Paganisme

Mardi 3 novembre 2009

L'Homme Vert, le "Frère Feuillu"

à l'honneur pour la Fête de Samhuinn (Samain),

 à Edinbourg, en Ecosse :



L'Homme Vert marque, lors de cette fête celte,

le passage de l'été à l'hiver.

Photo by Ania Janeeczko .

Samhuinn Fire Festival is organised

by Betane Fire Society in Edinburg.

Voir les images magnifiques sur :


http://news.bbc.co.uk/local/edinburghandeastscotland/hi/people_and_places/arts_and_culture/newsid_8336000/8336451.stm

Voir :
QUE SONT LES "FRERES FEUILLUS" TANT REPRESENTES DANS NOS EGLISES ET CATHEDRALES ?



 



Par Régor
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Vendredi 16 octobre 2009

Le voyage de l'âme dans le monde des morts :

comment est vu la mort dans les différentes traditions.

 

   

Pour le chaman, se vit uniquement le présent et, dans ce présent (au sens de cadeau), la vie et la mort se côtoient et s’interpénètrent. Il n’y a qu’une frontière ténue entre ce monde-ci et celui de nos ancêtres humains.
       « Dans l’hindouisme, la sphère de la Lune est l’aboutissement de la voie des ancêtres (pitris-yana) » (voir EN PAYS CATHARE, LA ROCHE "FOUGASSE", NON LOIN DE LA CROIX DE MORENCI ).

En nengone, l’une des langues vernaculaires de l’île de Maré, l’une des îles canaques de Nouvelle-Calédonie, il n’y a pas de mot pour parler d’un « mort ». L’expression utilisée se traduit littéralement par « celui qui est passé de l’autre côté ». Le monde dans lequel vivent les peuples primitifs est plus juste, plus total, plus englobant que celui de l’homme occidentalisé.

Chez les Lakotas d’Amérique du Nord, l’âme est aidée dans son passage de la vie à la mort par le rituel de « la Garde de l’Ame », enseigné jadis par la Femme Bison-Blanc.




La Femme Bison-Blanc.
 

Le Bardho Thödol, expression signifiant : « Libération par entendement dans le plan suivant la mort », Le Livre des morts égyptien, le Codex Borgia aztèque, l’Ars moriendi chrétien, montrent que ce voyage au-delà de la mort était jadis connu et guidé.

 



Ankou.

 La Roche-Maurice, Finistère.

 

En Basse-Bretagne, l’Ankou, le spectre de la mort au squelette décharné, drapé dans un immense suaire blanc et armé d’une faux, semait jadis la terreur. Aux époques de peste, à la fin du Moyen Age et au début de la Renaissance, les fresques représentant, dans les églises, les danses macabres, témoignent d’une profonde angoisse devant la mort, la peur du péché et de l’enfer tenant une large place dans les enseignements religieux chrétiens. L’Occident a perdu ses racines, celles qui plongeaient dans les anciens mystères de mort et de renaissance, comme ceux d’Eleusis et de Mithra.

 





Danses macabres.

 

Tous les rites funéraires montrent le soin avec lequel était accompagné ce passage. Le corps physique est restitué à la terre lorsqu’il y a inhumation, à l’air lorsqu’il y a exposition du cadavre, au feu lorsqu’il y a crémation, ou à l’eau par l’immersion, selon les coutumes propres à chaque peuple.





Crémation des corps,
Pashupatinath, Népal.
"BENARES, CITEE MILLENAIRE ET SACREE", POEME D'OLIVIER WALTER



        L’âme est guidée vers la terre des ancêtres, vers un au-delà vu comme enfer, purgatoire ou paradis, vers une nouvelle réincarnation, vers une autre planète, vers « la claire lumière, la lumière du matin », comme le chantent les Rhyming Spirituals des Iles Bahamas, ces chants traditionnels des descendants des esclaves noirs venus des bords du Mississipi, avec leurs maîtres, après la guerre de Sécession. 

