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29 juin 2010 2 29 /06 /juin /2010 17:25

LE LABYRINTHE ET SON ORIGINE (1)

 

 

 

Rien n’est comparable au magnifique cairn de l’île de Gavrinis (Morbihan, Bretagne) dont les dalles constituant les parois d’un long couloir sont ornées de cercles concentriques.

 

Le site de Gavrinis dont la construction a été datée vers 4000 ans av. J.-C. (néolithique) [1] n’a pas son équivalent.

 

  Gavrinis.jpg

 

Gavrinis : le pilier n° 9
Source de l'image :  "Gavrinis" - Guides archéologiques de la France -

Ministère de la Culture / Imprimerie Nationale

in www.quatuor.org/art_b22_0102_01.html

 

D’autres tumulus non moins exceptionnels ont été découverts en Irlande (vers 3000 av. J.-C.)  et nous révèlent de belles spirales :  

  roughting_linn.08.hob.tma.3.-2-.jpg

 

Roughting Linn, Northumberland, Wooler, England
British Rock Art Collection

in http://rockartuk.fotopic.net/c278163.html  

 

  old_bewick-1a-1998.2-1-.JPG

 

Old Bewick, Northumberland, Wooler, England
British Rock Art Collection

in http://rockartuk.fotopic.net/c276541.html

 

  ng-k1-700-1-.jpg

 

Newgrange (Meath, Irlande) (env. 3000 av. J.-C.)

Pierre gravée qui se trouve à l’entrée de la chambre,

sur laquelle on découvre la triple spirale qui sera connue sous le nom de « triskèle ».

Photo in http://www.knowth.com/labyrinths.htm

   

Si pour beaucoup ces figures interrogent, nous avons été frappés par la similitude de représentations issues d’un peuple encore existant, et qui, depuis des millénaires, a conservé la connaissance de leurs significations.

Il s’agit du peuple aborigène vivant en Australie dont une magnifique exposition qui a eu lieu au Parc de la Villette (Paris, 1997) nous avait donné à voir et à entendre les rituels pratiqués dans leurs tribus.[2]

 

Pour les Aborigènes du nord-ouest australien (Kimberley), ces représentations signifient que « cette terre est comme un canevas. Tu vois comment sont placés tous ces traits : il n’y a aucun espace vierge, tout le terrain est couvert. C’est comme cela que la loi du wunan fonctionne pour tous : (…). Personne n’est à l’écart de la chaîne, on est toujours à l’intérieur du wunan, tous… même les animaux, le chien… ils sont tous à l’intérieur, à l’intérieur de ce wunan. Personne ne vit en dehors du réseau du partage, les enfants, les femmes et les maris, tout le monde est inclus, ainsi que toute chose et les oiseaux, chaque animal, toute créature vivante. Ils font tous partie de la loi du wunan. »[3]

 

  Photo-019.jpg

 

Le réseau de la loi du wunan

Dessin d’après photo publiée

in Le Chemin secret des Ngarinyin du nord-ouest autralien[4]  

 

Le wunan est le réseau des énergies telluriques qui est la « Loi du Wunan » et l’homme doit se conformer à la Loi du Wunan pour vivre en harmonie avec sa terre.

 

Une table de pierre et des pierres dressées témoignent de la Loi du partage des terres qu’établirent leurs ancêtres : toutes les tribus étaient rassemblées pour décider de la « loi du wunan ». La responsabilité de l’homme est engagée vis-à-vis de la terre qu’il occupe. Cette loi du partage de la terre, c’est la loi qui rend l’homme responsable de sa terre.

 

La Loi du wunan guide et protège à la fois l’homme qui vit de sa terre: les fils d’énergie sont mouvants, le réseau est mouvant comme la vie, et suivre la Loi, vivre en conformité avec cette Loi, c’est ce qu’un homme a de mieux à faire.

Cela veut dire que chacun a sa place dans le monde, et que le réseau, qui inclut tous les règnes, est interconnecté.

 

 Pour ces Aborigènes, les cercles concentriques servent à désigner « un camp, une pierre, un puits, une caverne, des seins, le feu, un trou, ou un fruit ».[5]  

  Abor1.jpg

 

  Ainsi, on peut relier deux trous d’eau par cette représentation :

   

Abor2

Ou encore le camp peut être représenté ainsi:

 

 

Abor3.jpg

 

Les cercles concentriques peuvent aussi évoquer une aire de repos durant un voyage :

 

                                                                                                                                                                                                                                                               Abor4.jpg                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                             

Ces éléments témoignent d’un Temps où l’homme vivait en accord avec les énergies telluriques, et avait encore la faculté de les percevoir, de les sentir. Nul doute que ces représentations pourraient constituer les premières figures qui donnèrent lieu à l’idée du labyrinthe, et plus tard au Jeu de l’Oie et à la Marelle, car nul n’échappe à la Mère Loi.  

