Vierge Noire

Dimanche 6 septembre 2009

Sur les chemins de la Vouivre en pays cathare...



A Belesta, au coeur du pays cathare,


"Belestar de la Frontièra"


Bélesta se trouve à la frontière
entre pays "gavatx" (Roussillon) et pays catalan,
frontière linguistique mais aussi politique à partir de 1258,
et matérialisée par des bornes éparses dans la garrigue.

Belesta est dans un "bèl estat", et sans nul doute,
 un ancien lieu de culte au dieu solaire gaulois Bélènos...



La Vierge Noire
de la chapelle de Notre-Dame du Val-d'Amour !


Un nom pareil !

De retour de la croix de Morenci
(
EN PAYS CATHARE, A LAVELANET, LA CROIX DE MORENCI ET SON MYSTERE )

et de la Roche Fougasse,
(

nous ne pouvions que nous y rendre...



Crypte de la Vierge Noire.



©Photo Magdala

La source guérisseuse, incluse actuellement dans la chapelle

existait déjà vers la fin du XVème siècle,
où se désaltéraient bergers et cultivateurs.
Un berger y aurait lavé ses jambes couvertes d’ulcères,
sur les recommandations de Marie, et aurait été guéri.
La légnede dit que la chapelle fut  construite par une princesse
dont la fille aveugle a été guérie par l’eau de la source
qui se trouve dans crypte, sous le maître autel.

©Photo Magdala

Source guérisseuse dans la crypte.

La chapelle, construite au XIV ème siècle sous la dénomination de
« ecclessia béatate Mariae Vallis Amoris cum céméterio justa caput ipsius écclésiae »  , 
devint un lieu de pèlerinage très fréquenté.

Le sanctuaire qui attirait beaucoup de monde, a subi un incendie en 1822,
puis reconstruit en 1826, grâce aux pèlerins.


Vierge Noire de Notre-Dame du Val d'Amour à Bélesta.

"Ce n’est pas une apparition… la statue est bien réelle
(une belle statue de bois plein d’une cinquantaine de centimètres)…
C’est la providence qui a guidé les pas de Michel Attias,
propriétaire du magasin «Cheminées la Romaine»
quand il s’est attaqué aux travaux de cet immeuble acheté il y a deux ans
au cœur du village de Bélesta.
En cassant les murs dans le grenier, la statue était protégée,
enveloppée dans des tissus et c’est au milieu des gravats
qu’elle est apparue au propriétaire
qui nous confie avoir été attiré dans cette pièce:
«ce n’est pas sans raison que nous avons acheté cet immeuble,
ici il y a de bonnes vibrations
»

Aujourd’hui, la statue est visible
dans la chapelle du château qui en est dépositaire
car M. Attias a souhaité que les habitants du village puissent la voir à loisir.
Pour les érudits locaux, il n’y a pas de doute,
il s’agit bien de la vierge de l’église du Val d’Amour
qui avait disparu à la Révolution car, dans la légende qui lui est associée,
elle n’aurait pas quitté le village, «elle n’a pas franchi le pont»
et aurait été cachée chez un boulanger.
En effet, l’immeuble où elle a été découverte abritait il y quelques années un boulanger."
http://www.ariegenews.com/news/news_9921_retour-de-la-vierge-du-val-d-amour-a-belesta.html

©Photo Magdala

Copie de la Vierge Noire dans la crypte.


Les fresques qui ornent ses murs sont du montalbanais Gaillard Lala.  


Dans la chapelle, à notre entrée, le soleil était au rendez-vous...

©Photo Aurore Gauer

et les cloches se mirent à sonner à toute volée à 10 heures,
affolant les paroissiennes car elles n'étaient pas programmées pour cela !
C'était le jour de la Fête de la Transfiguration...

Sur la colline, non loin de la chapelle,
cette tour dominée par la statue de Marie,
la vierge blanche,qui domine ainsi la région.

VIERGE BLANCHE ET VIERGE NOIRE



©Photo Magdala


La croix du Val d'Amour


A la croisée des chemins,

©Photo Magdala

cette croix porte en son centre le Chrisme :

©Photo Magdala

L'axe du P, la Paix, voit le S de l'Energie s'enrouler à sa base.
Dans le X marquant le mouvement intérieur (ouverture en haut)
et le mouvement extérieur (ouverture en bas),
se trouvent l'Alpha et l'Oméga , lé début et la fin.

Pour la signification du Chrisme, voir Yves Monin (Emmanuel),
Le Traité de Réintégration des Structures de l'Existence, 1993, Y. Monin.




Le dolmen de Bélesta.



LAVELANET ET LES CHEMINS DE LA VOUIVRE QUI SENTENT BON LA NOISETTE...

EN PAYS CATHARE, A LAVELANET, LA CROIX DE MORENCI ET SON MYSTERE



 

Par Régor
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Dimanche 30 août 2009

                     LA VIERGE NOIRE

     DE LA BASILIQUE DE LONGPONT-SUR-ORGE,

               dans le Hurepoix,

    plus ancienne que celle de Chartres

       à qui elle servit de modèle

                    ***  


       Article paru dans La Lettre d'Ile-de-France - Mythologie en Parisis et en France n°55 et dans la revue Voies païennes 2005.           


     Le Hurepoix ? C’est une région de collines boisées au sud de Paris, entre la Beauce, la Brie et le Gâtinais. Ses capitales sont Montlhéry, Dourdan et Etampes, ancienne capitale du Royaume de France du temps où les rois étaient encore des errants. « Les rois restèrent des errants jusqu’à la fin du Moyen Âge et même au-delà…
[1] » Ici comme ailleurs, aller sur les chemins peut permettre de retrouver tous les enseignements de la Tradition qui sont à la portée de ceux qui ont des yeux pour voir ! Etonnant ! Qui veut se ressourcer véritablement – faire retour à la Source s’entend - vit, chaque fois que cela lui est possible, l’errance sur les chemins de la Vouivre.       
    Qu’est cette Vouivre dont parle si bien Le Pape des Escargots 
[2]? C’est le symbole des énergies telluriques qui innervent la terre, c’est le Serpent-Dragon tant représenté sur les chapiteaux des églises romanes et les gargouilles des cathédrales[3]. La Vouivre donne leurs colorations aux particularismes locaux qu’elle nourrit de son énergie et, sur les points d’acupuncture de la terre, elle rejoint les énergies cosmiques, ce qui donne les Hauts Lieux que sont Orcival, Rocamadour, Longpont-sur-Orge, Sainte-Foix de Conques, Chartres, et tant d’autres, innombrables en fait. Là se sont succédés, au cours des siècles, les pierres levées plus anciennes encore que le celtisme, les lieux de cultes celtes, puis gaulois, les temples dédiés aux dieux des romains. La Vouivre nourrit de son énergie les sources guérisseuses, réputées pour les « miracles » qu’elles opèrent. Par exemple, tant de lieux sont encore marqués par la figure archétypale de saint Roch, pèlerin entre tous et guérisseur de la peste[4].
     Munissez-vous, pour vos pérégrinations, du Bréviaire du Chevalier. Que nous dit-il à ce sujet ? « Vous vous rechargez à la Source du Flux chaque fois que vos pas vous conduisent le long du Flux. Ainsi tout pèlerinage suivant les lignes de force telluriques de la Terre est une possibilité de recharge à la Source. Point n’est besoin pour cela de visiter des villes. Le simple cheminement suffit. Mais sur chacun de ces cheminements, les Points névralgiques vous permettent une parfaite intériorité de ces forces…
[5] » Vos pas vous mèneront peut-être à Longpont-sur-Orge. C’est un plaisir rare que de découvrir sa Basilique !    

