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25 avril 2009 6 25 /04 /avril /2009 16:56

Les Vierges  des peintres flamands

donnent volontiers le sein à l'enfant Jésus !



Tableau de Hans Baldung,
XVIe siècle, Staatliche Museen zu Berlin.


















Tableau de Rogier Van Der Weyden,
XVème siècle, Berlin , Gemäldegalerie (Kulturforul Posdamer Platz).

La Vierge Marie, dont le culte a été développé par saint Bernard de Clairvaux, devient une simple mère allaitant un bébé,
modèle d'une maternité
purement humaine,
alors que la Vierge Noire
tient dans ses bras
un enfant adulte, figurant ainsi
la Mère divine, la Nature naturante,
créant le monde.



Tableau de Rogier Van Der Weyden,
XVème siècle, Berlin , Gemäldegalerie (Kulturforul Posdamer Platz)
Foto : Jörg P. Anders.



Tableau de P. P. Rubens,
XVème siècle, Berlin , Gemäldegalerie (Kulturforul Posdamer Platz)
Foto : Jörg P. Anders.

Saint François d'Assise,
en "inventant" la crèche de Noël,
contribue à répandre cette image de la maternité de la Vierge Marie.


Fresque montrant saint François en adoration devant l'enfant Jésus.


Détail.



Tableau exposé dans le monastère du Padre Pio,
à San Giovanni Rotondo, Pouilles italiennes.


Voir le Conte de "La grotte du lait" :
http://fontaine-jouvence.over-blog.com/article-26129883.html

















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25 avril 2009 6 25 /04 /avril /2009 15:24

A Berlin, au Bode Museum,
on peut voir un triptyque néerlandais de 1475
de Pieter Van de Woestijne.

Sur le panneau droit se trouve une sainte issue de l'ours

qui conseille une religieuse.


Tryptique du Néerlandais Pieter Van De Woestijne, 1475.


D'après l'étymologie, Ursule est le diminutif en latin de
urs
signifiant "ours" et voudrait donc dire "petite ourse" :
s'agit-il d'une allusion à la constellation de l'ourse,
et donc à l'étoile polaire ?

 
La légende de Jacques de Voragines, du XIIIème siècle n'en parle pas.
D'après lui : "il s'agirait d'une princesse bretonne des Cornouailles du IIIème siècle 
(ou du IVème) qui aurait accompli, pour convertir son prétendant (ou le fuir),
un pèlerinage auprès du pape Cyriaque à Rome.
À son retour, elle aurait été capturée par les Huns
et aurait refusé d'épouser leur chef Attila, et donc d'abjurer sa foi.
Elle est massacrée, criblée de flèches par les Huns."
Les reliques de Cologne sont très vraisemblablement
des reliques de chrétiens martyrisés par les Romains. (d'après Wikipedia)  
     
Nulle part, il n'est question d'un ours dans les récits connus !

Mais, sur cette peinture, la robe de la sainte

dépasse là aussi de la gueule de l'animal,

comme pour sainte Marguerite "issourd" du Dragon.


&&&

SAINTE MARGUERITE ISSUE DU DRAGON


  
 

              Sainte Marine d'Antioche, que les Latins appelèrent saint Marguerite, fut martyrisée sous le règne de Dioclétien, au IIIe siècle.

          C'est à la fin du Moyen Âge que son culte devint très populaire et que sa légende s'embellit de nouveaux détails. Marguerite aurait été jetée dans une fosse avec le dragon qui l'engloutit toute vive. Mais par la vertu de la petite croix qu'elle tenait dans la main, le dos du dragon creva et elle sortit indemne.

 

 

Sainte Marguerite "issourd" du Dragon.

Manuscrit de la Bibliothèque nationale.

En couverture du livre

La Vouivre, un symbole universel,

Editions EDIRU.

  

       Elle attacha alors le dragon avec sa ceinture. Elle était priée par les femmes enceintes et s'occupait plus spécialement des femmes en couches.


        Lors des anciennes initiations qui avaient lieu dans les grottes, les cryptes, les lieux souterrains, l'initiable était en quelque sorte dévoré par la Vouivre du lieu, l'Energie de la Terre Mère, symbolisée par l'Ogre (voir Longpont-sur-Orge LA VIERGE NOIRE DE LONGPONT-SUR-ORGE), le Dragon-Vouivre, et donc aussi l'ours gris des cavernes ; il en acquérait la maîtrise et en ressortait transformé, comme Jonas après avoir passé trois jours dans le ventre de la baleine.
      Cette maîtrise signifiait également la guérison des maladies de l'ego individuel qui retrouvait le "Lien" avec "la Source Originelle" de la Vie.

"Les formes humanisées du 4e Règne [individualisées]
- portent en elles       l'instinct des animaux
- elles ont pour elles 
l'Intuitif des humains
- et déjà avec elles    
l'Emotionnel Divin."

Platon le Karuna, Le Livre Précieux de la Vie et de la Mort,

Ed. de la Promesse, 2006, p. 81.

voir  SAINTE MARGUERITE ET LA MAITRISE DU DRAGON

L'OURS A LA FOIS CHRISTIANISE ET DIABOLISE

LE PAPE ET L'OURS

LE CULTE DE L'OURS DANS LA PREHISTOIRE

      &&&

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25 avril 2009 6 25 /04 /avril /2009 08:26

Dans la ville de Berlin, l'ours est omniprésent,

mais on ne peut même plus parler d'un animal totémique de cette ville

tant il n'a plus rien à voir avec le chamanisme,

ni avec le culte ancestral de l'ours en Europe !


         Le nom de Berlin provient du vieux slave berl signifiant "marais" avec le suffixe locatif -in. Et en effet la ville a dû être construite sur des marécages.

         "Berlin" ne proviendrait pas de l’allemand Bär, signifiant "ours", mais néanmoins, par homophonie plus que par étymologie, l'ours est devenu le symbole de la ville et trône en bonne place sur son écu.


 


L'ours est omniprésent, dans les kiosques,

devant les devantures, dans les lieux publics...
























mais quelle signification peut-il prendre ?

L'OURS, ANIMAL TOTEMIQUE DE SAINT VAAST... ET DU PAPE

LE CULTE DE L'OURS DANS LA PREHISTOIRE

LES FÊTES DE L'OURS

L'OURS A LA FOIS CHRISTIANISE ET DIABOLISE

LE PAPE ET L'OURS




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16 avril 2009 4 16 /04 /avril /2009 10:14

Le Déluge selon la Bible

 

 

 

             Ah ! Le Déluge ! Celui de Noé n’est en rien le premier ! Déjà le Poème du Supersage le précède, en Mésopotamie, dans La Légende de Ziusudra, dix-sept siècles avant Jésus-Christ ! L’Epopée de Gilgamesh, qui le reprend cinq siècles plus tard, raconte qu’un sage fut invité par le dieu Enki à construire un navire pour échapper au déluge décidé par l’assemblée des dieux.

 


Tablette du Déluge
.

 

             L’Arche de Noé aurait été une grande barge sans mât, d'environ 137 mètres de long, 26 mètres de large et 16 mètres de haut. Noé y engrangea des vivres, y fait monter sa femme, trois de ses fils avec leurs épouses et des couples de chaque espèce animale vivant sur terre.

 


Construction de l’Arche.
Peinture anonyme, 1675.

 

 

            Yahvé lui dit :

                     « Viens, toi et toute la maison, vers la caisse.

                     Oui, je t’ai vu, toi, un juste face à moi, en ce cycle.

                     Tu prendras pour toi de toute bête pure, sept par sept,

                     Un homme et sa femme,

                    et de toute bête non pure, deux, un homme et sa femme.

                    Des volatiles des ciels aussi, sept par sept, mâle et femelle

                     pour vivifier une semence sur les faces de la terre.

                    Oui, dans sept jours encore, et moi-même

                    je fais pleuvoir sur la terre quarante jours et quarante nuits.

                    J’efface toute existence que j’ai faite sur les faces de la glèbe. » (Genèse 7, 1-4)

 


Embarquement.
Tableau de Edward Hicks.

 

             L’Arche terminée, l’embarquement s’accomplit, mais un animal fut peut-être oublié qui manqua terriblement aux humains ! Lequel ? La Licorne est très rarement représentée dans l’Arche ; elle l’est pourtant sur un vitrail de l’église Saint-Etienne-du-Mont à Paris. Or, la Licorne symbolise traditionnellement l’Esprit.

 


 

             La Licorne dans l'arche, avec les autres animaux : L'ARCHE ET LA LICORNE
Vitrail de l'église saint-Etienne-du-Mont, Paris


 Les écluses du ciel s'ouvrent.


Le déluge par Michel-Ange.

  

   Seuls Noé et les siens survivent ; les eaux refluent durant quarante jours et l’Arche, la caisse,
vient s’échouer sur le Mont Ararat, volcan de basalte noir,
point culminant actuel de la Turquie (5137 m.), et symbole de l’identité arménienne.
Les descendants de Noé n’ont pas manqué de diviser la terre en frontières
symbolisant leur complète incompréhension de l’unité humaine. 
        

 

 


Mont Ararat vu du monastère de Khor-Virap.
 


             Choisi par Noé à cause de sa perspicacité, le corbeau fut envoyé en éclaireur ; il vola au-dessus des eaux du déluge mais revint sans avoir vu la terre. La colombe, envoyée à son tour, ne revint que le septième jour avec « une feuille fraîche d’olivier dans son bec ». C’est encore un sept bien symbolique dont il s’agit  (1)
, tout comme les quarante jours !

 


Le lâcher de la colombe.

Gustave Doré.

 

            Yahvé dit alors à Noé :

                      « Sors de la caisse, toi, ta femme, tes fils,

                      les femmes de tes fils avec toi,

                      tout vivant qui est avec toi, toute chair, volatile, bête,

                      tout reptile rampant sur la terre, fais-les sortir avec toi.

                      Qu’ils foisonnent sur la terre, qu’ils fructifient,

                      et se multiplient sur la terre. » (Genèse 8, 16-17)

 

 

            Après le Déluge, Noé parcourut les océans. Après avoir déposé Cham et sa femme sur la côte africaine pour qu’ils repeuplent l’Ethiopie, il remonta en Méditerranée vers Valence, lorsque la tempête le fit échouer sur l’île des Dragons actuellement au large du port de pêche de Sant Elm dans l’île de Majorque. Il laissa là en reconnaissance son fils Japhet avec sa femme Onera. Leurs enfants jouèrent avec les petits sauriens qui sortaient des œufs pondus sur ses plages, d’où le nom de Drag-Onera attribué à cette petite île ! Vue du ciel, cette île a la forme d’une tête de Dragon.  

 
 


 Île de Dragonera. Majorque, Espagne. 

 

              L’arc-en-ciel fut donné en signe d’alliance entre le ciel et la terre pour un nouveau cycle, symbole que l’on retrouve partout actuellement chez ceux qui œuvrent pour la paix et contre toutes les formes de discrimination.