  

Ce voyage de l’âme est toujours perçu comme périlleux. Il est souvent apparenté au rêve. Chaque nuit, l’âme temporelle quitte le corps endormi pour vivre ce que l’on nomme les rêves. Cette âme est encore une forme, même si celle-ci est plus subtile que celle du corps physique ; elle revient dans le corps au réveil. Lors de la mort, elle va retrouver le « pays des ancêtres ». La voie de l’hérédité, nous relie par une chaîne ininterrompue aux premiers humains de la création et, à travers eux, aux règnes précédents. 

Cette réalité est perçue avec une très grande acuité par les Africains qui demandent la protection des ancêtres :

« Ô ! Ancêtres, hommes innombrables !

Habitants des roches et des gouffres !

Possesseurs du kaolin blanc.

Ô vous qui peuplez l’Au-delà !

Surgissez de toute part, réunissez-vous !

Venez manger les noix de cola,

Du poivre et du sel que nous vous offrons !

Sortez et réunissez-vous,

Ô vous qui peuplez l’Au-delà.[1] »

 

Le culte des ancêtres est un véritable dialogue avec le souvenir et beaucoup voient la mort comme un voyage-retour vers la terre d’autrefois. Cet autre monde n’est pas clos, tous les chamans le savent. La machi, la chaman des indiens Mapuche du Chili, chante :

« Je suis une jeune fraîche rosée,

je suis la femme de l’aube,

je suis la femme du jour,

je suis la femme de l’esprit…

Parce que, du royaume des morts,

je peux entrer et revenir.[2] »

 

Parfois, des esprits avides du monde d’en bas peuvent franchir la frontière et revenir dans ce monde-ci. Ils peuvent causer de graves perturbations émotionnelles à qui ne sait pas s’en protéger en tentant de se nourrir de notre énergie.

Des points communs se dégagent des multiples traditions. Celui qui a eu, comme on dit, une mauvaise mort, celui qui s’est laissé happer par la matière et qui a méconnu, dans le cours de son existence terrestre, l’Esprit, trouve dans le territoire des morts les justes conséquences de son ignorance, de sa méconnaissance des lois qui s’imposent aux humains (…)

Il y a des lieux privilégiés énergétiquement où les âmes des trépassés trouvent plus facilement le passage entre ce monde et les autres. Ce sont des  vortex d’énergie très puissants. C’est le cas, en Bretagne, au pied des Monts d’Arrée, des marais du Youdig que domine la chapelle de Saint-Michel-de-Braspart, haut lieu hélas investi actuellement par les énergies lourdes.

 


La chapelle du mont Saint-Michel de Brasparts (Menez-Mikael), 

l'un des sommets de la chaîne des monts d’Arrée,

 domine les tourbières du Yeun Elez et le lac de Brennilis.

La légende local situe au cœur de ces tourbières un marais sans fond,

 le Youdig, l'une des portes des enfers.

Les prêtres exorcistes emprisonnaient les démons dans le corps de chiens noirs

 et précipitaient ces derniers dans les eaux noires du Youdig.

   

Il en est de même à La-Chapelle-Montligeon dans le Perche, village situé sur un petit tertre qu’occupèrent jadis les légions. A cet endroit, un vortex d’énergie facilite le départ des âmes. Au siècle dernier, un simple prêtre d’un village de quelques âmes, très préoccupé par la mort, a parcouru le monde pour financer la construction d’une église. Finalement, une Basilique surprenante sera édifiée là. Cet homme ressentait la nécessité de faire monter les âmes.

 



La basilique Notre-Dame de Montligeon est consacrée

 à Notre-Dame Libératrice des âmes duPurgatoire

et  dédiée à la prière pour les défunts.

 

 Le Mont-Saint-Michel est aussi un vortex d’énergie qui absorbe les énergies lourdes de l’Occident.

 



Mont Saint-Michel.