 



©Photo Alexandrine Vayssac.

  Basilique de Longpont-sur-Orge.




       « Orge » est la déformation de l’ancien mot « orc », signifiant « ogre » ! Quelle déperdition de sens ! Dans les temps anciens, il y avait en ce lieu une initiation dans l’antre de la Vouivre, sous terre ; et l’initiable, dévoré par l’ogre (dans les contes du Graal on parle du royaume de Logres !) faisait son alchimie et ressortait transformé, né à lui-même, à l’exemple de Jonas englouti pendant trois jours et trois nuits dans le ventre d’une baleine et recraché sur le rivage de Ninive, ou de sainte Marguerite « issue du dragon ». Sur la couverture de notre livre, écrit en collaboration avec Kinthia Appavou, La Vouivre, un symbole universel[6], cette sainte sort du ventre du dragon et l’on peut voir encore dans la gueule de l’animal, l’extrémité de la robe bleue de la sainte[7].      
        A la basilique Notre-Dame de Cléry, dans l’Orléanais, on peut voir, sur un vitrail, un blason où est représenté un homme recraché par un serpent, avec la couronne royale : ceci ne peut être que le blason d’un seigneur ayant vécu une telle initiation dans « l’antre de la vuipre » ; il a acquis la véritable royauté qui est celle du corps, du cœur et de l’esprit.      Tout à côté de Longpont-sur-Orge, se trouve Sainte-Geneviève-des-Bois. Les bois ont disparu, mais, dans un quartier totalement urbanisé, il est surprenant de découvrir la source sacrée où est encore maintenu un culte, par certains égards très païens, à sainte Geneviève. Des gens simples viennent boire à cette source, lavent leurs pieds, passe de l’eau sur leurs plaies ou sur celles de leur chien. Celui qui reste là quelque temps peut aisément l’observer. La dévotion est très populaire : beaucoup de fleurs, de bougies, d’images saintes. C’est à la fois chrétien et païen, émouvant par la simplicité et la confiance des gens qui viennent là pour être guéris.  
 
 

 

 


©Photo Alexandrine Vayssac.

Grotte de sainte Geneviève à Sainte-Geneviève-des-Bois.

  
     Depuis les marais de l’Orc,
Geneviève faisait ravitailler Paris par les barques
lorsque la ville était assiégée par les troupes de Mérovée,
évitant ainsi la famine.
Geneviève ! Voilà bien encore une ancienne druidesse !
Genova veut dire, en langue celtique, « fille du Ciel » ;
 elle est née à Nanterre.
« Nanterre était, en gaulois, Nemeto-durum
(németon = bois sacré, enceinte sacrée, sanctuaire,
 puis ensemble de constructions sacrées formant le temple ;
- durum = lieu empli de mana, lieu fort, forteresse.
[8] » 
   

 

 

                        ©Photo Alexandrine Vayssac.

           Sainte Geneviève.
Basilique de Longpont-sur-Orge.
  

     A Longpont, le culte d’Isis remonte à des temps immémoriaux. Les druides se seraient convertis au christianisme en écoutant les prédications de saint Yon, ou Yvon, et de saint Sulpice, tous deux disciples de saint Denis ; ils attendaient eux aussi « la Vierge qui devait enfanter ». Avaient-ils perdu le sens de ce qu’est, en vérité, la virginité ou bien les premiers chrétiens en maintenaient-ils encore le sens ? Au début du Christianisme, on ne sait trop d’ailleurs si ce sont les druides qui se sont convertis au christianisme ou l’inverse ! Il y eut une symbiose telle que l’unité des deux est tangible lorsqu’on voit comment se comportaient les premiers saints irlandais, bretons et autres qui étaient thaumaturges, chamans, druides et chrétiens. D’ailleurs nombre d’églises et d’abbayes, comme celle de Bénévent
[9] dans la Creuse, furent construites sur la divine proportion par tracé du rectangle d’or et de la croix celtique jusqu’à ce qu’un pape interdise solennellement ce genre de pratique !     

 

                              ©Photo Alexandrine Vayssac.

                                                  Saint Denis ne serait jamais venu à Longpont,

                            mais ses disciples, saint Sulpice et saint Yon, ou Yvon.


       Dans les environs de Longpont-sur-Orge,les romains édifièrent un temple à Mercure. Il reste, à l’intérieur de la basilique, une colonne surmontée d’une croix en fer forgé. La légende veut qu’Audierne de Montlhéry, épouse du seigneur de ce lieu, ait saisi à pleine main cette croix portée au rouge sans se brûler. Elle a de fait épousé la cause chrétienne avec une telle foi ardente que les habitants se convertirent. C’est elle qui aurait fait construire la première église ayant subi depuis maintes transformations.    

 

   

©Photo Alexandrine Vayssac.

Colonne de l’ancien temple à Mercure,

christianisée et replacée à l’intérieur de la Basilique.



       De l’ancienne Abbaye de Longpont, il ne reste rien. Pourtant, tout le territoire est particulièrement sacré.
Ce n’est pas pour rien que, de l’autre côté
de cette petite rivière qu’est l’Orge,
se trouve Saint-Michel-sur-Orge;
saint Michel est le Libérateur
(il a succédé en cela à Mercure) ;
c’est le pôle céleste nécessaire qui maîtrise l’Energie tellurique en maintenant de sa lance le dragon-vouivre à sa juste place
pour que fonctionnent ensemble énergie tellurique
et énergie cosmique – deux aspects d’une même énergie,
le Ciel et la Terre, le yang actif et le yin réceptif.
 Les « courts-circuits » du mental humain viennent interférer
et empêchent la juste manifestation ;
l’énergie est alors déviée,
donnant les guerres dans le corps social,
les maladies dans le corps humain,
par la méconnaissance orgueilleuse
des lois cosmiques connues jadis.       
       Lorsque l’on observe le portail d’entrée de la basilique, on peut voir sur le pilier central la Vierge,
très hiératique, les pieds sur deux vouivres ;
ce qui symbolise la maîtrise des énergies telluriques, la maîtrise du binaire de la manifestation.
 

   

 

                                                                               Vierge du portail,
               avec les pieds sur les deux vouivres.