             Légende, cette histoire de déluge, prétendent les historiens, en prenant ce mot en négatif ! Des traces d’un déluge remontant à plus de 2000 ans avant J.-C. sont rapportées et, dans leurs écrits anciens, les Iraniens appellent les Montagnes d’Ararat « Khouhi-Noukh », la Montagne de Noé. Epiphane de Salamine, en 400 av. J.-C., écrit : « Aujourd’hui encore, on montre les restes de l’Arche de Noé dans le pays des Kurdes ». Beaucoup d’auteurs anciens témoignent du fait que l’on voyait encore les restes de l’Arche 2 à 300 ans avant notre ère et que les habitants de la région du Caucase « grattaient le revêtement de bitume de l’Arche de Noé qu’ils avaient retrouvée pour s’en faire des contrepoisons et des talismans (2) ». Les sources hébraïques, la traduction araméenne de la Bible, la mémoire orale des peuples du Caucase, les récits des voyageurs depuis le XIIe siècle, de nombreux écrits de moines, de théologiens, d’évêques, de rois témoignent de l’existence d’une Arche que l’on pouvait apercevoir lors des fontes des neiges. Sans compter tous les récits des explorateurs des XIXe et XXesiècles et des aviateurs des deux guerres mondiales. En 1955, au péril de sa vie, l’alpiniste Navarra découvre finalement des morceaux de poutres en bois sculpté. Il procède à plusieurs analyses scientifiques au carbone 14 dans différents laboratoires européens, qui les datent de 3000 à 5000 ans, précisément l’époque du Déluge selon la science et selon la Bible. Il publia un compte-rendu de ses premières découvertes dans un volume intitulé « J’ai touché l’Arche de Noé » paru en 1956.

             Sur ce sujet, la Transmission de père en fils, constante et sans faille au sein du peuple juif, est donc confirmée par maints témoignages (3).

 


Photographie de 1949 :

Est-ce les débris de l’Arche qui paraissent en sombre ?

&&&

Le Déluge dans la mythologie grecque
 

 

 

            Mais les récits de déluges sont fort nombreux. Semblablement, les Grecs content que Deucalion, fils de Prométhée, et sa femme Pyrrha, furent les deux seuls justes qui échappèrent au déluge lorsque Zeus décida de détruire les hommes de l’âge du bronze. Pendant neuf jours et neuf nuits, leur arche vogua sur les eaux du déluge. C’est en jetant des pierres par-dessus leurs épaules, sur l’ordre de Zeus, qu’ils repeuplèrent la terre. De celles jetées par Deucalion naquirent des hommes et de celles jetées par Pyrrha naquirent des femmes.

 

 


Deucalion et le déluge.


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Le Déluge dans la Perse de Zoroastre
 
 

 

 

               Dans la Perse de Zoroastre, le déluge fut de glace. Yima (Jamshid) est le premier mortel à converser avec le dieu créateur Ahura Mazda. Il règne durant mille huit cents ans et le monde semble parfait, mais le créateur prévient Yima d'une catastrophe imminente: « O Juste Yima, fils de Vivaŋhat ! Sur le monde matériel sont près de tomber les mauvais hivers, qui amèneront le féroce et mortel froid ; sur le monde matériel s'abattront les mauvais hivers, qui feront tomber la neige à gros flocons, et même d'un arədvi d'épaisseur sur les plus hauts sommets des montagnes. (4) »

             L’époque glaciaire annoncée va être un temps de destruction. Ahura Mazda conseille à Yima de construire un enclos dans une immense caverne enterrée à plusieurs niveaux et de la fournir en eau et vivres récoltés l'été précédent. Il devra la peupler des hommes et des femmes les plus résistants, ainsi que d’un mâle et d’une femelle de chaque animal, oiseau et plante. Yima y amène environ 2000 hommes.

             Plus tardivement, au Xesiècle, Ferdowsi, dans son Livre des Rois, conte que Yima, Jamshid en persan, était le quatrième roi du monde ; il installa l’âge d’or en Perse. Ayant atteint à l’immortalité, il commandait aux anges et aux démons du monde et était à la fois roi et grand prêtre de Hormozd (Ahura Mazda en moyen persan). Aux hommes vêtus de peaux de bêtes, il apprit la fabrication des armes et des armures, le tissage et la teinture de la laine, de la soie et du chanvre, la construction de maisons de briques, la recherche des joyaux et des métaux précieux, la fabrication des parfums et la navigation (5). Il organisa la société en castes sur le modèle traditionnel : les prêtres, qui s'occupaient de la vénération du Dieu ; les guerriers, qui protégeaient les gens par le pouvoir de leurs armes ; les fermiers, qui faisaient pousser le grain nourrissant le peuple ; les artisans, qui produisaient des biens pour faciliter la vie des gens.

              Pendant son règne, la longévité augmenta, les maladies furent bannies et la paix et la prospérité régnèrent. Mais Jamshid commença à oublier que tous les bienfaits de son règne venaient de Dieu. Il se vanta auprès de son peuple pour dire que toutes les bonnes choses venaient de lui seul, et demanda à ce qu'on lui accorde des honneurs divins, comme s'il était le créateur. A partir de ce moment le peuple commença à se rebeller contre lui. Jamshid se repentit, mais sa gloire ne lui revint jamais. Il fut tué par un vassal et l'humanité redescendit des hauteurs de la civilisation pour rentrer dans un âge sombre.

             A la même époque, le sunnite Tabarî évoque Jamshid dans La Chronique, histoire des prophètes et des Rois[1]. A la question : « Quel fut le premier homme qui introduisit le culte des idoles ? », Mahomet aurait répondu :

             « Le culte des idoles vint du roi Djemschîd. La cause de cela fut que Djemschîd était ce roi qui s'était emparé de la souveraineté de tout l'univers. Or Djem signifie, en langue persane, une chose que rien ne surpasse en beauté. Partout où Djemschîd allait, l'éclat qui sortait de sa personne se réfléchissait sur les portes et sur les murailles. Il posséda l'empire pendant mille ans, et pendant ces mille ans il ne fut pas un seul instant incommodé ou malade (6) » Mais Iblis vient le tenter en se faisant passer pour un ange ; il lui dit qu'il est le Dieu de la terre et du ciel et lui donne pour preuve :

             « Tu me vois, bien qu'aucune créature ne puisse voir un ange

              Voilà que depuis mille ans tu n'as pas eu de maladie et tu n'as jamais été vaincu »

               Jamshid demande à Iblis de lui donner le moyen d'aller au ciel. Iblis lui dit de faire un grand feu, de convoquer la population et de leur dire :

               « Je suis Dieu ; quiconque se prosternera devant moi et m'adorera pourra se retirer ; et quiconque ne voudra pas le faire, je le brûlerai dans ce feu. »

               Leur idolâtrie valut aux hommes le châtiment du Déluge de glace.

 

               Mais, fait surprenant, l’Arche de glace est à nouveau d’actualité ! A contre-sens puisque, actuellement, la Terre se réchauffe et que les glaces polaires fondent ! Certains pourtant ont construit une arche de Noé verte pour les graines menacées par les guerres, les tempêtes et la misère qui en découle ! Dans le permafrost norvégien, les sols perpétuellement gelés des zones arctiques du Spitzberg, dans un endroit montagneux, des chambres froides situées à l’extrémité d’un tunnel de 10 m. de long abritent 4,5 millions de graines issues des cultures vivrières de la planète (riz et blé, entre autres) maintenues à –18°C. pour plusieurs milliers d’années. Il s’agit d’assurer la diversité végétale présente à la surface du globe, de « sauvegarder les semences du monde » ! L’arche norvégienne abriterait les doubles des semences conservées dans les quelque 1400 banques de gènes réparties à travers la planète. Mais voilà ! La fonte des glaces arctiques peut réduire cette entreprise à néant, malgré l’altitude. Cette Arche a été financée entièrement par le gouvernement norvégien pour 9 millions de dollars. Cet argent est celui du pétrole ; et c’est encore prendre toutes les choses à l’envers ! Ceux qui entretiennent la contre-nature veulent solutionner les problèmes qu’elle produit.

                 La survie de graines pour une durée de plusieurs milliers d’années est aléatoire. Les évolutions génétiques des lots mis au congélateur sont mal connues au-delà d’une centaine d´années. Que deviennent alors les espèces à multiplication végétative comme les arbres fruitiers, le café ou le cacao qui ne résistent pas au froid ? Mais qu’en est-il de la survie de l’espèce humaine elle-même ? Le mental humain ne peut trouver de solutions par lui-même sans s’être connecté au Pôle créateur. Vanité encore des savants de l’Occident de la vie…

 



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Le Déluge dans la mythologie chinoise


              Dans la mythologie chinoise, la déesse Niu-Koua ou Nuwa, représentée en femme à queue de serpent, créa l'humanité à partir de l’argile, après le déluge. Elle fut l’épouse de Fou-hi, inventeur des huit trigrammes primitifs du Yi King et héros civilisateur, lui-même homme à queue de serpent. Elle apprit aux hommes l’amour et le mariage. La queue de serpent, attribut de notre Mélusine, symbolise une origine non humaine et le pouvoir de changer de forme entre autres possibilités.



.


 Représentation de Fou-hi,

inventeur des huit trigrammes primitif du Yi King,
et sa sœur-épouse Niu-Koua qui créa les hommes après le Déluge,
tua le monstre-dragon Kong-Kong et répara le ciel ébranlé.
Composition de J. Buhot
exécutée d’après un bas-relief de l’époque Han (Chine).



              Niu-Koua tua le monstre-Dragon Kong-Kong ou Gonggong qui avait ébranlé les colonnes du ciel et provoqué le jaillissement des eaux depuis les profondeurs de la terre, submergeant les terres. Niu-Koua répara la voûte céleste pour mettre fin aux calamités et sauver l’humanité (7).

 


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La récurrence des déluges


             Ainsi de manière récurrente, les âges d’or dégénèrent et, en chaque fin de cycle,
la destruction fait son œuvre tandis que les humains survivants repeuplent les régions dévastées.

 

 

             Mais pourquoi, chez les humains, ces sempiternelles dégradations qui transforment le possible paradis terrestre en enfer ? Il arrive toujours un temps où ceux-ci se coupent progressivement de la Source de Vie, de l’Esprit qu’ils renient au profit de leurs obsessions mentales, jusqu’à rompre un lien vital. La Licorne symbolise cet Esprit qui imprègne toute matière vivante et, sans celui-ci, elle se mortalise !