 


Statue du VIIIe-IXe siècle

Basilique du Monte San Angelo.
L'ARCHANGE SAINT MICHEL AU MONTE GARGANO

 

 

Saint Michel est souvent représenté avec la balance du peseur d’âmes ; il est psychopompe, succédant en cela à Osiris, dieu égyptien du monde des morts, à Rashu, l’ange placé près de Mithra dans l’ancienne religion des Perses. Au Tibet, la pesée se fait avec des cailloux blancs pour les bonnes actions et des cailloux noirs pour les mauvaises.  La pesée des âmes est aussi évoquée dans le Coran.

 

 

Osiris a été traduit par « Siège de l'Œil », du Soleil. 

Mais c’est aussi le dieu des morts

 et le garant de la survie du défunt dans le monde souterrain.

 

  

Les Celtes célébraient, au début de leur année,  dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre, la fête de Samain où le peuple des esprits envahissait le monde des vivants et venait dans les demeures des hommes qui lui offraient les derniers fruits de l’automne. Il y avait des déguisements effrayants et des vivres à profusion pour passer la nuit auprès des morts, s'attirer leurs bonnes grâces et les dissuader de saccager les récoltes. Le feu sacré, allumé par les druides, honorait le dieu du Soleil et chassait les mauvais esprits. Chaque famille recevait une braise lui permettant d'allumer chez elle un nouveau feu, qu'elle devait maintenir jusqu'à l'automne suivant.

A cette fête a succédé l’actuelle Toussaint. 

Ce furent, au Ve siècle, les moines évangélisateurs de l’Irlande, de la Grande-Bretagne et de la Gaule qui remplacèrent cette fête druidique par la Toussaint, suivie de la Fête des Morts.

1- Clémentine Faïk-Nzuji - Symboles africains : lieu de recueillement et source de prière - Texte photocopié, Louvain-la-Neuve (Belgique), Santiago (Chili), octobre 1997, p. 10.

- Cité par Luis Pradenas Chuecas - Musique des Araucans du sud Chili - Paris : mars 1995, brochure accompagnant le CD, Playa Sound PS 65149, 1995.





Au Mexique, la Catrina est un personnage typique de la culture pré-colombienne,
symbole majeur de la Fête de Morts actuelle. 

&&&

INVOCATION AUX ENERGIES PLANETAIRES

CONNUES SOUS LA FORME DES ANGES

 

PRIERE A l’ANGE YABAMIAH

 

« Tous les initiés, dit le texte traditionnel, savent que c’est Yabamiah qui est chargé “d’orienter les premiers pas des défunts lorsqu’ils arrivent dans l’autre monde.”

 

“YABAMIAH, toi qui as le pouvoir d’accompagner celui qui « dés-incarne » et de l’assister 3 jours après sa mort, je mets sous ta protection … Un Tel (dire ici son Nom et tous ses prénoms)” « .

 

***

 

AUTRE PRIERE POUR LA BONNE MORT

 

« Lorsque le moment de la Mort viendra pour… Un Tel (dire ici son Nom et tous ses prénoms)  moment que Toi seul connaît Seigneur, permets-lui de mourir sans crainte, sans souffrances et avec douceur, comme un Souffle de Vie rendu à la Vie. »

 

LORSQUE LA MORT EST INTERVENUE

 

« Le moment de la Mort est venu pour lui/elle… Un Tel (dire ici son Nom et tous ses prénoms). Permets Seigneur, que son Passage dans l’Au-delà se fasse  sans crainte, sans souffrances et avec douceur, comme un Souffle de Vie rendu à la Vie. »

Textes extraits du
Livre Précieux de la Vie et de la Mort, Platon le Karuna

(Editions de la Promesse, 2006)

   
E mail pour toute correspondance :
regorm000@yahoo.fr


  
Par Régor
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Jeudi 24 septembre 2009

Dans le cadre de la manifestation
"Alliances en Résonance"
organisée conjointement
par la Fondation Alliance Française à Paris 
et l'Alliance Française de Bogota
nous vous informons

 

qu’une soirée sera  consacrée à la projection du film

 

"Kogis,

le message des derniers hommes ",

 

suivie d’un débat en présence d'Eric Julien.