  

     Il en est de même d’ailleurs pour le Christ du grand portail de la cathédrale Notre-Dame à Paris ; il a lui aussi les deux pieds sur les vouivres. Si l’on entrait par ce portail qui est hélas toujours fermé, on descendrait de nombreuses marches qui montrent bien que l’on descend sous terre. Du haut de ces marches, la vue de l’édifice est grandiose.
     Le culte de la Vierge Noire de Longpont succéda donc à celui d’Isis ou se confondit avec lui pendant de longs siècles. La source sacrée resta longtemps derrière le maître autel ; elle aurait été murée il y a peu, aux alentours de 1950. Un morceau de l’ancienne Vierge Noire serait contenu à l’intérieur de l’actuelle Vierge Blanche dénommée Notre-Dame de Bonne Garde. D’après Pierre Gordon qui l’a vue, « une petite figurine noire (0,30 mètres) en poirier, et datant du XVIIe siècle, lui tient compagnie, sous le nom de Notre-Dame de Bénédiction.
[10] » Celle-ci a depuis disparu !
    La basilique a tendance à s’enfoncer dans un terrain marécageux, ce qui rend impossible les fouilles. Il y aurait tout un réseau de souterrains qui communiquaient avec le château de Montlhéry et jusqu’à Brétigny-sur-Orge. Une légende parle du trésor de Longpont qui aurait été enfoui sous la basilique au moment de la Révolution. Le véritable trésor était l’initiation que l’on recevait en ce lieu ! Souvent les trésors souterrains gardés par la Vouivre ne sont pas ceux qu’on croit ! Ils ont une valeur bien plus inestimable que l’or vulgaire ! Tout comme le trésor de la Vouivre des contes n’est pas la pierre précieuse, l’escarboucle qu’elle porte sur le front, mais le troisième œil qu’elle symbolise.     
     « D’après la tradition, la Vierge Noire de Longpont était primitivement logée dans le creux d’un chêne. Autrement dit, elle se confondait avec le mana transcendant d’un arbre divin. C’est là qu’elle fut découverte par des bûcherons. Cinquante ans avant notre ère, les Carnutes étaient venus en demander copie. Elle passait en conséquence pour plus ancienne que la Mère de Chartres.
[11] »
     Saint Yon, qui évangélisa la région et laissa son nom à un petit village voisin, fit construire là un oratoire et aurait fait connaître le sens chrétien à donner à cette effigie païenne. La Vierge Noire de Longpont est ainsi devenue une Virgo paritura, l’une de ces vierges qui devait mettre au monde ; on a voulu en faire remonter l’origine aux druides. Il est évident que l’inscription des mots latins Virgini paritura n’a pu être que très tardivement associée à la statue trouvée par les bûcherons et suffirait à montrer la supercherie d’une christianisation tardive. Longpont a donc précédé Chartres pour ce qui est de la Mère Noire ! «  A Chartres où le puits sacré et la sainte Mère noire avaient été d’abord, semble-t-il, laissés en dehors du sanctuaire chrétien, ils furent englobés dans la cathédrale nouvelle, construite au XIe siècle par Fulbert
[12]. » Cet ancien puits sacré des celtes a été baptisé « puits des Saints-Forts ». Personne ne sait pourquoi ! La Langue des Oiseaux[13], maintenue par les alchimistes, les trouvères, les fidèles d’amour, décrypte : F (Feu), O (eau), R (air), T (terre). Les saints sont vraiment forts qui ont la maîtrise des quatre éléments ! De plus S est le symbole de l’Energie du Serpent !      
      Dans le Chœur de la basilique, sur la voûte une fresque grandiose du XIXe siècle vient d’être entièrement restaurée. Elle représente la Vierge Marie sortant du chêne druidique, tenant dans ses bras l’Enfant Jésus tandis que les anges jouent de la trompette. Cette fresque grandiose évoque la continuité du druidisme et du christianisme. De chaque côté sont peints des évangélisateurs conversant ou prêchant à des druides, ainsi que des saints : Anne, Louis, la reine, Audierne de Montlhéry, et jusqu’à saint Jean Vianney !
   

 

 


Fresque du chœur, Vierge à l’Enfant sortant du chêne druidique.
Réalisée par F. Zbinden en 1901-1902 et restaurée en 2002.
  ©Photo Alexandrine Vayssac.



     Jusqu’à l’époque de saint Denis, Longpont-sur-Orge a donc été un lieu de culte à Isis, tenu par les druides. 
     Cela peut surprendre, mais bien avant ce qu’on a appelé le celtisme, des liens étroits existaient avec l’ancienne Egypte et les habitants de nos contrées ; les anciens lieux de culte à Isis sont fort nombreux en France. Ce n’est pas pour rien que notre capitale actuelle s’appelle « Paris
[14] » et que la région Ile-de-France s’appelait jadis « Parisis » - entendez par Isis ! La monnaie frappée par Hugues Capet s’appelait le parisis. Isis est l’ancêtre de nos Vierges Noires, tout comme la grande déesse Annis de la tribu des Tua-Té-Danna, nommée « Black Annis[15] ».
      En Inde, la figure de la Mère Noire est Kali, ce qui signifie « la noire ». La Mère de Sous-Terre est noire, comme l’obscurité des anciennes grottes d’initiation. « Cette noirceur est-elle la Lumière du Non-Manifesté, la Lumière Noire que la Vierge Noire, l’Isis Noire, le Serpent Primordial symbolise dans leur essence, “la Lumière d’avant la séparation de la lumière et des ténèbres”
[16] »
      La véritable Vierge Noire qui succède à l’ancienne Mère Noire, étant la Nature Naturante, est représentée normalement sans enfant, ou avec un enfant adulte portant le globe terrestre dans sa main et représentant la manifestation. Bien voir que le but de l’initiation, le retour au point initial, c’est de retrouver l’état de virginité, mais au sens que donnait Maître Eckhart à ce mot : « Vierge, c’est-à-dire un être humain qui soit dégagé de toutes images étrangères, aussi dégagé qu’il l’était alors qu’il n’était pas
[17] », Vierge de toute notions « y compris de la notion de virginité[18] » ! De ce point de vue, dans sa conception, la Manifestation est immaculée ; dès qu’elle est manifestée, il y a maculation, passage de l’unité au dualisme.       
     Certes l’énergie est perceptible à l’intérieur de l’édifice, mais également dans toute la vallée de l’Orge (entendez « Ogre » !). Jadis un long pont de bois traversait cette zone marécageuse. Mais le Long Pont est aussi celui de l’initiation qui fait passer d’une rive à l’autre. Inutile de venir mesurer l’intensité des courants telluriques avec des instruments ! Ils changent de place selon les saisons et leur intensité varie avec des flux importants aux solstices. Tous les Hauts Lieux sont porteurs d’un message cosmique qui « n’est en fait que la démonstration d’une science fort ancienne qui libère l’énergie magnétique d’un lieu de telle manière que celle-ci soit capable d’amener l’homme à une haute spiritualité.
[19] »
     Lorsqu’on se trouve sur un tel lieu, ce qui importe est l’unique énergie de la vie qui se colore en énergie tellurique et en énergie cosmique dans le binaire de la manifestation, et non point les colorations mentales que les hommes y ont projetées ! Druidisme, paganisme, cultes romains, christianisme primitif ou actuel importent peu à celui qui sait aller à l’essentiel, la Tradition primordiale dont elles sont issues. Dans de tels lieux, l’énergie redonne santé
[20] au corps si l’on sait abandonner ses croyances pour vivre tout simplement… Pour cela « atteindre à l’Unique Fin qui est la RENCONTRE avec ta SOURCE DE VIE.[21] »     
     Les pérégrinations sur le chemin de la vouivre en sont un moyen !    