            Noé a jadis rassemblé tous les animaux de la Terre sur l’Arche, comme tout un chacun se doit de rassembler en lui tous ses animaux. Mais surtout n’oubliez pas la Licorne ! Tous les malheurs des humains depuis les siècles qui suivent l’instant où la Colombe, Ionas, revint vers l’Arche avec le rameau d’olivier, viennent de cet oubli terrible. Le rameau d’olivier n’apportera la paix que lorsque les humains auront retrouvé en eux la Licorne…

            Tous les animaux, comme les végétaux et les minéraux, dès lors qu’ils ne sont pas voués par l’homme à une exploitation éhontée, à la destruction stérile, suivent les lois de la nature qui sont les leurs en grande justesse. Attention ! Ne l’avez-vous pas constaté ? Les animaux domestiqués, enfermés dans des zoos, élevés comme bétail, deviennent aussi « bêtes » que l’homme qui vit dans la conscience séparative ! Ils se mettent à ressembler à leur maître et ne peuvent plus retourner à la vie naturelle que l’on dit sauvage, comme longtemps furent appelés les peuples dits encore primitifs. Abandonnés par l’homme, ces animaux domestiqués deviennent des animaux dénaturés. Que d’associations pour la protection des animaux portent le nom d’Arche !

             Comment l’Homme ferait-il retour à l’Ange qu’il fut avant le début des temps terrestres, s’il oublie la Licorne ? C’est elle qui en plongeant sa corne torsadée par trois dans les sources empoisonnées par la bêtise humaine, peut leur redonner vie. Elle est le seul remède aux multiples pollutions de la mer, de la terre et de chacun des humains malades dans leur esprit, dans leur âme et dans leur corps.

           Seule la Licorne, l’Esprit induit dans la Matière, peut permettre d’accéder à la conscience toute consciente et de retrouver ainsi l’Eden, le Royaume, la Vie pour la Vie et non plus pour la mort (8).

 

           Qui saura voir que Vishnu chez les Hindous, Ahura Mazda chez les Perses, Yahvé chez les Hébreux, Zeus chez les Grecs, Dieu, le Père de Jésus-Christ chez les  chrétiens, Allah chez les musulmans etc. sont les personnalisations, souvent maladroites, de l’Unique Source de Vie qui crée la multitude des univers et qui, chaque fois que cela est nécessaire, prévient les humains par différents signes qu’ils courent un péril mortel. Les images se succèdent en s’épurant, chacune mettant en avant les facettes d’une compréhension encore balbutiante, mais qui cependant s’affine au cours des âges.

             Tous les humains sont encore bien loin de suivre le sage précepte de Hans Jonas, le bien nommé gnostique allemand, qui s’est fait le chantre d’une "responsabilité" qui interdirait à l'homme d'entreprendre aucune action qui pourrait mettre en danger soit l'existence des générations futures, soit la qualité de l'existence future sur terre. La destruction actuelle ne concerne pas que les cétacés ! Elle empire d’année en année à cause de la surdité de tous les pouvoirs, qu’ils soient politiques ou religieux.

 

           

            La destruction actuellement en marche est telle que ses conséquences irrémédiables causent de grandes souffrances. Ce que dit jadis Yahvé à Noé, selon ce qui est rapporté dans la Genèse, ne pourrait-il pas être repris actuellement ?

                        « Le terme de toute chair est venu en face de moi :

                        oui, la terre est pleine de violence face à eux.

                        Me voici, je les détruis avec la terre. » (6, 13)

 

                        « Et moi, me voici, je fais venir le déluge, les eaux sur la terre,

                        pour détruire toute chair ayant souffle de vie sous les ciels.

                        Tout ce qui est sur terre agonisera. » (6, 17)

 

             Grand temps est-il de faire, comme le firent jadis les habitants de Ninive à la voix de Jonas, le « retournement » qui s’impose !

 

 

 


1 Voir notre livre La Métaphysique des Chiffres. Tous les Chiffres ne disent qu’Unité, auto-édition, 1998.

Bérose, prêtre chaldéen et astrologue, IIIe siècle av.  J.-C. ; il publia une Histoire de Babylone appelée également Chaldaika ou Histoire de la Chaldée entre290 et 278, pour le compte du roi Antiochus 1er, dans laquelle il remontait jusqu'à la naissance du monde et parlait d'un déluge universel.

D’après Meïr ben David Tangi, Hébraica, la mémoire du peuple juif sur Internet, http://www.col.fr/article-720.html

Max Müller, Sacred Books of the East (Livres sacrés de l'Orient), traduction du Vendidad de James Darmestete, édition américaine de 1898.

D'après Abū-I-Qāsim-Mansūr ibn Hasan al-Tūsī (Ferdowsi), Shâh Nâmâ (Livre des Rois).

Tabari, La Chronique, histoire des prophètes et des rois, (trad. Hermann Zotenberg), vol. I, Actes-Sud, coll. « Sindbad ».

7 L’Asie. Mythes et Traditions, Direction André Akoun, Brepols.

8 Voir : Emmanuel-Yves Monin, La Dame à la Licorne et au Lion, Pièce de théâtre. Voir également le conte « La disparition de la Licorne » (Contes qui coulent de Source, op. cit.).  

 



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15 avril 2009 3 15 /04 /avril /2009 16:38

Le Signe de Jonas et la fin des temps

 

I - La Baleine, le “Grand Poisson”

II - Le culte de la Baleine

 

III - L’ère du Poisson



  

 « Oui, comme Iona a été dans le ventre du poisson trois jours et trois nuits, ainsi le fils de l’homme sera au cœur de la terre trois jours et trois nuits.

Les hommes de Ninive se lèveront au jugement avec cet âge. Et ils le condamneront, parce qu’ils ont fait retour après le message Iona. Et voici, plus que Iona est ici !… »          (Evangile de Matthieu. 11, 40-42)

 

 

 

            Au cours d’un cycle, les âges se succèdent et, au cours de ces âges, les ères. Pour les religions patriarcales, le prophète de l’Ere du Poisson qui précède celle du Verseau en devenir, est justement le Christ pour ceux qui se réclament de son enseignement. Ses premiers disciples sont des pêcheurs, et les Evangiles rapportent l’épisode de la pêche miraculeuse. Les apôtres pêchent sur le lac de Tibériade ; ils ne prennent rien dans leur filets depuis de longues heures et sont découragés. Iéshoua‘ (Jésus) est à bord d’une barque ; il leur indique alors un endroit où jeter les filets et ceux-ci remontent, pleins à ras bord.

            Après sa Résurrection, Rabi Iéshoua‘ prépare un repas pour ses disciples sur les bords du lac de Tibériade pendant qu’ils sont au large à jeter leurs filets. Sur un feu de braise, il leur apprête du poisson. Il fait d’eux des « pêcheurs d’hommes » au service du Royaume.

             Déjà, lors des multiplications des pains, il avait multiplié et fait distribuer aussi des poissons aux foules affamées.

             Pour désigner les poissons de la pêche miraculeuse, les Grecs eurent recours au mot ichtys qui fut repris par la tradition chrétienne comme signe et symbole du Christ. 

              Très tôt le poisson deviendra donc un symbole majeur du christianisme primitif. Dans la basilique byzantine de Bethléem, une mosaïque de la période constantinienne porte l’inscription grecque Ichtys. De nombreuses lampes à huile byzantines sont décorées avec le symbole du poisson. Qui voit encore que les mitres des évêques ont la forme d’une tête de poisson ? Une découverte significative a été faite il y a peu en Italie, celle d’un « ornement pontifical décoré de figures brodées qui enveloppait les restes d’un évêque lombard du VIII e siècle, et sur lequel on voit une barque portée par un poisson, image du Christ soutenant l’Eglise (1) ». Le poisson, Ichtios en grec, symbolise le Christ , anagramme qu’il est de « Iesous Christos Theou Yios (ou Uios) Sôter » : « Jésus-Christ Fils de Dieu Sauveur ».

 


Christ-Poisson.
Musée de Metz.

            Dans l’Islam, de nombreux récits mettent en scène le poisson
qui révèle à l’un ou l’autre des prophètes la Source de l’Eau de Vie.
C’est ainsi que Khezr, l’initiateur de tant de Soufis, et aussi de Moïse d’après le Coran,
partit avec le prophète Elie en quête de cette Eau ;
« ils découvrirent une source
et s’installèrent sur le bord pour manger le pain et le poisson salé
qu’ils portaient dans leur sac. Un geste maladroit !
Le poisson sec tomba dans l’eau. L’un des deux - mais lequel ? - descendit dans la source
et « quand le poisson fut dans sa main, il était vivant (2)
 » !

          Ils burent alors de cette eau de Vie. Quelle merveille ! L’eau avait rendu vivant le poisson mort !

 

 


 
Khezr et Elie à la Source de la Vie.

Miniature persane, école de Hérat, seconde moitié du Xe siècle,

Persian Miniatuez « Painting », Oxford, 1933, pl. LXI.
Voir sur http://fontaine-jouvence.over-blog.com/ LA QUÊTE DE L’EAU DE LA VIE 
  KHEZR ET ELIE EN QUÊTE DE L'EAU DE VIE


            Mieux encore, la merveille des merveilles, « le poisson mort avait montré la voie vers la source de vie (3) » qui était là mais qu’ils ne voyaient pas ! C’est la Matière la plus anodine qui guide le plus souvent même les plus subtils et les plus clairvoyants. « L’Esprit et la Matière sont une seule et même chose à des degrés de cristallisation différents (4) ». Tout est vivant, même la matière dite morte est porteuse humblement de lumière ; voilà pourquoi il est constamment rappelé d’assumer la Matière, d’incarner et non pas de s’évader dans un spirituel désincarné. La matière d’apparence la plus vile est témoignage de la vie re-suscitée.

 

          La Vie n’est pas faite pour la mort, mais pour la Vie…

          Luc rapporte dans son Evangile les paroles de Rabi Iéshoua‘ :


« Au rassemblement des grandes foules, il commença à dire :

"Cet âge est un âge mauvais. Il cherche un signe.

Mais de signe, il ne lui sera pas donné, si ce n’est le signe de Iona.

Oui, comme Iona a été signe pour les hommes de Ninevé,

ainsi en sera-t-il du fils de l'homme pour cet âge (…)

Les hommes de Ninive se lèveront au Jugement avec cet âge

et ils le condamneront, parce qu’ils ont fait pénitence

à la proclamation de Iona ; et voici, ici plus que Iona !" »

(Luc, 11, 29-32)


 
        Jonas est-il né sous le signe du Poisson ? Dans le ventre du grand poisson, il est dans un état transitoire comme l’est ce signe indéfini et indéterminé entre l’hiver et le printemps (5). Pour lui, l’eau n’est pas celle du déluge mais celle de la tempête. Dans les entrailles du monstre, il est comme dans une tombe et vit une profonde transformation.

.

 

      Le “signe de Jonas”, c’est l’annonce de la Résurrection du Christ lorsqu’il sortira du tombeau où il sera mis en terre le vendredi saint pour ressusciter au matin de Pâques.

Comme Jonas accepte la mission qui lui est demandée au terme de trois jours et trois nuits passés dans le ventre de la baleine, c’est après un séjour de trois jours et trois nuits dans la « Chambre d’Attente », que l’initiable s’engage totalement au Service de la Lumière (6) » dans toute initiation véritable.