  Photo Géo Magazine

Les Kogis font retour sur les terres de leurs ancêtres Tayronas,
sur les terres de "LA LUNA"
que l'association Tchendukua les aide à racheter :
http://www.tchendukua.com/

Ecouter les vidéos sur le Blog D'Anna Galore :
http://annagaloreleblog.blogs-de-voyage.fr:80/archive/2009/09/24/kogis-le-message-des-derniers-hommes1.html
 

Rendez-vous le mercredi 7 octobre à 19h30

Auditorium de la Fondation de l'Alliance Française

101 bd Raspail

75006 PARIS

Tél : 01 53 63 48 27

métro : Saint-Placide ou Notre Dame des Champs

entrée libre

 

Pour plus de renseignements vous pouvez consulter le site
www.fondation-alliancefr.org

 


                                     L'équipe de Tchendukua-Ici et Ailleurs

                Voir : DEPASSER LES TECHNIQUES DU NEO-CHAMANISME OCCIDENTAL




Par Régor
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Lundi 17 août 2009

Le 15 août est le jour de la fête de la Vierge

 et, plus anciennement encore,

celle des moissons.

Un article de Patricia Martin


"Bonjour à tous,
 
     Je vous souhaite de très bonnes vacances d'été. Beaucoup de repos et de soleil.
 

 
      Le mois d'Août est le mois des moissons.
      Le 15 Août est la fête de la Vierge, et dans nos villages fête des moissons.
 
      Les moissons sont le moment où le potentiel de la terre à donner la vie s'actualise dans toute sa splendeur et nous invite à de nombreuses festivités centrées sur le symbolisme de la nourriture.
 
      La tradition Européenne appelle cette fête sacrée des moissons "Lammas" qui vient du vieil anglais "hlaf-maesse", qui signifie messe des pains. Cette période est marquée par des réjouissances, concours de moisson, jeux d'action... De nombreuses foires de campagne et fêtes estivales ont lieu à ce moment là.
 

 
     On peut penser que nos ancêtres, grâce à leur sagesse, nourrissent autant notre âme que les récoltes nourrissent notre corps. Le Dieu Celte Lugh avait, dit-on, ordonné une fête commémorative en l'honneur de sa mère bien-aimée Tailtiu au début de la saison des moissons, et c'est de la que vient l'origine d'un autre nom donné à cette période, d'origine Celte "Lughnasadh". Période où on organise des jeux et compétitions. Peut-être l'origine des jeux Olympiques qui avaient lieu tous les 4 ans entre le 6 Août et le 19 septembre?
 
      Saturne Dieu de l'Agriculture, Dieu de l'agriculture, des moissons et de l'orge en particulier.
      Dans mythologie romaine, sa femme était la déesse Ops, dont le nom signifie "abondance"; elle était associée à Céres.
 
 
 
    Les Déesses de moissons, Céres qui a donné son nom au mot céréale.
    Démeter qui signifie "mère de l'orge" ou Ge meter "mère terre"; Démeter est une triple Déesse, dont les autres aspects sont Perséphone (le jeune fille) - et la Déesse Hécate, déesse de la Lune (vieille femme). Hécate était célébrée le 13 août à Rome et le 29 août à en Grèce. La Déesse Hécate, était invoquée pour la protection des céréales.
 
 
 
Fête des moissons, fête de la Vierge. On représente souvent la Vierge avec un épi de blé à la main, symbolisme associé à l'astrologie de la Mésopotamie antique.
 

 
      La constellation de la vierge, a une étoile qui est "spica" l'épi.
 