 

    

La croix celtique dominant la Basilique.

©Photo Alexandrine Vayssac.

   

 

 

[1] - George et Régine Pernoud, Le Tour de France Médiéval, Ed. Stock, 1982, p.73.
[2] - Roman d’Henri Vincenot. [
3]
- Voir : Kintia Appavou et Régor R. Mougeot, La Vouivre, un symbole universel, Ed. EDIRU, 2006.
[4] - Voir : Régor, Du Cheminement Initiatique imagé par saint Roch et sa Vie Exemplaire d’après les Enseignements d’Emmanuel, Ed. Les Amis du Désert, 1988. [5] Emmanuel, Le Bréviaire du Chevalier, Tome 1, Ed. Le Point d’eau, 1983, p.181. [6] - Ed. EDIRU, 2006.
[7] - De nombreuses représentations semblables existent, dont par exemple, la statue de cette sainte dans l’église de Saint-Marcel (Berry). Marguerite est la christianisation de Morgane. La sonorité MRG se retrouve dans les deux mots, mais aussi dans MoRGue, MaRGot, Mère-Grand, MèRe-Guérisseuse.
[8] - Pierre Gordon, Les racines sacrées de Paris et les traditions de l’Ile-de-France, Arma Artis, 1981, p. 34
[9] - Voir : L’abbatiale celto-chrétienne Bénévent-l’Abbaye (Creuse), Guide du visiteur de Jean Conquet, auteur de l’ouvrage : Des Druides aux Compagnons, entre autres.
[10] - Pierre Gordon, Essais : les Vierges Noires, Mélusine, l’origine des contes de fées, Arma Artis, 1983, p. 12.
[11] - Idem, p. 13
[12] - Id., p. 2.
[13] - Voir : Emmanuel-Yves Monin, Hiéroglyphes Français et Langue des Oiseaux, Ed. Le Point d’Eau, 1994.
[14] - Le vocable celtique Par ou Bar, signifie « bateau ». Ainsi Paris porte toujours un bateau dans ses armoiries. La « barque d’Isis », « qui flotte mais ne coule pas », est aussi la nef blanche, le vaisseau du salut. Voir : Pierre Gordon : Les racines sacrées de Paris…, Op. cit.
[15] - Pierre Gordon, Essais : les Vierges Noires, Mélusine, l’origine des contes de fées, Arma Artis, 1983, p. 1. Notons que la déesse Annis fut christianisée en sainte Anne, si chère au cœur des Bretons, et dont on ne dit rien dans les Evangiles ! [16] - Notre livre, Le Miroir symbole des symboles, Ed. Dervy, 1995, p.16 [17] - Sermons, Seuil, note 59. [18] - Emmanuel-Yves Monin, Conférence inédite. [19] - Jacques Bonvin, Vierges Noires. La réponse vient de la terre, Ed. Dervy-Livres, 1988, p. 127. [20] - Etre « sain(t) » sans T, c’est faire retour au sein de l’Unité du multiple, révèle la Langue des Oiseaux. [21] - Emmanuel (Yves Monin), Le Manuscrit des Paroles du Druide sans nom et sans visage, Ed.du Point d’Eau, 1990, p. 351.        Clip sur les Vierges Noires : http://fr.youtube.com/watch?v=Cs6E7zQo35s      

 



LA VIERGE NOIRE SORTIE DE LA CRYPTE PERD SES POUVOIRS

LA VIERGE NOIRE DE CADAQUES, EN ESPAGNE

L'ENERGIE DES VIERGES NOIRES, DES ANCIENNES DEESSES CHRISTIANISEES

Par Régor
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Dimanche 19 juillet 2009

Quelle beauté hiératique, 

empreinte de "la Lumière Noire,

d'avant la séparation de la Lumière et des Ténèbres" !

Les Ténèbres qui révèlent progressivement

la Lumière de la Vérité

et qui ne doivent pas être confondues avec

l'ombre que projette le mental humain dévié.




La Mère Noire androgyne, 

 tient dans sa main droite,

celle de la miséricorde, de l'action, 

le Globe Terrestre.

 Vierge en vérité, Elle manifeste l'Enfant,

sur qui elle repose sa main gauche,

celle de l'agir par le "non-agir", de la sagesse.

La main droite de l'enfant,

tous doigts étendus et paume en avant,

mûdra de Kâli la Noire,

indique la puissance du temps justement destructeur.

La main gauche, tourné vers l'intérieur,

touche celle de sa Mère

par re-connaissance.

QUELLE ENERGIE REPRESENTENT LES VIERGES NOIRES ?

LA VIERGE NOIRE DE HOUDAN, COPIE DE CELLE DE MONTSERRAT

L'ENERGIE DES VIERGES NOIRES, DES ANCIENNES DEESSES CHRISTIANISEES

LA VIERGE NOIRE SORTIE DE LA CRYPTE PERD SES POUVOIRS


Par Régor
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Jeudi 11 juin 2009

La Vierge Noire perd ses pouvoirs

 

lorsqu’elle est sortie de la caverne,

de la grotte, de la crypte.

 

 

Les cryptes des églises prirent jadis la place des anciennes grottes initiatiques païennes. Même si, par la suite, elles furent importées d’Orient à l’époque des croisades. (Voir Pierre Gordon, Les Vierges Noires, Editions Signatura, 2003)

Elles furent en but au clergé catholique dès les VIIIème et IXème siècle, tout comme les Arbres des Fées près des fontaines miraculeuses.

« Un aspect curieux de cette lutte ecclésiastique contre les Vierges Noires est que souvent le clergé les arracha aux vénérables foyers initiatiques où elles siégeaient depuis des millénaires. Invinciblement, elles y revenaient. Ce qui veut dire que le peuple substituait des effigies nouvelles à celles qui avaient été enlevées. » (idem. p. 23) Et Pierre Gordon de citer Josselin, Valleury, Avioth, Quézac, Thuir… répertoriés par E. Saillens (Nos Vierges Noires, Paris, 1945)

« Quand, au surplus, la Madone noire acceptait de séjourner à la paroisse, il advenait qu’elle perdait ses pouvoirs merveilleux. » (idem.pp. 23-24) Le Folklore de Francede J.-M. Rougé, donne l’exemple de la Vierge de Ville-aux-Dames.