    Pour Iéshoua‘ cette « Chambre d’Attente » fut sa tombe, le temps entre sa mort sur la croix et sa résurrection ; son témoignage est exemplaire.

    Pour certains, «  par la Mort, les karmas sont déliés… Ce n’est pas toujours le cas, toute vie et toute mort n’apportant pas toujours le “déliement” libérateur.

    C’est pour cela que plusieurs vies en intermittence avec leurs morts sont au service de votre Existence. (7) » Beaucoup serait à dire sur les trois jours passés par Jésus-Christ dans son tombeau ! « Il est descendu aux enfers », dit le Credo catholique. Lorsque Miriâm de Magdala (Marie-Madeleine) se rend au tombeau au matin de Pâques, elle le trouve vide. Elle ne reconnaît pas son Rabbi dans ses Vêtements de Lumière, dans son Corps de Gloire, son Corps Conscient et le prend pour le jardinier :


« “Adon, si c’est toi qui l’as retiré de là,

dis-moi où tu l’as déposé : je l’enlèverai.”

            Iéshoua‘ lui dit : “Miriâm !”

            Elle, se tournant, lui dit en hébreu :

            “Rabbouni !” - c’est-à-dire : Mon Rabbi !

            Iéshoua‘ lui dit : “Ne me touche pas !

            Non, je ne suis pas encore monté chez le père…” »

(Jean, 20, 15-17)
        


Eglise Sainte-Madeleine, Troyes.


 Il convient de se reporter aux écrits de l’Instructeur du Verseur d’Eau :
« Au-delà de la chair, au-delà de l’Âme, au-delà du tombeau, au-delà des Limbes,
le troisième jour après la Descente et la Remontée,
s’exprime la Densité Glorieuse pour la Toute Glorification de la Déité". (8)

            Cependant le pouvoir religieux a, durant des siècles,
placé la résurrection des morts à la fin des temps,
oubliant la possibilité pour tout humain initié par la Vie
de quitter vivant cet espace-temps de la Terre,
faisant répéter simplement des dogmes sans contenu vivant.
Pour chacun, la fin des temps est l’instant où l’être devient libre de toute mortalité…

             « Or en cette fin d’ère des Poissons, telle une résultante des abus commis par le pouvoir religieux, nous observons, en France, un fort syndrome post-traumatique à l’égard de la spiritualité. Cette ère des Poissons, inaugurée par le Maître Jésus, de la secte des Nazaréens (proche des Esséniens), dont les disciples se reconnaissaient entre eux par le symbole des Poissons, s’achève comme tout nous l’indique. (9) »

             Une fin est toujours un nouveau commencement, elle est comme-ensemencement… Et cela à chaque Instant du temps… A l’Eglise de Pierre, dogmatique et pétrifiée, succédera l’Eglise de Jean, celle de la proximité, de l’Amour et du partage et chacun est appelé à devenir, au propre dire de Simon-Pierre, « la pierre vivante du Temple de Dieu ».

            L’ère du Verseur d’Eau est commencée…



 1 Louis Charbonneau-Lassay, Le Poisson, dans Reg., numéro de déc. 1926, cité dans René Guénon, Symboles de la Science sacrée,  p. 149 en note.

 2 Communication de Claire Kappler : « Métamorphoses alchimiques de la mort en littérature persane classique… », in Claire Kappler et Suzanne Thiolier-Méjean, Alchimies. Occident-Orient, L’Harmattan, 2006, p. 262 et suivantes.

 3 Idem, p. 269.

4  Emmanuel-Yves Monin, Le Manuscrit des Paroles du Druide sans nom et sans visage, 1990, Ed. Y. Monin. 

 5 Barbeau André, Traité d’Astrologie, Seuil, 1961.

 6 Voir Karuna Platon, L’Instruction du Verseur d’Eau, Ed. de la Promesse, 2000, p. 131 et suivantes.

 7 Le Livre Précieux de la Vie et de la Mort, Editions de la Promesse, 2006, p. 146.

 8 L’Instruction du Verseur d’Eau, op. cit., p. 335.

  9  Erik Lefèvre, Le Guetteur de l’Aube,  http://www.guetteurdelaube.com/, 13 juin 2008.

A suivre...



 

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15 avril 2009 3 15 /04 /avril /2009 12:27

Le Signe de Jonas et la fin des temps

par Robert-Régor Mougeot 

(suite de "Le Livre de Jonas: Si Jonas m'était conté")

 

 

 

I - La Baleine, le “Grand Poisson”

II – Le culte de la Baleine

 

 

            La baleine a toujours été vue par les peuples pêcheurs comme un animal fabuleux, comme un dieu, comme l’animal totémique de la tribu qui en tire sa subsistance ou sa prospérité.



             Le culte des “dieux échoués” se retrouve au Vietnam,
au Japon et partout dans l’hémisphère austral.
Sur les côtes du Vietnam, les os de baleine échoués sont, depuis des temps immémoriaux
 et encore aujourd’hui, l’objet d’un culte.
C’est « une baleine merveilleuse qui amena aux montagnards sud-vietnamiens
l’Enfant sauveur du monde, libérateur du mal. (1)
 » 
 
Echouage de baleines au Cap Cod.

 

            Tout au long des côtes vietnamiennes, depuis la province de Thanh Hoa jusqu'à l'île de Phu Quoc, des temples sont consacrés aux baleines qui viennent s’échouer sur le rivage. Lors des tempêtes et des typhons, le champ magnétique terrestre dont elles suivent les lignes de force est perturbé ; elles se réfugient alors dans les baies et les estuaires, et les ouragans poussent les vénérables baleines mortes vers les rivages où les hommes leur font des funérailles dignes d'elles. Découvrir une baleine morte et lui assurer des funérailles apporte la richesse à la communauté.

            Chaque année, le seize du huitième mois du calendrier lunaire, a lieu la procession de la Baleine, qui s’accompagne de chants, de danses de théâtre, de feux d’artifice. Un cortège d'embarcations ornées d’yeux de baleine prend la mer et s'arrête pour la cérémonie.

            « Sur la jonque principale, le maître de cérémonie enfile une robe noire et des babouches, puis enroule un turban sur sa tête et ordonne de faire trois roulements de tambours. Il officie suivant les rites traditionnels du Sud (présentation des offrandes : encens, alcool, thé). Il lit une invocation rituelle afin de demander la paix pour le pays et le peuple, le vent dans les voiles et l'abondance de poissons... Puis, des sons de gongs et de tambours retentissent et les jonques effectuent des ronds sur la mer pour former des vagues, signe du "témoignage" de la Baleine. (2)
 »

 

 

 

             Actuellement, dans beaucoup de pays, l’échouage des mammifères marins fait l’objet d’un autre culte, celui des scientifiques, inquiets par leur multiplication ! On a été jusqu’à parler du « suicide » des baleines. Il a existé des cimetières de baleines, endroits où celles-ci choisissaient d’aller mourir. Ils se rendent sur les lieux signalés, notent leurs observations, prélèvent des échantillons pour les laboratoires et autopsient les cadavres pour connaître les causes de la mort que leurs technologies provoquent par la pollution, par le dérèglement qu'engendrent les sonars de leurs sous-marins de guerre et leurs bateaux de pêche exterminateurs de la vie dans les océans. Mais un parasite de l’oreille et des sinus auditifs vient aussi perturber le sonar des cétacés. Ce travail s’accompagne d’une information pédagogique auprès des enfants et de la population, pour que les enfants ne s’en tiennent pas à la légende et accèdent au respect de l’animal, dit-on ! S’ils analysent le phénomène et tentent d’y remédier, leurs efforts sont méritoires et… dérisoires devant la destruction mise en marche par la contre-nature. Impuissants à arrêter les méfaits de leurs contemporains, ils chargent les nouvelles générations de nettoyer les écuries d’Augias qu’ils laissent derrière eux ! Maintes légendes anciennes sont beaucoup plus porteuses de respect que les points de vue scientifiques qui en arrivent à justifier au Japon, en Norvège, en Corée du Sud, aux Philippines l’abattage de baleines pour l’étude scientifique ! Selon la WWF, depuis le début de l’interdiction de la chasse en 1986 plus de 21500 baleines ont été tuées sous un tel prétexte.

Que sont en fait les théories et hypothèses scientifiques sans cesse réactualisées si ce n’est de nouveaux mythes, pire, de nouvelles croyances qui ne propulsent pas à l’essentiel ? Mais sans la puissance de l’Esprit qui souffle où Il veut et quand Il veut, ils n’accouchent que de technologies qui, d’extraordinaires qu’elles sont dans leur Principe, deviennent, utilisées par la seule conscience séparative, destructrices et mortelles. Les humains forgent alors eux-mêmes les armes de leur destruction dans un aveuglement suicidaire.

             Que n’entendent-ils pas les voix des Jonas qui les appellent à réformer leur conduite ! « Croire qu’un animal est un animal, c’est faire », enseignait le nagual toltèque don Juan à Castaneda. Une baleine est bien plus que l’assemblage de chairs et d’os que dissèquent les scientifiques. Elle peut être l’avatâra de Vishnu, incarnation de la conscience divine sur terre ! Les anciens mythes et les anciennes cosmogonies, inspirés justement aux peuples premiers, leur permettaient de construire un équilibre entre leurs nécessités vitales et l’ensemble des règnes précédant l’humain dont ils se savaient solidaires, entre la vie terrestre et le cosmos.

Pourtant, ces sciences ont leur juste place possible dans le devenir humain, pour peu que la conscience ne fasse pas défaut... Les sciences, que l’on disait il n’y a pas si longtemps naturelles, exposent (3) l’évolution des espèces au cours des millénaires. Celle de la baleine s’étend sur quatre milliards d’années. Au fil du temps, son corps en torpille s’est entièrement débarrassé des poils ancestraux. Il est devenu entièrement lisse. Sa nageoire caudale est devenue horizontale et ses coups de queue lui permettent des bonds fantastiques. Ses fanons lui permettent de filtrer sa nourriture, le krill, après avoir englouti des tonnes d'eau. Ses poumons minuscules, plus petits que ceux des humains, renouvellent quatre-vingt-dix pour cent de l’air inspiré qui est rejeté ensuite par un évent situé au sommet du crâne. Economisant l’oxygène lors de ses plongées, elle est capable de ralentir son rythme cardiaque pour privilégier l’oxygénation de son cerveau. Un sixième sens lui permet l’écholocalisation des obstacles par sonar et, si elle n’a pas d’oreilles externes, son ouïe est pourtant très sensible ; les sons passent à travers ses mâchoires pour parvenir jusqu’à son oreille interne. Ses vocalises sont extraordinaires. Si son odorat est déficient, elle possède par contre une bonne vision et un toucher remarquable ; elle est extrêmement douée pour les caresses tactiles lors des ébats amoureux ou bien encore, pour les femelles, dans l’accompagnement du baleineau qui naît dans l’eau.