     Cérémonies des gerbes de blé : La dernière gerbe de chaque champ était laissée sur pied, tandis qu'on moissonnait le reste. Cette gerbe était ensuite brûlée et ses cendres répandues sur les champs.  Ou bien on en faisait des poupées, qu'on enterrait ou brûlait en offrande ou encore on les conservait jusqu'au printemps suivant afin d'assurer la fertilité de la terre.
 
     La première gerbe de blé, était au cente de certaines festivités celtes des "premiers fruits". On se levait tôt au matin du 15 août, la fête de l'Assomption de la Vierge, pour récolter les premières céréales mûres et en faire un pain de cérémonie.
 
     Foire de nos campagnes :
 

 
     Une étymologie possible du mot "Lugh" est le mot celte "lugio", "serment". Lors des foires du mois d'août jusqu'à la St Michel, les jeunes couples acceptaient un mariage à l'essai, qui durait 1 an et 1 jour. Si à la fin de cette période, le couple ne trouvait pas leur partenaire à leur goût, ils étaient libres de se séparer. Dans de nombreux endroits en Europe, les foires de nos campagnes avaient lieu juste après les moissons, pour former des couples et pour embaucher des travailleurs. Les laboureurs étaient engagés pour la saison à venir ; on discutait des arrangements financiers.
 
 
     N'hésitez pas à aller à ces foires, fêtes des moissons et toutes festivités de vos vacances, vous les verrez avec un oeil nouveau, et vous en comprendrez mieux les origines et le symbolisme.
 
      En attendant de nous retrouver à la rentrée, pour un super programme sur les mythes et légendes, sur le symbolisme, autour du cercle des femmes sacrées, ou bien lors des sessions sur les Etats Modifiés de Conscience etc....."
 
 

 
Patricia
(Cabinet de Groupe, Paris)



Août :Le Triomphe de Céres,
par Tura Cosmè,XVe siècle.





Par Régor
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Lundi 10 août 2009

La Légende d’Orphée



Tableau de Corot.



            De sa lyre, il  charmait les animaux sauvages et parvenait à émouvoir les êtres inanimés. Comblé de dons multiples par Apollon, il rajouta deux cordes à la lyre à sept cordes que lui donna le dieu, en hommage aux neuf Muses, protectrices des arts et des lettres, auxquelles appartenait sa mère.
            Héros, il participa à l'expédition des Argonautes. Sa compagne, Eurydice, lors de son mariage avec Orphée, fut mordue au mollet par un serpent. Elle mourut et descendit aux Enfers. Orphée put, après avoir endormi de sa musique enchanteresse Cerbère, le monstrueux chien à trois têtes qui en gardait l'entrée, et les terribles Euménides, approcher le dieu
 Hadès. Il parvint, grâce à sa musique, à le faire fléchir, et celui-ci le laissa repartir avec sa bien-aimée à la condition qu'elle le suivrait et qu'il ne se retournerait ni ne lui parlerait tant qu'ils ne seraient pas revenus tous deux dans le monde des vivants. Mais au moment de sortir des Enfers, Orphée, inquiet de son silence, ne put s'empêcher de se retourner vers Eurydice et celle-ci lui fut retirée définitivement.

 



Tableau de Cervelli, Orphée et Eurydice.


"Orphée…"

 

           "Ton nom en dit déjà long sur qui tu es. Dans le langage des oiseaux, tu serais la lumière de l’or et la magie subtile de la fée…

Homère et Hésiode narrent à demi-ton dans leurs récits l’énigme de la Toison d’or à laquelle s’agrège ton image. De Jason le compagnon d’armes ou de lyre, devrait-on dire, tu sus déjà sous le soleil de la mer ionienne et de la mer Egée faire vibrer la corde de ton Art.