 

Un correspondant donne l’exemple de Sara-la-Noire des Gitans, aux Saintes-Maries-de la-Mer : "Il est d’ailleurs intéressant de constater que, lorsqu’elle sort de la Caverne ou de la Grotte pour être mise dans la paroisse, dans l’église, la Vierge noire perd ses pouvoirs merveilleux, ses pouvoirs de guérison... Pierre Derlon écrivait :
       "En 1935, quand le clergé sortit la statue de Sara de sa crypte et l'emmena en procession, certains maitres du feu ( kakous ) se firent l'épreuve dite du "feu au poignard" en signe de deuil. "Le soleil a brûlé les yeux de Sara", dirent-ils, "et il est des forces qui meurent si de l'ombre on les sort à la lumière..."
[Pierre Derlon, Secretsoubliés des derniers initiés gitans, 1977, Robert laffont]

Quels réels pouvoirs avaient-elles jadis, ces Mères Noires initiatrices, guérisseuses en vérité ? Elles concentraient en elles les énergies de la Terre-Mère, celles de la Vouivre, de la Vuipre, de l’Antre-de-Sous-Terre (Voir Le Manuscrit des Paroles du Druide…de E.-Y. Monin) et permettait de faire le Passage qu’illustre sainte Marguerite « issourt » du Dragon, sainte Ursule « issourt » également de l’Ours, …

 

Un cas célèbre de résistance païenne est celui de la « Vénus » de Quinipily, dans la forêt de Baud, en Bretagne. La statue de cette ancienne déesse fut « deux fois jetée dans le Blavet sur l’ordre de l’autorité religieuse ; puis par le Comte de Lannion en 1696. Au XVIIIème siècle, elle fut retaillée. » (Guide Vert de Bretagne) Elle est toujours en place, et… reçoit des visiteurs !

 


La « Vénus » de Quinipily.

 

Elle n’a rien d’une Vénus !

Cette Mère Universelle païenne a traversé des siècles de répressions.


  

Vierge noire de Nogent-le-Rotrou ( Eure-et-Loir)

avec l’inscription  « Virginie Pariturae », la Vierge qui doit enfanter.

La Vierge noire qui doit enfanter représente

la Mère Universelle concevant la Manifestation.

La Conception immaculée précède la Création qui est maculation.

Voir Le Miroir symbole des symboles, Ed. Dervy, 1995, chap. « La lumière d’avant la séparation de la lumière et des ténèbres ».

 

 

 

Vierge noire de Bonneval (Eure)

avec également l’inscription  « Virginie Pariturae »,

inscription que l’on retrouve dans la légende

de la Verge noire de Longpont-sur-orge (Essonne).

L’enfant tenant dans sa main gauche le globe terrestre

 indique que la statue est tardive.

 

Pourquoi est-elle noire, cette Vierge ? « Le noir est la fin ; le terme comme la préexistence de toutes choses. » (Lethierry-Barrois, Hébreu primitif, Ed. A. Franck, 1867, p ; 17)

Les Vierges Noires sont à l’image de Kali la noire en Inde : « Kali est noire parce qu’elle est l’énergie ultime dans laquelle toutes les distinctions disparaissent » (A . Daniélou, Le polythéisme hindou, Ed. Buchet-Chastel, Paris, 1975, p. 417)

Que représente collier de têtes coupées que Kali porte au cou ? Elle tient dans sa main la dernière tête tranchée d’un homme et celles de son collier sont les têtes du même homme, celles de ses précédentes incarnations. Toutes les incarnations d’une même unité de vie aboutie à son terme sont là rassemblées !

 

 

 


Huile sur toile
.

Dans cette scène sont concentrées la Chevauchée du  Tigre,

 la tête tranchée de son Cavalier, l’Homme dont Kali a tranché la dernière tête  

et qui le conduit le Tigre avec de simples rameaux d’olivier.

En place de sa tête, le Soleil noir rayonnant.

La scène baigne dans le Feu de l’Amour ;

L’Homme y est passif et la Femme active

pour illustrer l’Androgynie retrouvée.

 

Le héros Arjuna guidé par Krishna chante, dans le Mahabarata, cet hymne à Kali :

« Je te salue, guide des Réalisés,
Noble Déesse qui réside dans le ciel,
Fille ténébreuse au collier de tête de mort,
de couleur fauve,
 couleur de bronze.
Je te salue, bienfaisante,
puissance du temps,
 puissance de l’éternité transcendante. »


Par Régor
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Jeudi 7 mai 2009
QUELLE ÉNERGIE REPRÉSENTENT

LES VIERGES NOIRES ?


 
 

 
 Vierge Noire d'Orcival, Auvergne.
 
 
                    L’Energie que dégagent les Vierges Noires à la fois fascine et inquiète. Sous les mêmes apparences frontales, elles sont austères, hiératiques et mystérieuses. Quels enseignements peuvent-elles encore nous donner ? Prenons quelques exemples pour aller ensuite au-delà des apparences, c’est-à-dire du physique au métaphysique.
 

 


Vierge Noire de Fridefont, église Saint-Martin,
Cantal.
    

Chez les Vierges dites « au manteau » (1), seule la tête de l’enfant sort du manteau protecteur de sa mère. Les traits des deux visages sont les mêmes et les couronnes portées sont semblables. Il en est de même pour les Vierges dites «  en majesté », mais l’enfant se détache alors entièrement de sa mère tout en restant tenu bien en main sur ses genoux, toujours rigoureusement dans l’axe. Les vêtements sont le plus souvent de même facture (2). La Vierge, la Déesse Mère, quel que soit son nom, symbolise la Mère de la Manifestation. Elle est toujours l’un des multiples visages que prend la Mère Universelle, la Nature Naturante, pôle féminin dont la manifestation, l’enfant, est masculin « car cette Mère Universelle est en vérité la Féminité manifestée, c’est-à-dire la vraie Masculinité (l’activité du réceptif) – en un mot, l’Androgyne. (3) »

Les Vierges Noires ont pris la succession des anciennes déesses sous une forme christianisée. « Ne sont-elles pas si souvent à proximité immédiate de sources, de puits (4), d’arbres ou de pierres qui avaient chez nos ancêtres pré chrétiens une signification sacrée bien connue. (5) » Mais avant d’être représentée, la Mère de la manifestation fut adorée sous l’apparence d’une Pierre Noire tombée du ciel, comme à Ephèse pour Artémis.


Béthyle.
"Idole bétylique à tête triangulaire, en pierre noire.
Yeux ronds incisés. IIIe-IIe millénaire av. J.-C.
Dessin d'après
"Idoles. Au commencement était l'Image",
livret accompagnant l'exposition du 22.11.90 au 28.2.91
à la Galerie "La Reine Margot", Paris.

            Le « bétyle », pierre noire d’origine météorique, figure Cybèle la Noire, ou la « Grande Déesse » chtonienne grecque. 

Cybèle.
Tétradrachme d'argent, Smyrne, 160-150 av. J.-C.

         Et le pèlerin musulman baise la Pierre Noire de la Kaaba à La Mecque. 
Toutes les Vierges Noires "comme encore Kali la noire (Inde),


Isis, Astarté, Sarah (Gitans), Annis appelée en Grande Bretagne Black Annis,
Innani (Summer), ... convient les êtres à percer toutes les couches de leur matière,
à aller au Tréfonds, là où Elle se trouve, pour leur révéler Sa lumière."
(La Vouivre un symbole universel)
          
 

 

Vierge de Beaulieu, Corrèze.
 
