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21 décembre 2010 2 21 /12 /décembre /2010 14:48

SAINTE CATHERINE

 

ET LA ROUE DE FORTUNE

 

par Kinthia Appavou

 

 

steCatherine.jpg

     

Peinture de Jérémias Pallada, XVIIème siècle –

Monastère Sainte-Catherine du mont Sinaï.

Sainte Catherine avec ses attributs :

la roue, mais aussi le labyrinthe (en bas à droite)

 ainsi que le compas et l’équerre (à gauche),

symboles des maîtres d’œuvre qui construisirent nos plus belles cathédrales.

 Au fond, à gauche, on voit le mont Sinaï où Moïse vit le buisson ardent.

 

 

 

Vous savez sans aucun doute que le 25 novembre est la fête de sainte Catherine, car ce jour-là, les « Catherinettes » sont à l’honneur : la tradition populaire voulait que les jeunes filles encore célibataires à l’âge de 25 ans « coiffent la Sainte » et défilent en cortège devant sa statue, la parant de divers ornements (rubans, guirlandes, fleurs, chapeaux, etc.…) afin que celle-ci les aide à trouver le mari idéal.

Aujourd’hui le jour de la Sainte-Catherine reste un moment privilégié de fête et de joie[1].

 

Lorsqu’on parle de la Sainte-Catherine fêtée le 25 novembre, il s’agit de Catherine d’Alexandrie (et non Catherine de Sienne). Son nom vient du grec Katharos qui signifie « pur ».

Catherine, née à Alexandrie, est issue d’une famille noble. Très intelligente et de nature curieuse, ayant été initiée par divers érudits, elle devient une femme « savante ». Un jour, elle reçoit la vision du Christ et décide de recevoir le baptême pour se convertir au christianisme.

Elle reçoit dès lors les enseignements théologiques qui la mettent au rang de docteur. Dans une grande fête païenne célébrée en l’honneur de l’empereur Maximien, elle démontre devant celui-ci la vanité des idoles et la vérité de la foi chrétienne. Agacé par ses prétentions, il la met au défi d’affronter en public cinquante des plus savants docteurs du paganisme afin de lui faire renier sa nouvelle foi.

Mais Catherine est si éloquente et persuasive par son argumentation et la profondeur de son discours, sa foi est si bien ancrée, qu’elle fait paraître la religion du Christ sublime comparée au culte des faux dieux. Elle réussit si bien à convaincre son audience du bien-fondé de sa croyance, que les cinquante philosophes sont touchés par la grâce et ne peuvent condamner Catherine.

L’empereur Maximien, dépité, les condamne au bûcher et emprisonne Catherine pendant plusieurs jours. Elle aurait même réussi à convertir la femme de l’empereur, Faustina, ainsi que le chef de sa garde, lequel fit de même auprès de ses soldats. Maximien les fait tous exécuter.

Cependant Maximien, malgré son orgueil, ne peut s’empêcher d’admirer la beauté et les hautes qualités de Catherine, et la demande en mariage. Il essuie un refus catégorique, car Catherine se considérait déjà mariée au Christ, étant entière de nature et se trouvant comblée de cette union. Ce qui provoqua une réaction violente de la part de Maximien qui la condamna à subir le supplice de la « roue » garnie de pointes acérées. Bénéficiant de la protection divine, celles-ci se fracassent au contact du corps virginal de Catherine, aveuglant même ses bourreaux. Maximien exige qu’on la fasse décapiter. La légende dit encore qu'une fois la tête de Catherine séparée de son corps, ce serait du lait et non du sang qui aurait coulé de sa mortelle blessure. On situe la date de sa mort entre l’an 307 et 310 après J.-C.

Plus de 100 ans après, des moines découvrirent le cadavre intact d’une jeune femme très belle et l’identifièrent comme étant celui de Catherine d’Alexandrie. Son corps aurait été transporté par des anges sur le mont Sinaï où se trouve actuellement le monastère portant son nom, construit par l’empereur Justinien le Grand, vers 542 et figurant au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 2002. C’est au Moyen Age que le culte de sainte Catherine prit son ampleur et reçut une ferveur populaire.

 

Sainte Catherine est connue pour être la patronne des écoliers, des étudiants, des universitaires, des philosophes, des notaires, des théologiens, des orateurs, des prêcheurs mais aussi des artisans tels que meuniers, plombiers, potiers, rémouleurs, tailleurs, tourneurs, fileuses de laine, barbiers, charrons, cordiers.

Une vaste panoplie qui englobe à la fois les sciences (les savoirs) et les techniques (les savoir-faire) issues des corps de métiers utilisant la roue d’une manière ou d’une autre (roue du moulin, roue du potier, etc.…) et participant à la grande œuvre qu’était une cathédrale au Moyen Age.

 

Au niveau symbolique, il n’est pas du tout anodin de voir la roue associée à sainte Catherine. Et cette roue ne manque pas de nous rappeler la roue de fortune[2] du Tarot de Marseille où cette dernière représente bien notre existence qui se déroule à l’image des fluctuations de nos états d’être : elle « tourne au gré des forces de la nature inhérentes en l’homme » et « nous met face à l’énigme de ce qui nous anime ».[3] Les singes de la Roue de Fortune nous imagent les trois gunas connus dans les Vedas[4] comme étant les trois essences de la nature : sattva (pureté, vérité), rajas (passions, désirs) et tamas (ignorance, inertie).