 

  Jeu de l'Oie

 

Le Jeu de la Mère l’Oie

Le labyrinthe se trouve à la 42ème case

   

L’un des sites les plus intéressants concernant le labyrinthe et encore considéré de nos jours comme un haut-lieu de pèlerinage est en Angleterre : il s’agit de Glastonbury et de sa colline sacrée, le Tor.

 

Le mystère entourant le Tor est lié à la légende de l’île d’Avalon qui donna naissance au mythe arthurien. Ce lieu a inspiré la célèbre romancière, Marion Zimmer Bradley, qui fait du Tor le lieu de refuge des Atlantes exilés [6]. Ces Atlantes auraient possédé la Connaissance relative aux Lieux de « Pouvoir »[7] où l’énergie de la Terre-Mère pouvait être canalisée à bon escient.

Curieusement, Henri Vincenot avait la même inspiration, lui qui, par la voix du « Prophète » nous donnait à penser il y a une trentaine d’années, que nous avions recueilli « l’héritage des Grands Hommes Venus de la Mer ». [8]

Les terrasses qui bordent la colline sacrée du Tor, tracent, semble-t-il, une sorte de figure labyrinthique.

Selon Philip Rahtz qui exhuma le site en 1964-1966, cette œuvre pourrait remonter jusqu’à -3000 ans av. J.-C., bien avant les Celtes, à la période néolithique où on vénérait la Déesse-Mère.[9] 

 La reconstitution du labyrinthe du Tor que propose Geoffrey Ashe est identique à celle du « labyrinthe crétois »» avec ses sept circonvolutions, mais plus allongé à cause du relief.

 

le-Tor.jpg  Labyrinthe du Tor (Somerset, Angleterre) [10]

   

Cependant, les travaux réalisés par Hamish Miller et Paul Broadhurst, auteurs de The Sun and the Serpent qui ont sillonné le sud de l’Angleterre, de la pointe de la Cornouaille jusqu’au sud-est de l’Angleterre, ont mis en évidence deux courants d’énergie, l’un à polarité masculine qui a donné lieu à l’édification de lieux de culte dédiés à « saint Michel », l’autre à polarité féminine dont les lieux sont marqués par l’énergie de « Marie ». Au point de croisement de ces deux énergies se trouvent des hauts lieux de pèlerinage.

Au Tor, ils ont « traqué » la vouivre du lieu, et nous ont révélé une autre configuration, non moins surprenante :  

Tor2

 

 

Le labyrinthe créé par les courants d’énergie masculine (saint Michel)
et féminine (Marie) sur le Tor

in MILLER, Hamish, et BROADHURST, Paul,

The Sun and the Serpent, Pendragon Press, 1989, p. 91.

 

 

Le point de croisement des deux courants d’énergie telluriques ne se trouve pas au centre du labyrinthe, mais excentré du côté nord-est.

Mais le plus stupéfiant pour eux a été de trouver la confirmation in situ des légendes concernant le Graal : le courant tellurique féminin est un réceptacle, un calice qui reçoit le courant masculin qui pénètre à l’intérieur. Ils constatent que les noms des lieux ont préservé cette connaissance (le nom de la colline avoisinante est Chalice Hill) et qu’il y a une qualité particulière d’énergie en ce lieu.

    

Nous avons déjà parlé de l’importance des énergies cosmiques (l’image de saint Michel domptant le dragon-vouivre) qui rejoignent les énergies telluriques (énergie vitale de la Terre) à des points d’intersection favorisant et élevant la conscience de l’homme.

Les auteurs sont émerveillés et bouleversés : « Nous avons été confrontés par la conclusion inévitable que ce à quoi nous avions réellement affaire n’était rien moins que les énergies sexuelles de la Terre. Un tel concept était susceptible de susciter l’hostilité de la part de ceux qui, peut-être, ne perçoivent pas que ces énergies sont la base de la vie elle-même, des forces sacrées qui sont la force d’impulsion sous-jacente à toute existence. »[11]

Quant au labyrinthe, ils suggèrent la possibilité qu’il ait pu y avoir deux sortes de labyrinthes : celui praticable pour les pèlerins, et celui, invisible mais réel créé par les courants telluriques.

Mais ce qui semble évident,  c’est que l’énergie tellurique circule en défiant les notions d’ordre ou de symétrie propres à l’être humain.