           Pourquoi ces Vierges sont-elles de couleur noire ?


 
Vierge Noire de Tournemire, château d'Anjony,
Cantal.
    

La Vierge Noire en Majesté du château d’Anjony, à Tournemire, a des traits négroïdes marqués ; d’autres Vierges Noires ont les traits aquilins des Peuls ou des Ethiopiens. Il est actuellement presque certain que l’humanité a son origine en Afrique (6). De l’Ethiopie à l’Egypte en passant par la Nubie, la continuité est évidente. Certains Pharaons furent noirs et la civilisation égyptienne trouve ses racines en Afrique subsaharienne.  « En effet, l’héritage pharaonique appartient en totalité, des origines à la fin des dynasties indigènes, à l’univers culturel négro-africain, par l’habitat, la "race" et la langue des anciens égyptiens, responsables de la civilisation pharaonique. (7) » Les races blanches ont depuis très longtemps, beaucoup de mal à reconnaître l’héritage ancestral qui les rattache aux peuples noirs. Il est navrant de voir que, dans nos musées, les statues des pharaons aux traits négroïdes ont les nez et les lèvres mutilés, ce qui masque les signes visibles de leur origine.



Statue colossale du roi Anlamani, trouvée à  Napata,
VIe siècle av. J.-C.

(Close-up of the statue head of the Kushite pharaoh Aspelta, made during the Napatan period, circa 620-580 B.C. Made of granite gneiss. Originally in the Great Temple of Amen at Gebel Barkal in what is now Sudan, now residing in the Museum of Fine Arts, Boston.)

Voir aussi les pharaons noirs de Méroé au Soudan.
 

La parenté de la Vierge Noire avec l’Isis (8) égyptienne est évidente. Cela avait déjà frappé Faujas de Saint-Fond au XVIIIème siècle. Dans l’ouvrage du Père Odo de Gisey, Discours historique de la très ancienne dévotion de nostre Dame du Puy ou du Puy nostre Dame, dont la première édition date de 1620, la vignette gravée sur cuivre représentant la Vierge du Puy est précédée de la citation du Cantique des Cantiques Nigra sum sed formosa (1,5). La traduction habituelle, « Je suis noire, mais je suis belle », qui prête à un racisme diffus, est reprise par André Chouraqui qui propose :

«  Moi, noire, harmonieuse, fille de Ieroushalaïm.

Comme tente de Qédar, comme tenture de Shelomon.

Ne me voyez pas, moi la noirâtre : oui, le soleil en moi s’est miré. (9) »


La déesse Isis, en mère de Thoutmôsis III.
Granit noir, Karnak, XVIIIe dynastie.
Musée du Caire. 

    
La tradition a maintenu l’origine orientale des Vierges Noires que les Croisés ramenèrent de Terre Sainte. A Montmorillon (Vienne), le Chevalier de Persac, de retour de Jérusalem, fit construire, au XIème siècle, un bâtiment hexagonal dans la cour de l’ancien Hôtel-Dieu ; il reste pour beaucoup une énigme. On peut y voir sculptée Isis allaitant deux serpents (10).
 


A gauche, sculpture située sur la façade de l'église
de Saint-Jouin-de-Marnes, vallée du Thouet.
A droite, l'Isis de Montmorillon située à l'entrée de l'Hexagone
construit par le Chevalier de Persac
dans la cour de l'ancien Hôtel-Dieu de Montmorillon, XIe s., Vienne.
 
La même sculpture se trouve sur la façade de l’église de Saint-Jouin-de-Marnes (Poitou). Cette représentation n’est pas celle de la luxure comme l’affirment actuellement les catholiques timorés, mais plus sûrement celle de la Mère Universelle allaitant les deux facettes de la manifestation. Dans la crypte de l’ancienne église de Montmorillon, on peut voir une fresque représentant sainte Catherine d’Alexandrie offrant un disque d’or à Marie. Le visage de sainte Catherine, au fil des temps, est devenu noir. Hasard dû à la providence !
A Longpont-sur-Orge (Essonne), qui fut aussi un ancien lieu de culte à Isis, tenu par les druides vénérant également Osiris et les dieux celtiques, se trouve l’un des plus anciens lieux de culte à la Vierge Noire.
 

   
Choeur de la Basilique de Longpont-sur-Orge, Essonne.
 
 
L’endroit fut évangélisé par les disciples de saint Denis, saint Sulpice et saint Ion (ou Yvon) et les druides se convertirent au christianisme ; ils attendaient « la Vierge qui doit enfanter ». Les textes disent : « Longtemps après, les bûcherons de l’endroit, abattant un chêne séculaire, découvrirent en son creux, une antique statue de bois noir ou polychrome (…) Elle portait sur son socle : "Virginia Parituræ" (à la Vierge qui doit enfanter). Ce fut une célébrité dont on parla bientôt partout et qui incita les Carnutes (habitants de Chartres) à venir quémander une copie… (11) » Pierre Gordon fait remarquer avec justesse qu’une statue druidique trouvée dans un chêne ne pouvait porter une inscription latine (12) ! Quoi qu’il en soit, la source celtique, située jadis derrière le maître autel, a été murée et la Vierge Noire est devenue Vierge Blanche sous le nom de Notre-Dame-de-Bonne-Garde bien qu’elle sorte encore du chêne druidique séculaire. La plus vieille statue de Vierge Noire du Parisis (13) servit de modèle à celle de Chartres, plus connue et plus célèbre.
Toutes les Vierges Noires sont à l’image de Kali la Noire (Inde), d’Astarté, de la Sarah des Gitans, d’Annis appelée en Grande Bretagne « Black Annis », d’Innani (Sumer). La Vierge Noire convie les êtres humains à percer toutes les couches de leur matière, à aller au tréfonds d’eux-mêmes, dans les ténèbres de leurs entrailles, là où Elle se trouve, pour leur révéler Sa lumière, les nourrir de Son énergie. Les premières représentations de la Déesse Mère sont nées dans l’obscurité des grottes et leur couleur noire n’est pas tant celle de leur peau que celle des profondeurs de la Terre dont elles sont issues. C’est la noire luminosité de la grotte initiatique, de l’antre de la Vouivre, de la crypte qui est ainsi exprimée par la Dame-de-sous-Terre, là où, paradoxalement, l’homme a toujours recherché la lumière (14). Il n’est pas surprenant, dès lors, de trouver dans la grotte qui sert de fondation à l’église de Laghet (Alpes Maritimes), haut lieu de pèlerinage où les innombrables ex-voto populaires attestent de quantité de miracles, une statue de la Vierge et de son Fils, entièrement noire, vêtements compris. 


   
Cathédrale Notre-Dame, Le Puy-en-Velay, Haute-Loire.
 