             Son ancêtre connu serait un mammifère semi-aquatique semi-terrestre que ses restes fossiles font dater de cinquante millions d’années. Deux millions d’années plus tard, il prend forme de cétacé marcheur aux pattes palmées, vivant en mer et se reproduisant sur terre. Dix millions d’années s’écoulent encore, et ses pattes avant deviennent des palettes natatoires, ses pattes arrière sont atrophiées ; c’est l’Archéocète Cynthiacetus, qui vit dans la mer de Thétis, située alors au niveau de l’actuel Pakistan, se reproduit en mer et ne peut plus revenir à terre. Qui peut avoir conçu un tel scénario ?

             Divinement inspirés, même à leur insu, les scientifiques ! Cynthia vient étymologiquement du mot grec kynthos signifiant « qui vient du Kynth ». Sur l'île de Delos, se trouve le mont Kynthos, lieu mythique où seraient nés la déesse Artémis et son frère Apollon. De ce fait, Artémis est parfois appelée Cynthia. Chintâmani, Cîntamani  (4) en sanscrit, c’est en Orient, la Pierre précieuse qui a le pouvoir de réaliser tous les vœux, le Joyau, symbole de l’esprit libre, attribut du Bodhisattva Avalokiteshvara. Et le mythe scientifique actuel rejoint malgré lui les mythes traditionnels qu’il se refuse à évoquer parce que « non scientifiques » ! Quel appauvrissement ! C’est un squelette sans chairs autour !

              Artémis est l’un des multiples noms de la Mère Universelle. Jonas trouve son Unité lorsqu'il est UN avec la Baleine-Déesse, avec Artémis-cétacée. En son ventre, en un premier temps, nous dit le Zohar, il trouve la pierre précieuse qui exauce son vœu et lui permet de contempler les merveilles des fonds sous-marins. Il en sort  transformé... La même Inspiration, dans la grande magie mayatique qui déploie à travers temps et lieux, toutes les correspondances improbables, est à l’œuvre, suscitant la joie de percevoir l’Unité du Tout.

 




            Le dodécalogue averti ne sera pas étonné d’apprendre qu’il y a douze espèces de baleines (5)
et que, chez elles, la gestation dure douze mois. Mais qui saura dire que toutes les formes sont le tissage des quatre éléments par le Seigneur de la forme, le moule, Aspect-Reflet du Grand Principe Universel, le Seigneur des Formes (6) ? Le champ des mutations que nous appréhendons ici pour la baleine sur des millions d’années en est un parmi un nombre indéfini d’autres que les sciences naturelles découvrent petit à petit. La perfection de la Création est extraordinaire ! Mais si le Reflet n’est pas la Cause elle-même, il est la preuve de cette Cause Première ! Chaque forme a une origine et les mutations de cette forme à travers les âges de la terre sont extraordinaires. La Science Révélée est particulièrement éclairante. Lorsqu’il y a mutation, « l’Origine sera devenue autre par le fait même du processus de ces mutations qui fait qu’il y a un transfert de ces mêmes éléments en un autre Point qui va devenir ou s’appeler, à son tour “Point Originel” ou Souche… De là partiront de Nouvelles Manifestations, dans de Nouvelles formes dépendantes d’un Nouveau Point Originel qui sera devenu, à son tour, un Aspect-Reflet du “Principe Universel”. (7) »

              C’est pourquoi la théorie des champs morphogénétiques de Ruppert Sheldrake ouvre des pistes intéressantes ; ces champs d’information transcendent le temps et l’espace et rendent compte de phénomènes encore inexpliqués tels que la télépathie et la prémonition.    Que dit ce scientifique : « En simplifiant beaucoup :

             Le tout est plus que la somme des parties. Il remet en cause également l'aspect purement mécanique de la biologie au profit d'une causalité formative à la base de la morphogenèse, la biochimie et la génétique n'intervenant qu'a posteriori.

             Cette causalité formative s'exprimerait par les champs morphogénétiques.

             Les champs morphiques façonneraient les atomes, les molécules, les cristaux, les organelles, les cellules, les tissus, les organes, les organismes, les sociétés, les écosystèmes, le système planétaire, le système solaire, la galaxie etc.

             Dans cette complexité croissante, les champs morphogénétiques contiendraient une mémoire inhérente acquise par un processus de résonance morphique, composant la mémoire collective de chaque espèce (idée émise par l'éminent psychologue suisse Carl Gustav Jung).

Ainsi, le cerveau, trop petit pour contenir la mémoire, n'est pas un organe de stockage mais un organe de liaison avec la banque de données du champ morphogénétique dans laquelle se mêlent passé, présent et futur. (8) »

            L’Illusion divine est incommensurable. Séduisante et envoûtante, elle anéantit, quand se produit par éclair la vision de sa perfection, l’ego dérisoire de celui qui veut savoir, comprendre, posséder… par l’illusoire de ses pseudo-créations. Les humains souvent trahissent la Nature, et leur nature à la fois qui lui est indissociable ; ils caricaturent vainement ce qui les transcende et les habite, mais qui les glace de terreur. Ils cherchent une sécurité impossible dans une contre-nature mortelle en oubliant totalement la Source de leur Immortalité, la source même de leur sécurité totale.

 

           Des gravures rupestres découvertes aux confins de la Sibérie, près du détroit de Behring, dans la vallée de Petymel montrent que la chasse à la baleine date au moins de mille ans avant notre ère. L’ethnologue Paul-Émile Victor a conté cette chasse chez les Inuits du grand nord canadien :

           «  Les angyaks ou barques de peau s’approchent silencieusement. La baleine progresse avec majesté à 7 Km/h. Souveraine et insouciante, elle règne sur ces eaux hyperboréennes. Le harpon doit la frapper en arrière de l’œil, sous le tympan. Dès que la baleine a lâché son premier jet de sang, l’angyalik, en levant sa pagaie, la salue en se découvrant. Les autres embarcations se sont rapprochées pour s’entraider. Avec une extraordinaire connaissance nautique, elles s’allient les vents et les courants, après s’être disposées en file pour tirer ses 80 tonnes. » S’ensuit à terre un rituel au cours duquel la baleine est dépecée et mangée. «  Dans une grande fête copulative, tous dépècent le dos de la baleine et la consomment sur place. Manger et copuler sont synonymes. »  Ainsi est la vie naturelle qui se nourrit de la mort dans l’unité d’une unique substance.

              Ce qui est méconnu actuellement, c’est que jadis, en conscience, on ne tuait que l’animal « consentant », et seulement pour le besoin vital présent, tout en l’honorant, puisque la création terrestre, toujours neuve d’instant en instant, se produit à travers les apparences, les trans-formations.

                Beaucoup de peuples dépendirent longtemps de la chasse à la baleine pour leur survie et de ce fait ne les massacraient pas inutilement ; actuellement les baleines jouent surtout un rôle culturel pour les Amérindiens du Canada et les Inuits de l’Arctique, comme dans certaines îles du Pacifique. Les Açores sont le dernier endroit où se pratique encore la chasse de manière traditionnelle. Hélas, beaucoup de peuples se sont faits non plus chasseurs pour leur subsistance et leur survie, mais les exterminateurs des cétacés depuis le XIXe siècle et l’invention du harpon explosif marque le passage de la chasse artisanale à l’extermination industrielle. Ses fanons servirent à fabriquer les corsets des dames et les parapluies. L'huile extraite de sa graisse éclaira les villes. L'ambre gris, concrétion qui se forme dans l'appareil digestif du cachalot, est utilisé comme fixateur en parfumerie. Les massacres continuent actuellement pour les seules raisons économiques bien mauvaises puisque tous ces produits peuvent être remplacés par d’autres à moindre coût et tout particulièrement par l’huile et la « cire » tirée du jojoba, arbuste mexicain cultivé actuellement.

            Les baleiniers actuels tuent sans grands risques, ce qui n’était pas le cas jadis où cette chasse demandait une témérité extrême. La haine du capitaine Achab (9) pour Moby Dick, la baleine blanche qui l’a rendu autrefois infirme, est un récit fantastique. Achab, en proie à son obsession, la harponne au cours d’une tempête ; elle entraîne le vaisseau dans une course folle qui conduit l’équipage au naufrage (10). Herman Melville a immortalisé ainsi la baleine Mocha Dick qui, au large du Chili a tenu tête durant trente ans aux baleinières qu’elles n’hésitait pas à charger. Tuée en 1859, elle portait dix-neuf harpons dans ses flancs !

            La haine de beaucoup pour la Nature qu’ils ne voient que comme une ennemie à domestiquer, à vaincre, à soumettre, mène l’humanité vers le naufrage.


Il est plus que temps pour l’humain d’écouter la Voix de Jonas
et de « renverser » son comportement comme le firent les gens de Ninive…


 


Dictionnaire des Symboles, op. cit., p. 103.

2 « Le culte de la baleine à Cân Gio », article de Tuân Anh, Journal quotidien Vietnam Daily, 27/12/2004.

3 Exposition à la Grande Galerie du Museum national d’Histoire naturelle, Paris : Incroyables cétacés, été 2008.

4 C’est également le nom d’une déesse. Un volcan d’Indonésie porte ce nom en son honneur.

5  Trois espèces de baleines franches (boréales, australes et baleines franches des Basques) ; six espèces de rorqual (rorqual commun, petit rorqual, rorqual boréal de Rudolphi, rorqual de Bryde, rorqual ou baleine bleue) ; les baleines pygmées. Voir Emmanuel-Yves Monin, L'Univers en Code-barres, 1998, Y. Monin.

6  La Vouivre, un symbole universel, EDIRU, 2006, p. 202-203.

7 Karuna Platon, L’Instruction du Verseur d’Eau, Editions de la Promesse, 2000, p. 81.

8 Abel Chaouqui, Ruppert Sheldrake. Champs morphiques et causalité formative,

 sur http://www.unisson06.org/dossiers/science/sheldrake_champs-morphiques.htm .  

9 Herman Melville a choisi pour son capitaine le nom du 7e roi d’Israël !

10 Herman Melville, Moby Dick. Egalement le fil de John Huston.

 

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15 avril 2009 3 15 /04 /avril /2009 07:44

Le Signe de Jonas et la fin des temps


par Robert-Régor Mougeot 

(suite de "Le Livre de Jonas : Si Jonas m'était conté")

 

 

 

I - La Baleine, le “Grand Poisson”

 

 

 

              « Dans l’Hindouisme, l’univers existe depuis toujours ! Un jour et une nuit de Brahmâ, le Dieu créateur de la Trinité indienne, représentent une durée de 8 640 000 années, soit deux kalpas ! Et un siècle, (une ère de Brahmâ), 311 040 000 000 000 années (1) ! Les mondes se succèdent ainsi et les âmes humaines se réincarnent depuis des kalpas et des kalpas, pour certaines, avant d’atteindre la Libération ! Tout s’accomplit par le biais de prakti, la Nature matérielle (2). »

 

 

 

            Bénéfique, la baleine ne l’est pas toujours pour les marins islandais au Moyen Age ! Les baleines qui attaquent les bateaux, s’en approchent pour les détruire, sont appelées par eux « baleines du diable » ! Le mot « baleine » devient tabou et les pêcheurs les nomment « grands poissons ». Ils n’avaient pas lu Aristote qui les différenciait des poissons !