           Les rochers des Symplégades* reculèrent au son de ta voix, et la mélopée  tentatrice du chant des Sirènes se brisa sur les cordes de ta lyre… Tu sauvas les marins d’un funeste destin et permit à Jason de vaincre le monstre chtonien qui gardait la Toison. Oui, c’est sous l’effluve de ton chant que le héros se surpassa…

            Et loin de tout repère temporel, ton nom s’élève dans les nues dès lors que la musique protège le monde de son insigne ignorance… Orphée « le ténébreux », Orphée « le lumineux », quel mystère accole à ton aura une couronne d’épines et de fleurs ? Dans  l’imaginaire de l’Artiste qui crée le monde quand il le rêve, tu es un être double : sur ton front se condensent  la lumière d’Apollon et la sombre démesure de Dionysos.

           L’Orphée solitaire nourri du son cosmique devient l’Orphée des passions et des affres humaines. Sur la pointe de ton art se nouent l’incomparable beauté et la vertigineuse plongée dans les abîmes. Et si se rallient à toi les rochers, les arbres et les tigres, l’éternel Féminin n’en demeure pas moins proche. Ta musique est un charme, un onguent, un sortilège peut-être… Sur tes traits se lit le reflet d’une onde insondable. Qui es-tu ?

             N’est-ce point l’Innocence qui te porte et transfigure ton sourire et ta voix ? Car enfin, plus qu’un dieu ou demi-dieu, n’es-tu pas épiphanie d’une Image qui se dissout si tôt créée, et laisse dans son sillon un son ineffable ? C’est ta présence qui fait vibrer le caillou, la plante, l’animal et l’Homme dans la perfection de sa forme. Ta Geste ne s’apparente guère à l’habileté du démiurge. Tu es la musique de la Terre avec ses accents primitifs parce qu’en toi rayonne l’harmonie céleste. Orphée le double, Orphée l’indéfini…

            Et si l’éternelle Eurydice subit la morsure du serpent, est-ce le fait de ta négligence ou prétexte à la transcendance ? Es-tu la cause de l’appétence d’un berger ou es-tu tout entier voué à la Musique des sphères ?

             Qui a affronté les dangers aux côtés des Argonautes ne craint guère Cerbère, Pluton et Proserpine ! Et dans ton cortège de folle joie, dans ton cortège sylvestre et solaire, tu descends visiter l’Ombre confiant, parce que tu aimes la musique à travers l’aimée ; tu affrontes le gardien des Enfers et le couple infernal des Ténèbres avec un cœur magnanime, parce que tu habites la douceur inaliénable de la musique…

Si tu te retournes sur l’éternelle amante, ce n’est point par impatience, perversion ou faiblesse d’esprit. Non ! Tu fais volte face parce qu’Eurydice est devant toi, parce qu’Eurydice est devenue en toi musique… Et l’égérie d’une respiration ne saurait survivre à cette mort prématurée du corps. C’est dans les veines et le sang de tes accords qu’elle devient immortelle ! Et c’est l’Harmonie, la Mélodie, le Rythme universels qui, dans les traits impassibles du sacrifice annoncent ta propre mort pour que vive la musique.

             Et tu poursuis égal ta route étoilée sous la menace des Ménades… Que valent tes membres et ton sang sous la colère aveugle et les dents acérées de la Furie avide de bruit ? Tu le sais ! Ta tête décapitée et ta lyre sur le fleuve sont l’essence de ton chant. Et dans l’offrande consentie, ta lumière se fait chair et ton souffle substance. Tu es le son pur, et on ne saurait déchiqueter la Musique éternelle.

              C’est ce que tu nous murmures, Orphée, par-delà le temps et l’espace.


                                                                                        Olivier Walter

                         Consultant en Sciences Humaines ; professeur de Yoga ; écrivain.


Texte publié dans le cadre du Festival d'Art Lyrique d'Aix-en-Provence
et de son Académie européenne de Musique.
Les éditions Actes Sud ont publié à 10000 exemplaires en juin dernier
de ce livre carnet sur le thème d’Orphée.


* Ces rochers vivants gardent l'entrée du Bosphore et écrasent tous les navires qui tentent de passer.
 Les dieux les "pétrifièrent" pour de bon lors du passage de l'Argo.

 

Tableau de William Blake : Cerbère
.



Par Régor
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