          Ces Vierges furent-elles faites noires consciemment ou non ?
          Au fond, qu’importe si elles ont été noircies par le temps ou par la volonté des hommes ! Quelles que soient les apparences, c’est toujours l’inspiration divine qui s’exprime. Profondément, la Vierge Noire est «  la Lumière d’avant la séparation de la lumière et des ténèbres (15) », le monde de «  la substance universelle ténébreuse (16) ». Cette Ténèbre, « c’est celle que nos mystiques désignent comme Nuit de lumière, Noir lumineux, Lumière noire. (17) » Elle est « la Lumière du non-manifesté (18) » ; c’est la troisième lumière dont parle Tierno Bokar, le saint François d’Assise de Bandiagara, « celle du centre des existences, c’est la lumière de Dieu. Qui oserait la décrire ? C’est une obscurité plus brillante que toutes les lumières conjuguées. C’est la lumière de la vérité. (19) »
           C’est pourquoi d’ailleurs la véritable Vierge Noire ne peut être que sans enfant ou avec un enfant déjà adulte soulignant l’androgynie primordiale. Il n’est pas étonnant dès lors que les Vierges Noires aient souvent les mains blanches ! Elles « font boire à la source de vie. Leur attrait, en d’autres termes, est d’être Notre-Dame-des-Ténèbres, Notre-Dame de la Nuit, celle qui fait luire la clarté dans la prison souterraine où se trouve jeté l’homme, celle qui enfante pour lui la lumière, celle qui lui apporte l’or et le soleil, celle qui est, en définitive (…) la fontaine de radiance et la Reine du Ciel. (20) »
         C’est cette Lumière noire que contemplent les orbites vides de sainte Lucie (21) lorsqu’elle présente ses deux yeux sur un plateau, aveugle à la lumière de ce monde (22).
Que se passe-t-il dans l’antre de sous-terre, dans la crypte initiatique, dans ce lieu obscur ? Là, la Vierge Noire consume tout ce qui s’oppose à l’enfantement, à la juste manifestation, c’est pourquoi elle est dite « dévoreuse » ou « ogresse (23) ». L’Ogre, l’Orc, le Dragon dévorant ont la même fonction. La Mère dévorant les hommes est gravée sur une amulette chamane d’un clan de l’Alaska (24). La déesse-mère dévoreuse des Celtes, Sheela-na-nig, est sculptée en effigie : tête ronde, yeux globuleux, bouche lunaire, corps chétif, longs bras qui passent derrière les jambes, mains ouvrant les lèvres géantes d’une vulve béante (25). « C’est par ce trou que nous sommes nés. Notre corps s’est tissé dans le ventre d’une femme qui fut ainsi la première caverne, et nous sommes sortis, nous avons été expulsés par la "porte étroite" de son sexe.
 

 
Sheela-na-gig, chapiteau de l'église Saint-Mary-and-Saint-David,
Kilpeck, Herefordshire, Angleterre.
 
           La deuxième naissance est semblable, il s’agit de passer par la "Porte Etroite" qui est comme le "chas d’une aiguille (26)". Le Centre de la manifestation est un "trou" (27) par lequel il nous faut sauter. (28) » La Terre est la matrice qui permet à l’homme de naître en Dieu. Le même symbolisme sexuel rend compte de ce Passage puisque la mandorle entourant le Christ en gloire à la forme d’une vulve.
           L’initiation donnée jadis dans la Caverne, dans la Grotte, dans le Dolmen, dans la Crypte, est de tous les temps. Son seul but est le retour au Point « initial », à l’Origine.


           
L'antre de la Vuipre, lieu d'initiation.
Allée couverte. Bretagne.
     
       Elle demeure inchangée dans son fond, même si les formes qu’elle prend varient avec les temps et les lieux. Quant aux initiateurs, ils sont d’origine non humaine. Les Contes, les Légendes et les Mythes, les Traditions en maintiennent le souvenir et leur attribuent l’apparence d’Ogres, de Fées, de Géants, de Dieux, d’Anges, de Connaissants, de Libérés vivants…
          Matrice, la grotte où naquit, l’enfant Jésus, celle où fit retraite Milarepa, celle où se retira Gautama, celle du Mont Hira où Mohammed entendit l’appel de l’Ange Gabriel-Djibril (29). Matrice la prison où mourut saint Roch, guérisseur de la peste (30). Matrices encore les grottes dans lesquelles les Cathares se retiraient (31). «  La Grotte par exellence, par ses ténèbres, était le terrain, le Foyer choisi par les Maîtres Initiateurs pour conduire le disciple à la Création de sa lumière qui va éclairer et annihiler les Ténèbres.
        Ainsi les Grottes d’Initiation, parce qu’elles portent en elles cette profondeur ténébreuse en son point culminant, portent en elles la Luminosité des Luminaires. (32) »
         Ainsi avec des colorations diverses se déroule toujours le même processus.
 
         L’Energie ténébreuse de la Vierge Noire est puissante et inquiétante. La peur s’instaure chez ceux qui ne peuvent la supporter. La décadence alors s’installe et inverse le processus, stérilisant toute possibilité d’initiation véritable. Ceux pour qui « le Feu au Cœur des Ténèbres (33) » est insupportable sortent la Vierge Noire de sa grotte, de sa crypte pour l’exposer à la lumière du jour : «  Ils ont si peur des Ténèbres, de la Forêt : de ce qui rappelle leur noir à eux et les plonge dans une profondeur obscure ! (34) ». Ils en font une Vierge Blanche, vierge de tendresse, sentimentale et maternelle, ou bien une Piéta éplorée devant le cadavre de son Fils. Ils s’attachent à la virginité extérieure, physique, perdant le sens premier que Maître Eckhart enseignait : « Vierge, c’est-à-dire un être humain qui soit dégagé de toute image étrangère, aussi dégagé qu’il l’était alors qu’il n’était pas. (35) »
         Il est d’ailleurs intéressant de constater que, lorsqu’elle sort de la Caverne ou de la Grotte pour être mise dans la paroisse, dans l’église, la Vierge noire perd ses pouvoirs merveilleux, ses pouvoirs de guérison. C’est pourquoi de nombreux récits et légendes racontent qu’elle retourne miraculeusement, invinciblement, dans son lieu de prédilection, dans son foyer initiatique. Ainsi la Vierge noire de Romiguier à Manosque (36), ou Notre-Dame de Sabart que Charlemagne fait emporter par deux fois et qui revient seule au Pré Lombard, près de Tarascon-sur-Ariège (37).
 
 

   
Notre-Dame de Vauclair, Chapelle de Vauclair,
Molompize, Cantal.
 
