en soi, en son temple...face à des parents stressés et angoissés courant dans tous les sens en quête de...toujours en manque de...et il a fallu suivre leurs folies, et perdre le temple pour rentrer dans les clous", dans les formes de ce monde.
C'est possible de vivre dans le monde en restant accroché à son temple intérieur, son monde. Se désolidariser de son être, c'est une aliénation complète.C'est du suicide.
Les gens sont fous de faire ce qu'ils font à leurs enfants, ils sont fous de tuer la joie et la vie dans leurs enfants.
Aucun objet, aucun smartphone, ni autre gadget ne donnera ce bonheur immense qu'être en lien avec son centre...

Plus personne ne me désolidarisera à nouveau de cet être essentiel.

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