 

Lorsque ces forces ne sont pas maîtrisées, nous ne pouvons qu’engendrer du « karma », cette loi de cause et d’effet qui maintient les êtres prisonniers de leurs comportements destructeurs, et,  par conséquent prisonniers de la souffrance. Le bouddhisme tibétain identifie la cause du karma comme étant l’ignorance de notre nature véritable qui nous maintient enfermés dans nos illusions et dans un monde tout aussi illusoire, reflet de nos perceptions erronées. Cela engendre de la souffrance, et l’homme ne peut être heureux tant qu’il n’a pas ouvert les yeux sur sa véritable nature, qui est son dharma, sa raison d’être.

 

Les symboles sont universels, et sainte Catherine nous rappelle qu’il est important de se dégager de cette roue existentielle en atteignant au fond de soi ce moyeu immobile de la Roue face aux événements extérieurs, en nous plaçant dans un point déjà extérieur à la « roue », puisque « vide » de toute interférence du mental. Ainsi possède-t-elle la véritable Connaissance, celle qui émane de l’intérieur d’elle-même, du Centre de ce moyeu de la Roue, dont les rayons sont les rais de lumière qui en émanent.

Ainsi la rose centrale des porches de nos cathédrales se nomme-t-elle rota, la roue. Car « la roue est le hiéroglyphe alchimique du temps nécessaire à la coction de la matière philosophale et, par suite, de la coction elle-même. Le feu soutenu, constant et égal que l’artiste entretient nuit et jour au cours de cette opération, est appelé pour cette raison feu de roue. Cependant, outre la chaleur nécessaire à la liquéfaction de la pierre des philosophes, il faut en plus un second agent, dit feu secret ou philosophique. C’est ce dernier feu, excité par la chaleur vulgaire, qui fait tourner la roue. »[5]

 

La roue à six rayons de la Roue de Fortune nous renvoie aux six dimensions de l’espace (les quatre directions cardinales, le zénith et le nadir) ainsi qu’au symbolisme du Chrisme[6].     

  RoueFortune.JPG


Mais n’oublions pas que la Roue, bien avant le christianisme, est associée à des cultes solaires dans toutes les traditions, culte qui remonte depuis les temps préhistoriques : ce symbole est omniprésent dans l’ancienne Europe depuis l’âge du bronze et fut très usité dans la civilisation celtique.[7]

 

Sainte Catherine ne nous montre-t-elle pas qu’elle a pu transformer la « roue » de son existence illusoire en une roue cosmique où sa vie a été mise au service du Très Haut et qu’elle a assumé sa « mort » des sens et de tout ce qui engendre la souffrance pour atteindre sa véritable liberté au-delà du plan matériel, c’est-à-dire son immortalité, hors temps hors lieu ?

 

La roue de Fortune du Tarot initiatique est là pour nous rappeler ce même processus : passer de la Rota (roue) au Taro(t) : c’est trouver sa Route véritable dans le dédale de l’existence. L’arcane X est un passage qui nous est donné à franchir pour comprendre le sens de toutes nos « morts »  au sein de notre existence actuelle, afin de dépasser toutes les notions de « vie » et de « mort » et atteindre à notre existence plénière, manifestation de la Source de Vie éternelle.

 

 

Sites à consulter :

 

http://corinefertiti.blog.lemonde.fr/2008/10/page/2/

 

http://www.chevalierssinaiquebec.org/

 

http://livres-mystiques.com/partieTEXTES/Jaud_Saints/calendrier/Vies_des_Saints/11-25.htm

 

http://peinture.video-du-net.fr/monastere-sainte-catherine-du-mont-sinai.php



[1] Particulièrement à l’honneur dans le 2ème arrondissement de Paris où les catherinettes, venues des écoles de mode parisiennes, sont nombreuses à se rassembler. Après une cérémonie à l’église haute en couleur,  un cortège se forme en direction de la statue de la sainte qui orne l'angle des rues des Petits-Carreaux et de Cléry. L'échelle des pompiers est dressée, attendant que quelques-unes des catherinettes montent jusqu'à la statue, non sans quelque appréhension, pour poser la couronne sur la tête de la sainte. Un jury, composé de professionnels de la mode, se réunit pour remettre un prix aux " coiffures " qu'il juge les plus dignes d'admiration.

  [2] Au sens de « chance, destin ».

[3] Cf. Kinthia Appavou,  La Spirale Evolutive du Tarot Essentiel, éditions M.C.O.R. Christienne, p. 57.

[4] Textes sacrés de l’Inde.

[5] FULCANELLI, Le mystère des Cathédrales, 3ème édition augmentée avec trois préfaces de E. Canseliet, Paris, 1964 in Jean Chevalier, Alain Gheerbrant, Dictionnaire des Symboles, Laffont, Coll. Bouquins.

[6] - Voir le symbolisme du chrisme in Yves Monin (Emmanuel), Le Traité de Réintégration des Structures de l’Existence, chap. IX, 1993, Y.  Monin.

[7] Cf.  GREEN, Miranda, The Sun-Gods of Ancient Europe, 1991.

 

 

"La spirale évolutive du tarot essentiel" de Kinthia Appavou

 

glycon.jpg

 

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