Ah ! La baleine ! Elle a toujours impressionné les humains sur tous les continents depuis l’aube des temps ! Les soubresauts de la baleine qui soutient le monde produiraient les tremblements de terre ! Ainsi les expliquait-on jadis dans la cosmogonie islamique, tout en considérant que la baleine est toujours bénéfique puisque les cataclysmes qu’elle produit procèdent à une juste destruction.

           Dans le Livre de Job (Bible) et dans l’Apocalypse de Jean, ce n’est pas la baleine, mais le Léviathan est un monstre aux dimensions colossales qui évoque et symbolise un cataclysme terrifiant. Irrationnel, privé de mesure, chaotique, ténébreux, abyssal, il vient bousculer l’ordre et la géographie du monde, sinon l’anéantir ou presque ! Mais, comme la baleine de Jonas, il avale pour transformer. Le Moyen Âge le représente sous la forme d’une gueule ouverte qui engloutit tout, ou bien encore sous la forme d’un serpent de mer gigantesque dont les ondulations provoquent les vagues et les tempêtes. Sa gueule ouverte avale les âmes qui restent magnétisées à la terre et ne peuvent faire le passage vers la résurrection ; elles font retour au chaos primitif qui précède la nouvelle création et s’incarneront alors dans un nouveau cycle cosmique appelé en Inde, kalpa (3).

 


Le Léviathan.

   

            Comme la gueule du Makara des Védas, la mâchoire du crocodile, chez les Mayas, est prête à dévorer, mais de sa tête, cette fois, «jaillissent des nénuphars et des pousses de maïs (4) ». Sobek, le crocodile des Egyptiens, est le “Dévorateur” qui avale les âmes des injustes tandis que le Nâga à sept têtes de l'Asie du Sud-Est avale ou recrache l'homme comme le fit la baleine de Jonas. Un autre dévoreur redoutable, à la gueule toujours ouverte, est le Glouton, le t’ao-t’ie, qui orne, en Chine, les bronzes de l’époque Chang ; mais c’est aussi un créateur, sauveur et généreux, produisant des guirlandes de fleurs.


Sobek sur les murs du temple de Kôm Ombo.

   

          Partout et toujours, « être dévoré » est un passage, terrifiant pour qui est prisonnier de son monde sentimental, mais porteur d’espoir pour qui est mené par une foi inébranlable et voit le Sauveur offrant la possibilité d’une métamorphose lorsqu’apparaît le monstre, l’ogre, la baleine,…

 

         Ah ! La baleine ? Dans son magnifique poème, Swift Deer, chaman Navajo, voit la création de l’homme comme le cinquième rêve, celui de la baleine :

          « Au début, le Grand Esprit dormait dans le rien. Son sommeil durait depuis l'Éternité. Et puis soudain, nul ne sait pourquoi, dans la nuit, il fit un rêve. En lui, gonfla un immense désir... Ce fut le tout premier rêve, la toute première route…. »

             La transparence régna ; elle rêva d'être lourde… Alors apparut le caillou…

             Le caillou chercha son extase ; il vit que c'était le cristal et celui-ci régna…

             Le cristal se mit à rêver ; alors apparut la fleur...

             La fleur chercha son accomplissement ; ce fut l'arbre…

             L'arbre, à son tour fit un rêve,… alors apparut le ver de terre…

             « Longtemps le ver de terre chercha son accomplissement, son extase (…). Longtemps, il tâtonna et puis un beau jour, dans une immense éclaboussure... au beau milieu de l'océan... un être très étrange surgit, en qui toutes les bêtes de la terre trouvèrent leur accomplissement, et ils virent que c'était la baleine ! 

            Longtemps cette montagne de musique régna sur le monde et tout aurait pu peut-être en rester là, car c'était très beau. Seulement voilà... Après avoir chanté pendant des lunes et des lunes, la baleine à son tour ne put s'empêcher de s'emplir d'un désir fou. Elle qui vivait fondue dans le monde, rêva de s'en détacher.

             Alors brusquement, nous sommes apparus, nous les hommes! Car nous sommes le cinquième rêve, la cinquième route, en marche vers le cinquième accomplissement, la cinquième extase.

            Dans la moindre couleur, toute la lumière est enfouie. Dans tout caillou du bord du chemin, il y a un cristal qui dort. Dans le plus petit brin d’herbe, sommeille un baobab. Et dans tout ver de terre, se cache une baleine. Quant à nous, nous ne sommes pas “le plus bel animal”, nous sommes le rêve de l’animal ! Et ce rêve est encore inaccompli. (5) »

            Inaccomplie aussi, la création selon la Genèse pour qui sait lire ! Le Septième jour est encore à venir, celui du retour de l’Iman occulté chez les Shî’ites (6), du retour du Paraclet, du Saint Esprit, du Christ, de l’Eglise de Jean, selon les diverses traditions… C’est le septième jour de sa méditation que le Bouddha atteignit l’éveil. L’aube commence à poindre en ce temps de destruction… Qu’en est-il de cette fin du Kali Yuga, cette fin de l’Âge de Fer que l’humanité traverse une nouvelle fois ? C’est l’ensemencement d’un nouveau cycle qui se produit au cœur même de cette apparente destruction, aussi terrible qu’elle paraisse au monde sentimental humain, l’Avènement du Septième Jour de cette Création, l’Avènement du nouvel Eden, du Nouvel Âge d’Or… Un nouveau rêve encore !

              Maintes fois déjà la boucle de la destruction s’est refermée pour que tout se renouvelle. Cet avènement peut ou a pu avoir lieu collectivement pour l’humanité entière, ou bien pour l’un ou l’autre de ses continents d’avant la “mondialisation”, ou bien encore individuellement pour chacun, comme il est rapporté ici pour Jonas, Seyidnâ Yûnus, le prophète Jonas appelé encore Dhûn-Nûn.

            Faute de connaissances anatomiques précises, d’ailleurs bien secondaires ici, les Anciens nommèrent le “grand poisson” du Livre de Jonas, une baleine. Chacun sait actuellement que la baleine est un mammifère ! Mais qu’importe au Conteur ce que disent les savants de l’Occident de la Vie… Il est juste d’appeler ainsi ce grand poisson qui avala Jonas.

La gueule de la baleine, c’est la “Bouche d’Ombre”, la porte d’une caverne où l’initiable, qui hésite entre « deux états ou deux modalités d’existence (7) », va passer par la mort initiatique pour connaître une résurrection. La vie sur terre est l’initiation par excellence, pour tous les humains, mais avec des périodes fortes qui sont de véritables passages d’un état dans un autre, au gré des épreuves qu’il faut bien traverser, occasions de faire la preuve de nos qualités supposées, de la validité de nos croyances, de la constance de notre foi.

              Symboliquement dévoreuse, cette “Bouche d’Ombre” est semblable à la gueule du Makara de l’iconographie hindoue qui servit de monture à Varuna, l’« océan soleil », le « roi de l’univers, des dieux et des hommes (8) ». Ce monstre marin jette des éclairs, des flammes et des fumées dans un bruit de tonnerre, mais crache aussi des émanations lumineuses de gloire. Sa gueule est « la porte de la délivrance » ou « les mâchoires de la mort » (9), selon l’état d’être de l’initiable.

 


Le Makara crachant des nâgas,
Wat Suthat, Bangkok, Thaïlande.

   

             Lorsque Jonas se croit perdu, le “poisson sauveur” surgit alors des fonds marins, image vivante de l’arche cosmique où l’essence de la vie est préservée pour son essentiel lors des destructions terribles qui s’abattent sur l’humanité à la fin de chaque cycle.

             Les cycles font leurs oeuvres. Vishnu, le dieu solaire du Rig Veda, “l’Agissant”, le “Sauveur”, ne s’est-il pas manifesté sous la forme de Matsya, le poisson, lors de “la grande marée”, le déluge ? Il ordonna alors à Satyavrata (10), le Noé indien, le Manu (11) de ce cycle, « de construire l’arche dans laquelle devront être enfermés les germes du monde futur (12) », la doctrine de l’âme et de Brahman, l’Absolu éternel, immuable, la Réalité suprême Une, ainsi que la législation qui fixe le déroulement des rituels et des cérémonies religieuses, base du comportement social de la majorité des hindous encore actuellement.

           L’Arche, avec à son bord les prophètes, les Rishis, les visionnaires qui reçoivent la révélation des hymnes des Védas, est tirée par le “grand poisson”. Celui-ci guide l’Arche accrochée à son énorme corne sur les eaux, pendant le cataclysme. Les Védas sont la “Science par excellence”, la Science Révélée qui n’a rien à voir avec la science profane et profanatrice, c’est “la Connaissance sacrée dans son intégralité”, la Révélation primordiale d’origine non humaine, comme tout ce qui est créé d’ailleurs. Cette Science est occultée durant les cataclysmes cosmiques qui terminent un cycle pour en commencer un autre. Il s’agit de toute façon de périodes “d’obscuration” entre deux modalités d’existence, deux âges différents d’un cycle, deux états d’être pour un individu. A la fin de ce cycle, « les astres se lèveront à l’Occident et se coucheront à l’Orient » affirme la tradition hindoue (13), ce qui prédit le renversement des pôles.

            Le Noé de la Bible, Seyidnâ Nûh, a construit l’Arche qui contient semblablement tous les éléments qui permettront la restauration d’un monde, après un déluge de moindre ampleur que “la grande marée” indienne. Les destructions alors concernaient des régions géographiques différentes qui n’étaient pas sans liens entre elles, mais des liens sans commune mesure avec ce qu’est la mondialisation actuelle.

 


Tableau de Edward Hicks.


 
La Licorne dans l'Arche,

avec les autres animaux : L'ARCHE ET LA LICORNE
Vitrail de l'église saint-Etienne-du-Mont, Paris.
 

             Dans le mythe polynésien de Rata, c'est du ventre d'une autre baleine
que sortent les parents de Nganaoa, “le tueur de dragons”,
lorsque celui-ci, brisant en deux son épieu,
en place les morceaux dans la gueule du monstre pour qu'elle ne se referme pas (14)
.
Il se retrouve aussi bien aux îles Marquises qu’en Nouvelle-Zélande.

            Que nous révèlent en réalité toutes ces légendes ? Qu'être dévoré est un “passage”. La gueule d'un monstre figure très souvent la porte, l'entrée de la Caverne où l'initié est dévoré pour ressortir transformé, renouvelé. D'ailleurs, les images peuvent être interprétées de deux façons qui, loin d'être opposées, sont en réalité complémentaires. Un vitrail de la basilique de Cléry-Saint-André, sur les bords de la Loire, montre un blason représentant un serpent qui avale ou vomit un homme. Il est semblable en cela au blason des ducs de Milan portant « un serpent couronné qui engloutit un enfant (15) ».