 

Un autre site mérite attention : celui d’Avebury (Wiltshire, Angleterre), un très ancien site mégalithique datant également du néolithique. William Stukeley,  un antiquaire du XVIIIème siècle a minutieusement reconstitué ce que ce sanctuaire du Serpent a dû être à son origine :

 

Le-temple-du-Serpent-de-William-Stukeley.jpg Le « Temple du Serpent » d’après William Stukeley

in Miller H. et Broadhurst P., The Sun and the Serpent , p. 105

 

 

De nouveau, nos auteurs sont médusés de s’apercevoir que l’intuition de Stukeley était on ne peut plus juste et que les lignes telluriques de « Michel » et « Marie » se croisent à l’intérieur du grand cercle et fusionnent à l’intérieur des deux cercles de pierres plus petits nommés « temple du soleil » et « temple de la lune ».  De plus, les avenues où circulent les énergies telluriques sont bordées par des rangées de pierres dressées, « manifestation graphique de la manière dont ces énergies opèrent. C’était organique (…) Elles pouvaient être larges et douces et devenir subitement étroites et sinueuses. Comme une rivière, elles formaient des courbes et des remous, et tout cela était inscrit avec précision dans l’arrangement des pierres. »[12]

 

  AVEBURY.jpg

    

Les courants masculin et féminin à l'intérieur du sanctuaire d'Avebury.

In The Sun and the Serpent, op. cit. p. 113.

 

Encore une fois, nous ne pouvons manquer de faire le parallèle avec la vision des Aborigènes australiens. Une peinture de Paddy Jaminji produite durant la « phase initiale de la cérémonie du Gurirr Gurirr (…) cette cérémonie étant associée au puissant fondateur de la région, le Serpent arc-en-ciel. L’ensemble de la cérémonie est un voyage dans les sites sacrés de la région (…). »[13]  

  LINGKAN.jpg

 

Peinture de Paddy Jaminji (1912-1996),

Lingkhan, 1980, ocres sur bois, 65 x 110 cm,

collection Berndt Museum of Anthropology, The University of Western Australia, Perth.

In Peintures aborigènes d’Australie  de Crossman, Sylvie et Barou, Jean-Pierre, p. 105.

 

En ce qui concerne la figure du labyrinthe tel qu’il sera connu et reproduit de manière universelle, nous pouvons dire que nous avons là tous les éléments qui le préfigurent, dans le cadre d’un rituel sacré.

 

Kinthia Appavou

 

A suivre...

 

 

http://sens-des-entrelacs.wifeo.com/

 

 


[1] Cf  MOHEN, Jean-Pierre, Les Mégalithes, Découvertes Gallimard.

[2] Cf. Photos parues dans Le chemin secret des Ngarinyin du nord-ouest australien publié par le Muséum national d’Histoire naturelle et le Pathway Project Pty Ltd, 1997.

[3] Ibidem, p. 19.

[4] Edition Muséum national d’Histoire naturelle et le Pathway Projec Pty Ltd, 1997, p. 19.

[5] CROSSMAN, Sylvie et BAROU, Jean-Pierre, Peintres aborigènes d’Australie, catalogue de l’exposition du parc de la Villette du 26 nov. 1997 au 11 janv. 1998, Indigène éditions, 1997, p. 31.

[6] ZIMMER-BRADLEY, Marion et PAXSON, Diana L.,  Les Ancêtres d’Avalon, Ed. du Rocher, Livre de Poche, 2004.

[7] Il s’agit du pouvoir de l’Univers, c’est-à-dire l’Energie qui sous-tend toute manifestation.

[8] VINCENOT, Henri, Les Etoiles de Compostelle, Denoël, 1982, p. 218.

[9] Cf ASHE, Geoffrey, The Glastonbury Tor Maze.

[10] DE SAINT HILAIRE, L’univers secret du labyrinthe, Robert laffont, 1992,  p. 220.

[11] MILLER, Hamish et BROADHURST, Paul, The Sun and the Serpent,  Pendragon Press, 1989, p. 155.

[12] Ibidem, p. 105-106.

[13] Peintres aborigènes d’Australie, op. cit. p. 104.

 

 

Le labyrinthe de Crète, le Minotaure et le Fil d'Ariane

 

LE LABYRINTHE DE NEBIAS, LE BROCELIANDE DE L'ARIEGE...

 

 

glycon.jpg

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Kinthia Appavou - dans Paganisme
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commentaires

Lili 30/07/2010 12:28



Très intéressant...  Il y a presque toujours un circuit labyrinthique qui se déploie sur les toiles aborigènes, et même quand on ne connait pas leur histoire, leur appréhension si
particulière du territoire, avec cette mémoire "topographique", on y reconnait pourtant quelque chose de familier...


 Je tombe ici par pur "hasard", et le site est magnifique. Merci pour la balade.



Régor 01/08/2010 20:31



Oui, les toiles aborigènes sont de véritables labyrinthes qui illustrent souvent les cartes des points telluriques de leurs territoires, mais elles illustrent aussi souvent les vibrations de la
vie : voir dans ce blog : LES SERPENTS MYTHIQUES DES ABORIGENES D'AUSTRALIE , mais aussi :


http://sens-des-entrelacs.wifeo.com/londe-de-vie.php


et bonne ballade...


PS : Mais aussi :


Le Serpent Yurlugur des
Aborigènes australiens du "Temps du Rêve"


L'INVENTION DU DIDJERIDOO PAR LES ABORIGENES AUSTRALIENS



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