 
         En Auvergne, c’est une Vierge Noire qui, transportée à l’église de Bonnac, retourne dans la forêt ; un habitant de Vauclair la place dans sa maison et l’on construit plus tard une chapelle, lieu de pèlerinage où les aveugles retrouvent la vue. Les pouvoirs de la Vierge Noire sont directement liés à un lieu précis chargé, comme les sources guérisseuses, par l’énergie de la Vouivre (38).
         Le culte de la Vierge Blanche remplace donc progressivement celui de la Vierge Noire, même si certains, voulant maintenir la tradition ancienne, noircissent parfois des vierges blanches, comme Notre-Dame de Vauclair (Cantal) qui « jusqu’en 1954, date de sa restauration (…) était noire : le visage et les mains étaient recouverts de couleur noire, comme une Vierge Noire (…) La restauration a permis de dégager une première couche de peinture noire, une couche de cire, avant de retrouver les polychromies originelles de rouge et de bleu azurite, très atténuées et fragmentaires. (39) »
         La Radiance de la Vierge Noire peut faire peur à beaucoup qui lui préfèrent alors la Vierge Blanche, sentimentale et asexuée ; « lorsqu’effrayés du Feu qu’elle recèle en son Aspect de négritude, les êtres humains voulurent la sortir de sa cache de Sous-Terre pour l’ex-poser à tout vent et à tout venant : ils en firent une "Dame Blanche". (40) » Cette Dame-Blanche leur est nécessaire, « sinon ils dorment ou s’entretuent. (41) »
 
 
                               Robert Régor Mougeot
                     Co-auteur de La Vouivre, un Symbole Universel
.
Editions EDIRU, 2006.
 

   
Vierge Noire de Moulins, Allier.

Sur les Vierges Noires, par Régor :

Http://fr.Youtube.Com/watch?V=Cs6E7zQo35s


1- Eglise Saint-Martin de Fridefont ; église Saint-Géraud d’Aurillac ; Musée Douhet de Saint-Flour ; Visitation-Sainte-Marie de Brioude…
2 - Celle de l’église Notre-Dame des Neiges d’Aurillac ressemble à l’authentique vierge de Notre-Dame du Puy décrite par Faujas de Saint-Fond dans son « Mémoire sur un monument très ancien de l’église cathédrale du Puy » (XVIIIème s.) et à la gravure sur cuivre qui l’accompagne, «  Notre-Dame du Puy, dessinée d’après nature, telle quelle sous le manteau qui la couvre ».
3 - Livret du Musée de la Mère Universelle, château du Magnet - 36230 Mers-sur-Indre.
4 - Comme le Puits des Saints-Forts à Chartres. Sont FORTS, ceux qui maîtrisent l’Energie du Feu, de l’Eau, de l’Air et de la Terre, décrypte la Langue des Oiseaux.
5 - Jacques Huynen – L’Enigme des Vierges noires – Louis Musin Editeur, 1979, p. 43.
6 - L’australopithèque fossile découverte en 1974 dans la dépression de l’Afar est datée d’environ 3,5 millions d’années. Elle fut prénommée Lucy par les anthropologues qui écoutaient ce soir là, par hasard, la chanson des Beattles « Lucy in the sky with the diamonds » ! L’idée de lumière se retrouve dans Lucines, Mélusine, Lucifer….
7 - OBENGA, Théophile – Préface du livre de Cheikh Anta Diop - Nouvelles recherches sur l’égyptien ancien et les langues négro-africaines modernes – Présence africaine, Dakar, 1988, p.8.
8 - Isis vient de Ischa qui signifie « Vierge ».
9 - Bible- Traduction A. Chouraqui -Desclée de Brouwer, 1989.
10 - Voir la gravure de 1724 dans le livre de J. Baltrusaitis – La Quête d’Isis–Perrin Ed., 1967 et la photographie illustrant notre livre La Vouivre, un Symbole Universel – La Table d’Emeraude, 1995, p. 43.
11 - Abrégé de l’histoire de Notre-Dame-de-Bonne-Garde, en vente à la Basilique de Longpont-sur-Orge (91).
12 - Essai ; les Vierge Noires - Arma Artis, 1983, p. 3-4.
13 - « Par Isis » chante la Langue des Oiseaux
14 - Voir notre livre Le Miroir, Symbole des Symboles – Chap. « La Lumière d’avant la séparation de la lumière et des ténèbres » - Dervy, 1995.
15 - Emmanuel-Yves Monin – Conférence inédite.
16 - Ibn’Arabi – L’Alchimie du Bonheur parfait.
17 - Henry Corbin – L’Homme de lumière dans le soufisme iranien – Sisteron : Ed. Présence, 1971, p. 17.
1 8 - Préface de J. P. Bayard dans Vierges Noires de Jacques Bonvin – Dervy-Livres, 1988, p. 11.
19- Amadou Hampaté Bâ – Vie et enseignement de Tierno Bokar, le sage de Bandiagara – Seuil, 1980, p. 136-137.
20 - Pierre Gordon – Essai – Les Vierges noiresOp.cit., p. 3.
21 - De Lus, lumière.
22- Voir le tableau de Zurbaran « Sainte Lucie », au Musée des Beaux-Arts de Chartres.
23- Notons que « Orge » est la déformation d’ « Orc », d’« Ogre ». Longpont-sur-Orge, non loin de Saint-Michel-sur-Orge, était un lieu d’initiation souterrain.
24- Clan de Tlingit, Alaska du sud-est – American Museum of Nature History n°E/2708. Voir la fig. n° 157 dans Les Racines de la Conscience de C.G. Young, Buschet-Chastel, 1971.
25 - Chapiteau de l’église St-Mary-and-St-David, Kilpeck, Herefordshire, Grande Bretagne. Photo 6 dans Mystères Celtes de J. Sharkey – Seuil, 1975.
26 - Evangile de Luc, 18-25.
27 - Trou que trouvent les Trouvères !
28- La Vouivre, un Symbole Universel – Op. cit., p. 264-265.
29- Coran – Sourate « L’Appel ».

30 - Voir notre livre Du Cheminement initiatique imagé par saint Roch et sa vie exemplaire, d’après les Enseignements d’Emmanuel – Les Amis du Désert, 1988.

31 - Pour y faire retraite, pour y construire leurs églises, pour échapper à l’inquisition. Voir Sabarthez – Les Trois Cèdres, Ussat.

32 - Karuna Platon – L’Instruction du Verseur d’Eau – Le Courrier du Livre, 1973,  p. 259.

33 - Le Manuscrit des Paroles du Druide sans nom et sans visage – Le Point d’Eau, 1990, p.325.

34 - Ibidem, p. 476.

35 - Sermons- Seuil, 1974, tome I, p.52.

36 - Pierre Gordon – Essai – Les Vierges noires – Arma Artis, 1983, p. 4.

37 - L. et R. Ferrer -Le Sabarthez Mystérieux.

38  - Le Serpent-Dragon-Vouivre symbolise les énergies telluriques. Voir : La Vouivre, un Symbole Universel – Op. cit.

39 - Brigitte Mézard – Les Majestés du Cantal. Images de la Vierge en Haute-Auvergne– Catalogue édité par le conseil général du Cantal et l’association des Amis du Patrimoine de la Haute-Auvergne, Aurillac, 1992, p. 62.

40 - Le Manuscrit des Paroles du druide sans nom et sans visageOp. cit., p.108.

41  - Ibidem, p. 476

 

 

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