 

Armoirie représentant un serpent qui vomit un homme.
Vitrail de la basilique Notre-Dame de Cléry (XVe s.), Cléry-Saint-André, Orléanais

 

              « La mythologie comparée, cependant, tendrait à prouver que le serpent couronné, emblème de l'intelligence royale, ne dévore pas l'enfant mais le met au monde par la bouche. Nous serions alors en présence d'une scène qui traduit symboliquement la naissance d'un nouvel initié, doté de la sagesse du serpent primordial et de l'esprit de royauté manifesté par la couronne de l'univers (16) » Après l’avoir avalé, la baleine ne met-elle pas Jonas au monde en le vomissant ?



 

            La Baleine recrachant Jonas ; dessin (détail)
D'après une mosaïque de la basilique Théodore à Aquileia, Italie, IVe s.


      
A suivre...



1 D’après Alice Bailey, Traité du feu cosmique, Editions LUCIS, p. 35.

2  Notre livre La Vie Re-suscitée, à paraître.

Bhagavad Gîtâ, III 27 : « Alors que les actions sont entièrement faites par les gunas [ou modes] de la Nature, l’homme dont le moi est abusé par le sens de l’ego pense : “C’est moi qui agis.” »

3 Chaque Kalpa se compose de 20 petits kalpa, se décomposant eux-mêmes en ères d’or, d’argent, de bronze et de fer.

4 Dictionnaire des Symboles, op. cit., p. 316.

5 « Le cinquième rêve » de Swift Deer d’après http://culte-de-la-nature. Cité d’après Patrice van Eersel “Le cinquième rêve”.

6 Les six premiers jours correspondent aux règnes des six Imans des Shî’ites, avons-nous dit précédemment.

7 René Guénon, Symboles de la Science sacrée, Gallimard, 1962, Le Mystère de la lettre Nûn.

8 Dictionnaire de la Sagesse orientale, Robert Laffont, 1989.

9 Symboles de la Science sacrée, op. cit., p. 340.

10  Nom signifiant : « voué à la vérité ». Ce nom est rapproché par René Guénon de Saturne, le dieu grec de l’Âge d’Or. En sanscrit, Satya-Loka désigne la sphère de Saturne.

11 L’être pensant, L’Homme parfait, intermédiaire entre l’homme actuel, perfectible, et Dieu.

12 Symboles de la Science sacrée, op.cit., p. 155.

13 Symboles de la Science sacrée, op. cit., p. 157.

14  Frobenius, Daz Zeitalter des Sonnengottes, 1904.

15 Marc Vulson de la Coulombière, La Science héroïque, Editions Arma Artis,

p. 296-299.

16 Christian Jacq et P. Delapierre, De Sable et d’Or, Editions des Trois Mondes,

p. 190-191.

 


"Si JONAS M'ETAIT CONTE" : LA MISSION DE JONAS, SA FUITE ET LA TEMPETE
"Le LIVRE DE JONAS", 2e PARTIE : JONAS AVALE PAR LE GRAND POISSON
"LE LIVRE DE JONAS" : "SI JONAS M'ETAIT CONTE" : LA MISSION DE JONAS
"LE LIVRE DE JONAS" : L' ILLUMINATION DE JONAS

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13 avril 2009 1 13 /04 /avril /2009 09:01

LA DAME, LE CHATEAU ET LE DRAGON

 

Illustration sur une broche entièrement dorée.

 

 

 

 


 

  

Dessin de la broche.

 

« Tout pourrait nous faire penser à la légende de la Fée Mélusine lorsqu’on voit cette image, mais à y regarder de près, il s’agit de bien autre chose.

 

Curieux Château dont les toits évoquent des bonnets phrygiens…

Curieuse Dame qui semble porter une couronne et une baguette dont la pointe n’est pas une étoile mais bien le symbole de l’Or (en alchimie) et du Soleil (en astrologie).

Et curieuse tour centrale qui se déploie en une croix dont les bras relient la dame et le dragon, et dont l’agencement des pierres nous évoque la carapace d’un crocodile.

Quant au Dragon, il semble émerger des ondes dont une vague rejoint la base de la tour centrale pour former la queue du crocodile.

 

Nous pouvons très bien penser que tout cela est tout à fait normal et ne prêter aucune attention à ces détails, ou bien au contraire y voir une symbolique qui nous touche au point d’y décrypter un message essentiel… Car il en est ainsi dans la vie : tout peut être symbole pour celui qui a la conscience que le Réel se manifeste à lui par ce biais à chaque instant de son existence.

 

Sans oublier que cette image est en réalité une broche entièrement dorée…

Tout d’abord la Dame : nous n’y verrons pas autre chose que l’Ame ;

Le Château quant à lui représente le Corps, le château de l’Ame ;

Le Dragon, l’Esprit-Energie qui insuffle son Feu pour animer et le Château et la Dame.

 

Et l’Unité de ces trois éléments se révèle par la connexion établie par la Croix centrale : tout est relié, la Dame au Château, le Château au Dragon. Tout cet ensemble forme une unité.

La tour en forme de crocodile nous rappelle que l’élément Corps doit être relié à l’Energie et qu’il possède sa part d’animalité, non rejetée mais reconnue et canalisée par la Dame.

 

L’Ame en prenant corps, s’est individualisée et a oublié sa Transcendance en se coupant de sa Source, son Origine. Avec l’oubli, elle connaît le malheur, la maladie, la mort.

La quête de toute âme ainsi coupée du Tout ne peut qu’être de retrouver son Unité et de briser le cercle vicieux dans lequel elle s’est enfermée.

 

En prenant conscience de cela, l’âme commence à effectuer un voyage initiatique qui va l’amener à sonder les profondeurs de l’abîme dans lequel l’expérience des sens l’a jetée. Elle fait face à son obscurité, à ses ténèbres, à ce qui engendre maladie et mort.

Elle fait face à toutes les fausses croyances qui l’ont enchaînée et subit maintes désillusions.

Elle émerge peu à peu de la nuit, de ses angoisses et de ses terreurs, affrontant les projections de ses rêves et de ses phantasmes. Sa vision se fait plus claire, le regard porté sur elle et sur le monde change, il devient lucide et d’une lucidité impitoyable.

Et cette « ouverture » du regard intérieur l’amène à réaliser que Tout n’est qu’Unité.

Il n’y a que la Vie, que l’Energie qui anime tous les êtres (minéraux, végétaux, animaux, humains) et qui est la même pour tous : tout ce qui est manifesté est issu de la Source Unique, la mort est une illusion et seule notre peur de la mort l’entretient.

 

Le corps, vêtement de l’âme, peut alors « disparaître », se dissoudre, puisqu’en fin de compte, l’âme a rejoint le Tout dans lequel elle se fond et se meut.

La Dame, ayant réalisé cela montre en arborant sa baguette de « fée » que le Soleil est là, partout, toujours, lorsque nous ne faisons plus qu’Un avec Lui.

Le bonnet phrygien était dans l’Antiquité ce bonnet que l’esclave affranchi portait, et il est devenu le symbole de la Liberté (et de la République !).

L’Ame ayant retrouvé son Unité Première, est affranchie définitivement de la mort et c’est cela, la vraie Liberté, c’est-à-dire une Libération. »

 

 

                                                                                     Kinthia

12/04/2009 Pâques

 

Notes :

- Dame : « Ce qui est d’âme, dans l’homme comme dans la femme » Emmanuel-Yves Monin, Hiéroglyphes français et Langue des Oiseaux alchimique, 1982 (5e éd. 1994), Point d’Eau.

Et http://langue.des.oiseaux.free.fr/

- La fée Mélusine : voir la légende de Mélusine sur http://regorm.free.fr/expo/expo.html

- Bonnets phrygiens : Voir http://marseillaise.over-blog.com/article-25022754.html

- Le crocodile est un substitut de la Vouivre : http://vivrevouivre.over-blog.com/article-25789265.html http://vivrevouivre.over-blog.com/article-29135101.html

 

 

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12 avril 2009 7 12 /04 /avril /2009 10:35

Suite de "SI JONAS M'ETAIT CONTE" : LA MISSION DE JONAS, SA FUITE ET LA TEMPETE,

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"Le LIVRE DE JONAS", 2e PARTIE : JONAS AVALE PAR LE GRAND POISSON

et de "LE LIVRE DE JONAS" : "SI JONAS M'ETAIT CONTE" : LA MISSION DE JONAS



L’illumination de Jonas

 



Jonas sent monter en lui une grande douleur et il s’enflamme. Il lui faut comprendre ; il lui faut se comprendre ! Il annonce la fin du monde pour les Ninivites et voilà qu’ils  se convertissent. C’est la miséricorde et la clémence qui descendent sur la ville.

En lui, les subtiles traces de réactions se mettent à bouillonner.

- “Ah ! Je me doutais de cela lorsque j’étais encore dans ma patrie et c’est pourquoi j’ai fui vers Tharsis. Je savais que si j’allais là-bas, à Ninive, les habitants échapperaient au courroux du ciel !”

Il désire quitter ce monde où il se sait étranger pour faire retour dans la patrie céleste, quitter l’exil où il est sur cette terre.

- “De grâce, que mon âme fasse retour à la Source d’où je suis venu !”

A son Dieu, il crie :

           - “Prends mon âme ! Prends ma vie pour que je vive enfin de la vie véritable que j’entrevois."

           Non pas pour mourir selon les notions terrestres, non !

          - “Epouse-moi ! Que mon âme se fonde en Toi ! Reçois-moi dans Ta Demeure ! Que je meure à tout ce qui n’est pas Toi !”

           Non plus cette vie illusoire dans ce corps mortel ! Non, la Vie pour une renaissance éternelle…

Il est justement enflammé.

- Les Ninivites sont épargnés, mais ils ne sont pas au bout du chemin ; à peine commencent-ils à se mettre en route …”


           Jonas sort alors de la ville dans la direction de l’Orient, il tourne dans la direction de cette nouvelle naissance le feu qui l’habite. Dans un endroit désert, il construit une cabane pour s’abriter du soleil brûlant et pour passer la nuit. Cette demeure provisoire, c’est un lieu de purification qui se construit en branches de cédratier auquel est associée l’eau, en branches de palmier dattier, c’est le feu ; en branches de myrte qui, par leur odeur, représentent l’air et en branches de saule de rivière, pour la terre (1)
. Ainsi, consciemment, cette cabane symbolise la maîtrise des quatre éléments, produits d’une unique substance. Là, il attend et rentre en lui-même.

          Alors, durant la nuit, pousse un ricin dont les feuilles palmées procurent une ombre fraîche. La graine de ricin a des vertus purgatives !
L’arbre est commun en ces pays.


           Comme dans l’intestin du gros poisson, à nouveau, Jonas doit se débarrasser de tous ses excréments. Mais les quatre arbres qui construisent la cabane construisent aussi le corps de gloire de Jonas. « La branche de palmier figure la colonne vertébrale dominée par le cerveau,... le cédrat figure le cœur,... les myrtes figurent les yeux,… et les saules, les lèvres et la bouche. (1)
 » Plus de pensées personnelles pour être “pensé” par la puissance créatrice ! Plus de cœur sentimental, mais l’Amour au Cœur de son cœur ! Les yeux de chair deviennent l’Œil de la Connaissance, le troisième Œil, et la bouche ne parle plus pour ne rien dire mais ne profère que les Dits de la Vie, les paroles justement inspirées.

Jonas reçoit une grâce insigne, qu’il n’avait pas même demandée, celle d’être dans l’ombre du Tout Puissant que symbolise ce ricin poussé en une nuit. Il est adombré, protégé de toute brisure, il est délivré, sauvé, libéré… croit-il !  

          C’est comme une montée d’énergie depuis le Luz subtil situé au bas de la colonne vertébrale, dans le sacrum, le lieu sacré. Cette force vitale est nommée Luz dans la tradition hébraïque : « ce qui est caché, couvert, enveloppé, silencieux, secret » ; elle est située « vers l’extrémité de la colonne vertébrale ». « Comme le noyau contient le germe, et comme l’os contient la moelle, ce Luz contient les éléments virtuels nécessaires à la restauration de l’être… » « Le Luz, étant impérissable, est dans l’être humain, le “noyau d’immortalité”, comme le lieu qui est désigné par le même nom est le “séjour d’immortalité”… (2) »

Cette grâce, elle lui tombe du ciel, comme on dit. Ce n’est pas son œuvre à lui. Les grâces sont les pièges de Dieu (3) lorsque tous ceux du Malin ont échoué !

Au matin suivant, voilà que le ricin aux larges palmes est desséché, mort !
Des larves de capricorne se sont attaquées à son cœur. 



          Jonas souffre de la chaleur torride,
lui qui appréciait si volontiers la fraîcheur de l’ombre du ricin !
Il s’enveloppe la tête, rentre en lui-même et désire à nouveau cette mort d’un corps qui le retient ici, en exil. Il ne s’adresse plus à un Dieu extérieur à lui.
Il sait qu’il lui faut trouver la force et il se parle
à lui-même :

          L’inspiration monte, unifiant son Moi transcendant et le moi inférieur de son individualité terrestre :

           - “Tu as joui de l’ombre du ricin que tu n’as pas planté et qui a poussé en une nuit, dans la nuit noire de ton âme. Tu ne t’es pas élevé par toi-même. Pour jouir de cette extase dans laquelle tu te trouvais, tu n’as eu aucun mérite. Est-ce toi qui as ouvert la porte ? Il te faut maintenant, cette porte, l’ouvrir par toi-même. Montre la vaillance de tes forces intérieures, gagne ce combat seul. Que ta volonté soit le vouloir de la vie ! Certes, nul ne peut s’accoucher seul, mais ce n’est pas la sage-femme qui accouche ! Accouche-toi de toi-même ! Oui, mon illumination n’a été qu’un rêve d’une nuit qui m’a semblé éternelle ! Ce qui est né dans la nuit s’est évanoui avant la levée du jour."

Ce que Jonas fit dans l’instant…


          Jonas, lui, est maintenant dans la toute compréhension… Dans le nom Jonas, le J indique l’homme tourné vers le passé. Voilà pourquoi le nom véridique est Yônah : l’androgyne (Y) ayant retrouvé sa totalité d’être (O) par le Principe (^) déploie (N) la manifestation (A) de l’esprit (H), décrypte la Langue alchimique des Oiseaux (3). 

           Il typifie alors l’Homme Parfait, Célestiel, un et multiple… dont on ne peut rien dire avec les mots des langues terrestres.

La clémence du ciel continua à s’étendre sur Ninive dans laquelle se multiplient douze myriades d’êtres humains, autant dire une multitude innombrable, qui ne connaît pas sa droite de sa gauche, et la bête multiple (1)

Sans le secours du ciel, comment trouveraient-ils en eux « l’étincelle unique de la vérité » ? Eux qui ne savent pas reconnaître et départager ce qui est de leur nature divine et ce qui est de leur nature encore animale, sortis qu’ils sont de la bête multiple dont le règne les précède !

 

          Bien sûr, vous l’avez compris, Jonas, c´est chacun de nous, et Ninive, la multitude innombrable des humains de la terre...


 1 Virya, Le Grand Œuvre de Jonas, 1996, G. Lahy.

 2  René Guénon, Le Roi du Monde, Gallimard, 1958, p. 60, puis 65 et 64-65.

 3 D’I-Eu ; D’I-A-Ble, voir Emmanuel-Yves Monin, Hiéroglyphes français et Langue des Oiseaux, Point d'Eau, 1982. Et http://langue.des.oiseaux.free.fr/
Voir : Emmanuel-Yves Monin, L’Univers en code-barres. Dodécalogie et transdisciplinarité, 1998, Y. Monin.

 

 

Sur http://fontaine-jouvence.over-blog.com/
Nouvelle version étoffée par des commentaires :
 
"LE LIVRE DE JONAS" : IV - L' ILLUMINATION DE JONAS

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12 avril 2009 7 12 /04 /avril /2009 10:07

 

suite de "SI JONAS M'ETAIT CONTE" : LA MISSION DE JONAS, SA FUITE ET LA TEMPETE

et de "Le LIVRE DE JONAS", 2e PARTIE : JONAS AVALE PAR LE GRAND POISSON

III - La mission de Jonas

 

 

            Jonas sort du ventre de la baleine, comme jadis Noé sortit de l’Arche. Mais il est la colombe et apporte la paix immédiate et pérenne. Pour lui comme pour tous ceux qui vivent véritablement dans l’instant, passé et futur n’ont pas de sens et tout s’accomplit dans l’éternel présent.

            - “Sors de l’Arche !”, entendit Noé.

 

  

Eglise Saint-Etienne-du-Mont, Paris.

 

- “Sors de la baleine !”, entend Jonas. 

 

 

Alors le poisson vomit Jonas au sec sur le rivage. Il sort victorieux du ventre de la baleine, il ré-entend monter du tréfonds de lui-même la première inspiration qui l’avait traversé et qui avait provoqué sa fuite.

            - “Lève-toi, lui dit cette voix intérieure, va à Ninive, la grande ville, et annonce-leur ce que je te dirai.”

Il se lève, va jusqu’à Ninive. Il faut, dit-on, trois jours de marche pour traverser cette ville. Trois jours encore comme ceux passés dans le ventre du grand poisson !

 

 




Cathédrale de Strasbourg.

 

            C’est d’un pas assuré qu’il marche vers la grande ville ; il est solide maintenant sur ses deux jambes, il déploie consciemment l’énergie d’amour qui le traverse, ses vains désirs se sont dissous dans la tempête ; il a rectifié ses errements… Ses ailes de colombe décuplent son zèle. Dans l’humain, lorsque l’énergie monte depuis sa racine par la colonne vertébrale, les omoplates sont appelées les ailes de la colombe ! Il irradie sans le savoir la joie, la paix, la sérénité, l’amour... Il est ce qu’il est et ne se pose plus de questions.

Il crie vers les habitants :

- Encore quarante jours (1) et Ninive sera renversée.

Non pas détruite, comme l’écrivent certains traducteurs ! Non, renversée, retournée ! Le retournement est inéluctable.

Les habitants l’entendent ; ils retournent leur conduite. La situation de Ninive change du tout au tout en même temps que le comportement des habitants. La parole de Jonas trouve un écho dans leur cœur. A travers lui, ils accueillent les paroles du ciel. Ils s’ouvrent, dépouillent en eux le vieil homme. Le jeûne qu’ils entreprennent n’est pas la seule privation de nourriture. Non ! Ils renoncent à leurs prétentions. Ils retrouvent en eux-mêmes ce qui fait une vie simple et saine et les conflits s’apaisent, la joie de vivre jaillit, effaçant toutes les tristesses qui naissent des désirs mesquins.
 

            Le roi de Ninive et les grands de la ville entendent, élèvent le niveau de leur conscience en voyant en eux les causes de la fureur du ciel qui les menace de destruction, comme le bateau de Jonas subissant la tempête. L’humilité de tous permet un renversement de la situation. Ils sont un avec leur peuple et reconnaissent les lois justes qui assurent l’unité du ciel et de la terre. Le roi se soulève de son trône, il s’élève, il élève le niveau de sa conscience, sublime l’épais en subtil ; et tous ceux qui le contemplent sont élevés par son énergie, sa force de conviction. Il s’asseoit sur la cendre qui « est le diadème du Roi (2) ». Il fait alors passer son manteau par-dessus lui, signe qu’il assume sa fonction d’intermédiaire de l’Esprit. Il s’efface devant l’évidence de son impuissance à changer seul le cours des choses qui fait courir à tous un mortel péril. Il a l’humilité de reconnaître que son rôle sur cette terre est celui d’un médiateur entre la Source de tout et le peuple de son royaume.

Puis l’on crie dans Ninive sur l’ordre du roi :

- “Hommes et bêtes, gros et petit bétail ne goûteront rien, ne mangeront point et ne boiront pas d’eau.”

Par goût du roi ! Ah ! Goûter, savourer la joie intérieure qui inonde chaque cellule du corps… Ce sont toutes les parties, inférieures comme supérieures, qui sont concernées, la totalité de l’être en somme. Plus de nourritures frelatées ! Plus d´émotions sentimentales !

            - “Chacun se couvrira de sacs ! Chacun détournera sa conscience de l’ignorance où elle est et réformera sa conduite. Qui sait si la colère du ciel ne sera pas détournée ?”

C’est la fin d’un déséquilibre dommageable, gros de la catastrophe annoncée et qui n’était encore qu’en puissance. Celle-ci n’a maintenant plus lieu de survenir et Ninive est sauvée…

 



 1 Pour le symbolisme du 4 et du 40, voir La Kabale des Kabales de Carlo Suarès ; notre livre La métaphysique des chiffres, auto-édition, 1998.

 2 Dom Pernetty, Dictionnaire mytho-hermétique, p. 70. « Roi » s’entend dans son sens véritable, possédant la royauté du corps, du cœur et de l’esprit.



A suivre : L’illumination de Jonas

  

Lire  sur http://fontaine-jouvence.over-blog.com/ :

"LE LIVRE DE JONAS" : INTRODUCTION A UNE REECRITURE COMMENTEE 
          - la première partie : "LE LIVRE DE JONAS" : LA FUITE DE JONAS ET LA TEMPETE
- deuxième partie : "LE LIVRE DE JONAS" : II - JONAS, AVALE PAR LE GRAND POISSON SE TOURNE VERS DIEU

 

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